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Alternatives Economiques


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Mondialisation : le coup d'arrêt | Alternatives Economiques 01/06/2018

Article (TENDANCES)

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Une autre mondialisation est en cours. La dynamique internationale du capitalisme change de tempo : l'hyperglobalisation des années 1990-2000, qui ne répond plus aux intérêts de nombreux acteurs, semble prendre fin. Pour autant, l'internationalisation des économies n'est pas terminée.

Sommaire :

- Le procès de l'hypermondialisation
- "Une parenthèse se referme"
- Radiographie d'un monde ouvert
- Délocaliser puis relocaliser, c'est le bon sens !
-"Il y a peu de relocalisations en France, car il y a eu peu de délocalisations"
Une autre mondialisation est en cours. La dynamique internationale du capitalisme change de tempo : l'hyperglobalisation des années 1990-2000, qui ne répond plus aux intérêts de nombreux acteurs, semble prendre fin. Pour autant, l'internationalisation des économies n'est pas terminée.

Sommaire :

- Le procès de l'hypermondialisation
- "Une parenthèse se referme"
- Radiographie d'un monde ouvert
- Délocaliser puis relocaliser, c'est le bon s...

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Les premiers pas de l'IA en entreprise | Alternatives Economiques 01/06/2018

Article (TECHNOLOGIES)

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Le grand chambardement annoncé des métiers par les systèmes d'intelligence artificielle n'est pas pour demain. Enquête dans les firmes françaises expérimentant Watson, logiciel star d'IBM.

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Sommes-nous trop nombreux ? | Alternatives Economiques 01/05/2018

Article (INTERNATIONAL)

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Depuis cinquante ans, la population mondiale a plus que doublé et elle devrait encore s'accroître de 50 % d'ici la fin du siècle. Une explosion démographique qui entre en contradiction avec les limites de la planète. Inverser la tendance n'est pas impossible, même si cela pose de nombreux problèmes.

SOMMAIRE :

Vers une planète à 11 milliards d'humains

Et si Malthus avait finalement raison ?

Ghana : la liberté d'enfanter

Demain, la décroissance ?
Depuis cinquante ans, la population mondiale a plus que doublé et elle devrait encore s'accroître de 50 % d'ici la fin du siècle. Une explosion démographique qui entre en contradiction avec les limites de la planète. Inverser la tendance n'est pas impossible, même si cela pose de nombreux problèmes.

SOMMAIRE :

Vers une planète à 11 milliards d'humains

Et si Malthus avait finalement raison ?

Ghana : la liberté d'enfanter

Demain, la ...

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Loin du mythe de l'entrepreneur libéré, nombre de micro-entrepreneurs sont pris au piège d'une situation de salariat déguisé, sans marge de manoeuvre ni protection sociale.

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Néobanque - Pas de découvert possible, une ouverture très simple et des services limités : le Compte-Nickel permet de lutter contre l'exclusion bancaire.

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Les pays déroulent le tapis rouge pour attirer les investisseurs étrangers sur leur territoire. Ils en espèrent un impact positif sur la croissance et l'emploi, ce qui est loin d'être assuré.

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Pour mettre un terme au monopole et à la toute-puissance d'Alphabet Inc, la holding qui coiffe Google, de plus en plus de voix réclament le démantèlement du géant. "Google is watching you".

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Ce chantier de la réforme de l'apprentissage et de la formation professionnelle peut être utile pour sécuriser les parcours professionnels mais suffira-t-il à résorber le chômage ?

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Entre le dynamisme économique des métropoles et la qualité de vie du rural, les villes moyennes seraient promises au déclin. Un discours ambiant réducteur qui ne rend pas compte de la diversité de leurs situations et sous-estime les atouts de certains territoires.

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Commerce - Plus de deux ans après son entrée en vigueur et l'euphorie des débuts, l'impact économique de l'extension du travail du dimanche tarde à se manifester.

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Dans tous les secteurs d'activité, les cadences s'accélèrent, les risques se multiplient, les marges de manoeuvre se réduisent, de nouveaux modes de surveillance apparaissent... Nombreux sont ceux qui ont du mal à leur travail. Pourtant, d'autres organisations sont possibles.

SOMMAIRE :

- Le travail s'intensifie
- Les salariés des banques malades de leur travail
- Le bel avenir du travail Low Cost
- Les cadences éreintantes d'Amazon
- La vie fractionnée des agents de propreté
- Chez Unither, les salariés ont des idées


Dans tous les secteurs d'activité, les cadences s'accélèrent, les risques se multiplient, les marges de manoeuvre se réduisent, de nouveaux modes de surveillance apparaissent... Nombreux sont ceux qui ont du mal à leur travail. Pourtant, d'autres organisations sont possibles.

SOMMAIRE :

- Le travail s'intensifie
- Les salariés des banques malades de leur travail
- Le bel avenir du travail Low Cost
- Les cadences éreintantes d'Amazon
- La ...

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Bio, faut-il y croire ? | Alternatives Economiques 06/2017

Article | COMMERCE INFOS

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Quel avenir pour le bio en France ? Un mode de consommation qui suscite l'intérêt des Français et aussi des agriculteurs, des grandes surfaces et de la restauration. Pour preuve : les ventes de produits issus de l'agriculture biologique ont dépassé les 7 milliards d'euros fin 2016 (+20% par rapport à 2015). Le montant pourrait même atteindre les 9,3 mds EUR d'ici 2020. Pour autant, est-il réaliste d'imaginer une ferme France 100% bio ? Et quelle légitimité pour le label bio officiel, concurrencé par des labels privés ? Eléments de réponse sous la forme d'un dossier. Sommaire. La clé des champs. Les Français mangent plus vert. Qu'y-a-t-il sous l'étiquette ? Où les Français achètent-ils leurs produits bio ? Le bio à l'épreuve du régionalisme. Nombreuses données chiffrées. Graphiques : évolution des surfaces en hectares 1995 - 2015 ; part de CA des différents circuits de distribution des aliments biologiques en 2016, en % ; les enseignes spécialisées dans les produits bio, avec mention du nombre de magasins et du CA. Document de fond. Quel avenir pour le bio en France ? Un mode de consommation qui suscite l'intérêt des Français et aussi des agriculteurs, des grandes surfaces et de la restauration. Pour preuve : les ventes de produits issus de l'agriculture biologique ont dépassé les 7 milliards d'euros fin 2016 (+20% par rapport à 2015). Le montant pourrait même atteindre les 9,3 mds EUR d'ici 2020. Pour autant, est-il réaliste d'imaginer une ferme France 100% bio ? Et quelle ...

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Comment travaillerons-nous demain ? | Alternatives Economiques 01/05/2017

Article | Actualités

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Robots et révolution numérique redessinent le travail. Sera-t-il plus rare ou riche en nouveaux emplois, plus envahissant ou moins pénible ? Saurons-nous inventer de nouvelles protections pour les salariés et les indépendants ?

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Sommes-nous tous condamnés à travailler demain comme les chauffeurs de VTC de la désormais célèbre société américaine Uber ? La numérisation de l'économie va-t-elle transformer à grande échelle les salariés en travailleurs indépendants, payés à la tâche ? Si le scénario a tendance à être exagéré, le travail en solo gagne néanmoins du terrain et menace notre système de protection sociale.

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Le tourisme est devenu une activité économique à part entière. Ce qui était au début du siècle dernier le privilège d'une petite élite est devenu un phénomène de masse. Avec des effets contrastés. Le tourisme est intense en emplois et justifie le développement de nombreuses infrastructures. Mais sa concentration dans le temps et dans l'espace favorise l'emploi précaire et impose des investissements difficiles à amortir. Enfin, parce qu'il est gourmand en transports, en eau et en énergie, il n'est pas toujours bon pour la planète !
Que faire ? La réponse ne va pas de soi, car l'essor du tourisme est aussi le fruit de l'émancipation du salariat, de la conquête du temps libre. Dans cette perspective, s'il y a un problème lié au tourisme aujourd'hui, c'est bien le fait que 42 % des Français ne sont pas partis en vacances l'an passé. Or, ce non-départ, alors que les vacances sont devenues la norme, est un marqueur d'exclusion majeur. Au-delà même des contraintes financières ou de santé, nombre de personnes ne partent pas faute de parvenir à faire des projets ou de trouver une offre adaptée à leur situation. Les aider à partir, ne serait-ce que quelques jours, c'est leur permettre de vivre autre chose, de découvrir d'autres horizons, de reconstruire des liens. A l'heure où les Assises du tourisme réunies à l'initiative du gouvernement vont rendre leurs conclusions, il est temps d'agir de manière plus volontariste pour réduire cette "fracture touristique", au-delà des moyens déjà mis en oeuvre par l'Agence nationale pour les chèques-vacances et les Caisses d'allocations familiales.
Permettre à tous de partir en vacances, c'est justement la mission que se sont donnée, depuis leur origine, les associations de tourisme social et solidaire. Une mission plus difficile à remplir quand le chômage s'accroît, quand le soutien des pouvoirs publics n'est pas toujours au niveau requis et quand l'évolution de la société impose d'adapter son offre en permanence afin de répondre aux attentes de publics diversifiés. C'est pourtant le défi que relèvent avec succès nombre de ces associations, comme en témoignent les multiples exemples rassemblés dans ce hors-série.
Enjeu social, la lutte contre la fracture touristique est, enfin, un enjeu économique pour nos territoires. Sur les 7,5 % de PIB généré par l'activité touristique, les deux tiers sont issus des dépenses faites par les Français en France. Faire partir davantage de nos compatriotes est donc non seulement bon pour eux, mais aussi bon pour l'emploi !
Le tourisme est devenu une activité économique à part entière. Ce qui était au début du siècle dernier le privilège d'une petite élite est devenu un phénomène de masse. Avec des effets contrastés. Le tourisme est intense en emplois et justifie le développement de nombreuses infrastructures. Mais sa concentration dans le temps et dans l'espace favorise l'emploi précaire et impose des investissements difficiles à amortir. Enfin, parce qu'il est ...

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En 2035, près d'un Français sur trois aura plus de 60 ans, contre moins d'un quart aujourd'hui. Le vieillissement de la population est un phénomène mondial auquel nos sociétés doivent s'adapter. Cela oblige certes à repenser les transferts entre générations, mais permet aussi l'émergence de nouveaux secteurs d'activité.

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Avec des ventes relativement limitées et des entreprises peu internationalisées, l'e-commerce français accuse du retard.

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Malgré la crise, consommer reste un mode d'expression et de reconnaissance majeur. Les consommateurs, plus fauchés, sont aussi plus exigeants et trouvent avec Internet les moyens d'augmenter leur pouvoir d'achat et de personnaliser leur consommation. Un outil à double tranchant qui recèle aussi une forme d'exploitation.

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La compétitivité d'une entreprise dépend du prix de ses produits, mais aussi de bien d'autres caractéristiques. Appliquée à un pays, la notion de compétitivité est moins simple qu'il n'y paraît. Elle reflète des avantages ou des difficultés structurels touchant à de nombreuses variables.

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La France recycle déjà une part significative du contenu de ses poubelles, mais elle pourrait faire beaucoup mieux.

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Pour capter des clients plus exigeants mais aussi moins dépensiers, les nouveaux centres commerciaux cherchent à "réenchanter" la consommation. Au détriment des terres agricoles et du tissu commercial existant.

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Traditionnelle, recomposée, monoparentale, homoparentale..., la famille s'est beaucoup diversifiée depuis quarante ans. Mais le droit et l'Etat-providence peinent à s'adapter à cette nouvelle donne, alors même que la précarité croissante des liens appelle de nouvelles protections.

SOMMAIRE

La famille se conjuge au pluriel
Le coût de la séparation
La famille, miroir grossissant des inégalités hommes-femmes
La filiation recomposée
Jeunes majeurs ou vieux mineurs ?
La famille solidaire
Traditionnelle, recomposée, monoparentale, homoparentale..., la famille s'est beaucoup diversifiée depuis quarante ans. Mais le droit et l'Etat-providence peinent à s'adapter à cette nouvelle donne, alors même que la précarité croissante des liens appelle de nouvelles protections.

SOMMAIRE

La famille se conjuge au pluriel
Le coût de la séparation
La famille, miroir grossissant des inégalités hommes-femmes
La filiation recomposée
Jeu...

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Excédentaire et pourvoyeur d'emplois, le secteur touristique pourrait contrebalancer en partie le déclin de l'industrie. Mais cet excédent est fragile. Dans ce secteur aussi, la France doit améliorer son offre pour rester dans la course. La France est la première destination touristique mondiale (en 2010, elle a accueilli 77 millions de visiteurs étrangers). Son activité touristique représente un million d'emplois directs et 1,8 % du PIB. Pour autant, elle ne se classe qu'au 7ème rang européen en termes de dépenses par touriste étranger et l'excédent commercial de la balance touristique se réduit. Le magazine Alternatives économiques recommande d'améliorer l'offre française, marquée par un parc hôtelier vieillissant et une faible maîtrise des langues étrangères. Il recommande entre autres de communiquer d'avantage en direction des pays émergents et d'allouer un budget de promotion public plus ambitieux. Excédentaire et pourvoyeur d'emplois, le secteur touristique pourrait contrebalancer en partie le déclin de l'industrie. Mais cet excédent est fragile. Dans ce secteur aussi, la France doit améliorer son offre pour rester dans la course. La France est la première destination touristique mondiale (en 2010, elle a accueilli 77 millions de visiteurs étrangers). Son activité touristique représente un million d'emplois directs et 1,8 % du PIB. Pour ...

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Ils auraient entre 20 et 30 ans, seraient individualistes, interconnectés, rétifs à l'autorité, etc. Portrait d'une classe d'âge que les entreprises peinent surtout à intégrer.

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Inégalités - Avec la crise, les vacanciers européens seront moins nombreux cette année ou se feront plus économes. Mais tous ne se serreront pas la ceinture.
Chiffres

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Afin de maintenir ininterrompu le flux des idées créatives, la plupart des entreprises se tournent désormais vers de nouvelles solutions, à l'extérieur comme en interne : veille technologique, intégration de start-up, partage de structures, sollicitation des salariés, comme des clients, ...

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Les prix de l'énergie flambent et plombent l'économie du Vieux Continent. Il faut dire que sa dépendance énergétique ne cesse de se creuser : trop lents, les progrès en matière d'économies d'énergie et de renouvelables ne compensent pas le recul de sa production d'énergies fossiles. Il faut accélérer le pas.

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Loin de se réduire à la simple satisfaction de besoins matériels, la consommation présente une forte charge symbolique : moyen d'exprimer nos statuts sociaux, nos aspirations, mais aussi instrument de lutte politique, elle agit comme révélateur des rapports sociaux qui nous lient les uns aux autres.

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La "corporate governance" à l'anglo-saxonne a manifestement failli : l'entreprise est une affaire trop sérieuse pour être laissée à ses seuls actionnaires. L'économie sociale et solidaire propose une alternative intéressante et la cogestion à l'allemande montre que d'autres modèles fonctionnent mieux.

SOMMAIRE

L'entreprise, trop importante pour être laissée aux actionnaires
Remettre au centre la mission créatrice de l'entreprise
L'économie sociale et solidaire, un modèle ?
La cogestion allemande a fait ses preuves
La "corporate governance" à l'anglo-saxonne a manifestement failli : l'entreprise est une affaire trop sérieuse pour être laissée à ses seuls actionnaires. L'économie sociale et solidaire propose une alternative intéressante et la cogestion à l'allemande montre que d'autres modèles fonctionnent mieux.

SOMMAIRE

L'entreprise, trop importante pour être laissée aux actionnaires
Remettre au centre la mission créatrice de l'entreprise
L'éco...

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Hémorragie - Pertes d'emplois, de parts de marché, de poids économique..., l'industrie française se porte mal. Redresser la barre est un travail de longue haleine.

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Sous l'effet de la crise, la mondialisation a marqué le pas. Et si rien ne laisse présager son déclin à court terme, son bilan est sérieusement revu à la baisse par de nombreux économistes. Du coup, des voix toujours plus nombreuses réclament une "démondialisation".

SOMMAIRE :

- La tention de la "démondialisation : un débat qui monte entre les économistes
- Pourquoi la mondialisation est réversible : fausses inquiétudes et vraies menaces
- La mondialisation est-elle coupable ?
Sous l'effet de la crise, la mondialisation a marqué le pas. Et si rien ne laisse présager son déclin à court terme, son bilan est sérieusement revu à la baisse par de nombreux économistes. Du coup, des voix toujours plus nombreuses réclament une "démondialisation".

SOMMAIRE :

- La tention de la "démondialisation : un débat qui monte entre les économistes
- Pourquoi la mondialisation est réversible : fausses inquiétudes et vraies menaces
- La m...

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Pour certains, Internet ouvre la voie à une nouvelle économie et à une vie en commun plus sociable et plus démocratique. Mais d'autres pointent les coûts écologiques et les conditions de travail dégradées qu'il induit, un accès inégal aux réseaux et les faux-semblants d'une démocratisation en trompe l'oeil.

SOMMAIRE

Un nouveau modèle économique
Une reconfiguration de la sociabilité
Un outil de démocratisation ?
Pour certains, Internet ouvre la voie à une nouvelle économie et à une vie en commun plus sociable et plus démocratique. Mais d'autres pointent les coûts écologiques et les conditions de travail dégradées qu'il induit, un accès inégal aux réseaux et les faux-semblants d'une démocratisation en trompe l'oeil.

SOMMAIRE

Un nouveau modèle économique
Une reconfiguration de la sociabilité
Un outil de démocratisation ?

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Après bien d'autres, la catastrophe de Fukushima montre que les modes de production actuels nous mènent droit dans le mur. La conversion écologique de nos économies doit être engagée sans plus tarder. La tâche est lourde, mais les moyens d'y parvenir sont en grande partie connus. Et il n'est pas exclu que cette conversion accroisse aussi l'emploi. Faut-il pour autant se mettre à rêver d'une "croissance verte"? Pas sûr.

SOMMAIRE

Une économie verte ? Yes we can ! Des alternatives existent
La conversion écologique créera-t-elle des emplois ?
Faut-il encore chercher la croissance (même verte) ? Les raisons d'en douter
Après bien d'autres, la catastrophe de Fukushima montre que les modes de production actuels nous mènent droit dans le mur. La conversion écologique de nos économies doit être engagée sans plus tarder. La tâche est lourde, mais les moyens d'y parvenir sont en grande partie connus. Et il n'est pas exclu que cette conversion accroisse aussi l'emploi. Faut-il pour autant se mettre à rêver d'une "croissance verte"? Pas sûr.

SOMMAIRE

Une éc...

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- n° 297

La Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale. Ses multinationales se lancent à l'assaut des marchés. Les problèmes que pose l'Empire du Milieu au reste du monde sont liés surtout à son modèle de croissance extraverti. Pékin dit vouloir un rééquilibrage, mais va-t-il se faire? Pas sûr.
Le difficile tournant social chinois
La Chine tente de mettre en place une protection sociale digne de ce nom. Une gageure étant donné l'ampleur des inégalités et des disparités régionales.

La Chine dans la cour des grands
Grâce à un marché intérieur colossal, aux transferts de technologies et à l'appui de l'Etat, la Chine compte aujourd'hui nombre d'entreprises capables de rivaliser avec les multinationales américaines et européennes.

La Chine, le monde et nous
Modèle de croissance, bulle immobilière, taux de change du yuan…, Michel Aglietta et François Godement débattent de l'avenir de la Chine et des rapports que nous devons entretenir avec elle.


La Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale. Ses multinationales se lancent à l'assaut des marchés. Les problèmes que pose l'Empire du Milieu au reste du monde sont liés surtout à son modèle de croissance extraverti. Pékin dit vouloir un rééquilibrage, mais va-t-il se faire? Pas sûr.
Le difficile tournant social chinois
La Chine tente de mettre en place une protection sociale digne de ce nom. Une gageure étant donné l'ampleur ...

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- n° 296 - p.38 à p.41

Des millions d'utilisateurs, des recettes publicitaires qui explosent..., l'hégémonie du plus populaire des réseaux sociaux risque cependant d'être éphémère.

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- n° 295 - p.56 à p.57

S'ils ne sont plus le premier groupe social, les ouvriers sont pourtant loin d'avoir disparu : ils étaient près d'un actif sur quatre en 2008.

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- n° 295 - p.46

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- n° 293 - p.49 à p.69

En quelques coups de projecteurs, souvent anecdotiques, il s'agit de (re)découvrir certaines pages d'histoire, parfois très ancienne. Si ces évènements ou ces textes ont retenu notre attention, c'est parce qu'ils peuvent encore aujourd'hui fournir des enseignements utiles pour le monde dans lequel nous vivons.

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- n° 293 - p.86 à p.87

Les entreprises ne produisent pas seulement des biens et des services, mais aussi des rites et des signes. Leur dimension culturelle reste trop souvent négligée. Les managers l'appréhendent surtout comme un frein au changement. Pourtant, décrypter la culture d'entreprise permet au contraire de la transformer plus aisément.

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Le nouveau look du camping ALET Claire | Alternatives Economiques 01/07/2010

Article (FILIERES ET MARCHES)

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- n° 293 - p.71 à p.73

En quelques dizaines d'années, l'hôtellerie de plein air a fait sa mue : elle a amélioré les conditions d'accueil et diversifié son offre. Elle constitue la première forme d'hébergement touristique marchand en France, avec 700 000 emplacements. Le camping offre une alternative économique et inclut l'accès à des activités partagées. Le parc de mobilhomes représente 28% des emplacements. La part des 3 et 4 étoiles ne cesse de croître, alors que celle des 1 et 2 étoiles baisse. Le secteur attire désormais les investisseurs.
Données chiffrées.
En quelques dizaines d'années, l'hôtellerie de plein air a fait sa mue : elle a amélioré les conditions d'accueil et diversifié son offre. Elle constitue la première forme d'hébergement touristique marchand en France, avec 700 000 emplacements. Le camping offre une alternative économique et inclut l'accès à des activités partagées. Le parc de mobilhomes représente 28% des emplacements. La part des 3 et 4 étoiles ne cesse de croître, alors que ...

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- n° 291 - p.44 à p.45

La grande distribution investit le marché des produits équitables. En réponse, les acteurs historiques du secteur diversifient leur offre et valorisent leur démarche solidaire.


Monoprix, un samedi après-midi, devant le rayon café, le consommateur est perplexe: il a devant lui un pur arabica de la marque Malongo, bio et labellisé Max Havelaar (*) , à 13,56 euros/kg, et un café Monoprix, également arabica, bio et labellisé équitable à 11,12 euros/kg. S'il se rend chez Leader Price, il trouvera un arabica également labellisé (mais non bio) à 8 euros/kg. Enfin, s'il choisit de pousser la porte de la boutique Artisans du monde la plus proche, il pourra acheter un café bio du Mexique à 14 euros/kg tout en prenant le temps de s'informer sur les mécanismes du commerce équitable (*) .

Le commerce équitable connaît peu la crise
L'expansion du commerce équitable n'a pas été arrêtée par la crise. D'après le groupe d'études Xerfi (1), la croissance des ventes de produits labellisés Max Havelaar (le principal label du commerce équitable) demeure soutenue: après avoir augmenté de 21,9% en 2008, elle a progressé de 15% en 2009, avec un chiffre d'affaires cumulé de 287 millions d'euros, un montant qui demeure toutefois négligeable rapporté à l'ensemble de la consommation des ménages. La croissance de l'équitable en 2009 s'explique cependant en grande partie par l'extension des gammes de produits offerts, au premier chef les produits textiles à base de coton équitable.


(1) "Le marché du commerce équitable en France à l'horizon 2015. Mutation des rapports concurrentiels, segments porteurs et relais de croissance", Xerfi, janvier 2010.


Les canaux de distribution des produits du commerce équitable se sont multipliés ces dernières années, en même temps que l'offre se diversifiait. Au départ uniquement présents dans des boutiques spécialisées, notamment celles du réseau militant Artisans du monde, les produits certifiés "équitable" ont ensuite fait leur apparition dans les rayons de la grande distribution à la fin des années 1990, où l'on a pu trouver des marques nationales (Malongo, Ethiquable, Alter Eco, etc.). Aujourd'hui, 70% des ventes de produits labellisés Max Havelaar (63% pour l'ensemble des produits du commerce équitable) se font en grandes et moyennes surfaces. Depuis le milieu de la décennie 2000, la grande distribution s'est elle-même lancée sur le marché en créant ses propres produits labellisés Max Havelaar sous marques de distributeurs (MDD).


La montée des marques de distributeurs

"Notre volonté était de démocratiser ces produits en les proposant à des prix accessibles", explique Sandrine Mercier, directrice développement durable de Carrefour France. Question d'image également, à l'heure où tous les grands groupes font de leur souci de responsabilité sociale et environnementale un élément de leur communication. Fin 2009, Carrefour proposait 22 produits à sa marque labellisés Max Havelaar, en moyenne 20% moins chers que les marques spécialisées. Aujourd'hui, on trouve des produits équivalents dans les rayons de toutes les grandes enseignes: Auchan, Leclerc, Intermarché, Casino et Monoprix. Même les discounters s'y sont mis. On peut désormais acheter des produits distributeurs labellisés Max Havelaar chez Lidl, Leader Price et Franprix. Et ça marche: la croissance continue du marché en 2009 a profité pour l'essentiel aux marques de distributeurs. Ethiquable, leader sur le marché, a ainsi vu son chiffre d'affaires stagner tandis que celui des MDD progressait de 30%. Désormais, un tiers du café, 7% du thé et 23% du chocolat labellisé Max Havelaar passés à la caisse des grandes et moyennes surfaces sont vendus sous marques de distributeurs.


Les réseaux spécialisés souffrent

Comment la grande distribution peut-elle proposer des produits équitables à un prix final moins élevé? "Comme pour les autres produits, c'est une question de volume. Plus ils sont importants, plus on peut proposer des produits à faibles prix. C'est aussi une question de volonté de la part de Carrefour", explique Sandrine Mercier. Quant aux discounters, en plus de jouer sur les volumes, ils serrent leurs marges et proposent des produits moins haut de gamme.

"L'arrivée des MDD sur le marché a permis de conquérir de nouveaux consommateurs que le prix rebutait, constate Rémi Roux, gérant de la coopérative Ethiquable. En revanche, si la grande distribution phagocyte le marché, il n'y aura plus de place pour nous, et donc plus de nouveaux produits, car les MDD ne proposent que les produits de base. En outre, elles ne contribuent pas à diffuser l'information sur les enjeux du commerce équitable."

Quid des réseaux spécifiques, tels les boutiques Artisans du monde? "Dans les années 2004-2006, le développement des ventes en grandes surfaces s'est révélé bénéfique aux boutiques spécialisées, qui ont profité de la visibilité et de la notoriété ainsi acquises par le commerce équitable. Aujourd'hui, elles souffrent davantage de la crise que de la grande distribution", analyse Julie Stoll, coordonnatrice de la Plate-forme pour le commerce équitable. Mais leurs difficultés traduisent aussi l'évolution de leur offre. Fortement concurrencées sur les produits alimentaires équitables, qu'on achète au passage en remplissant son chariot, elles se sont recentrées sur des achats pour lesquels leurs boutiques sont mieux positionnées - produits de l'artisanat, textile -, des produits moins indispensables, dont la demande a chuté avec la crise. "Nos résultats sont inférieurs aux prévisions. Néanmoins, nous n'avons pas fermé de boutiques", insiste Claude Chosson, responsable du développement commercial d'Artisans du monde.


Une concurrence par le bas

Les militants auraient-ils achevé leur rôle historique en obtenant des grands groupes de distribution qu'ils se convertissent à un commerce plus juste? D'une part, l'objectif des grands distributeurs - ne pas être absents d'une niche qui profite à leur image - et celui des entreprises spécialisées - développer des filières qui assurent un revenu décent à un nombre croissant de producteurs du Sud - demeurent profondément différents. D'autre part, l'exigence de gros volumes entre en contradiction avec le souci affirmé par les entreprises spécialisées d'offrir des débouchés à des petits producteurs, souvent moins bien organisés et moins accessibles. Les grands distributeurs, qui traitent directement avec des exportateurs, ne se préoccupent pas d'aider les coopératives de producteurs à s'organiser, à se développer ou à monter en gamme, par exemple en se convertissant au bio. Contrairement à Artisans du monde et aux marques spécialisées.

La Quinzaine du commerce équitable fête ses dix ans
La Quinzaine du commerce équitable, qui aura lieu du 8 au 23 mai, fête sa 10e édition. Elle sera inaugurée par le 5e Forum national du commerce équitable, coorganisé par la Plate-forme du commerce équitable, Max Havelaar et le Groupe SOS. Installé du 8 au 10 mai à Lille Grand Palais, ce forum réunira les principaux acteurs du secteur. Au programme: une centaine d'exposants, des animations (conférences, ateliers, dégustations, etc.) et des espaces dédiés aux acteurs locaux, aux porteurs de projets… La Quinzaine du commerce équitable est également l'occasion de nombreuses manifestations dans toute la France (voir le programme en ligne et dans notre "Agenda", page 95).

En savoir plus
www.forum-equitable.org, www.quinzaine-commerce-equitable.fr

Autre risque: comme le font certaines multinationales de l'agroalimentaire, les distributeurs peuvent être tentés de faire appel à des labels moins exigeants, comme l'américain Rainforest Alliance. Ce qui introduit une concurrence par le bas entre organismes de labellisation. La tentation est forte d'assouplir les critères pour rallier de nouveaux distributeurs, voire quelques grandes marques, tout cela au nom de la progression des volumes. Les entreprises spécialisées défendent, au contraire, le maintien d'un haut niveau d'exigence en termes de rémunération et d'accompagnement des producteurs. "Nous devons convaincre les consommateurs d'aller vers les produits qui offrent les meilleures garanties, et notamment ceux des entreprises spécialisées qui assurent une vraie traçabilité des filières, explique Rémi Roux. La concurrence des normes doit profiter aux plus exigeantes, c'est ainsi qu'on contraindra les MDD à travailler directement avec despetits producteurs."


* Max Havelaar : c'est le principal label de commerce équitable. En 2009, on comptait 3 015 produits labellisés et commercialisés en France. Depuis début 2010, un nouveau label, issu du bio, a été introduit: Ecocert équitable.

* Commerce équitable : ce commerce a pour but d'offrir une juste rémunération à de petits producteurs de pays du Sud par l'application d'un prix minimum dans le cadre d'une relation commerciale durable, tout en proposant aux consommateurs des produits de qualité.


En savoir plus
www.commercequitable.org: le site de la Plate-forme pour le commerce équitable. Voir notamment "Le commerce équitable en France en 2007", direction générale de la coopération internationale et du développement.

La grande distribution investit le marché des produits équitables. En réponse, les acteurs historiques du secteur diversifient leur offre et valorisent leur démarche solidaire.


Monoprix, un samedi après-midi, devant le rayon café, le consommateur est perplexe: il a devant lui un pur arabica de la marque Malongo, bio et labellisé Max Havelaar (*) , à 13,56 euros/kg, et un café Monoprix, également arabica, bio et labellisé équitable à 11,12 ...

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V

- n° 291 - p.16 à p.17

Créé en janvier 2009, le régime de l'auto-entrepreneur a connu un réel succès. Mais il suscite de plus en plus de réserves. Grâce à la simplicité des démarches à accomplir et aux avantages fiscaux et sociaux dont il bénéficie, ce nouveau statut a attiré de très nombreux candidats. Mais la majorité des auto-entrepreneurs ne réalisent aucun chiffre d'affaires et la plupart des autres ont des revenus faibles. En outre, certains employeurs en profitent pour contourner le droit du travail. De plus, ce succès aggrave encore une des faiblesses traditionnelles de l'économie française: la trop petite taille de ses PME.


Un engouement à relativiser
Contre toute attente, l'année 2009 a enregistré un record de créations d'entreprises: 580 200, soit 75% de plus qu'en 2008. Cette performance est largement imputable au nouveau régime de l'auto-entrepreneur, mis en place le 1er janvier 2009: 320 000 créateurs sont en effet déclarés à ce titre, c'est-à-dire plus de la moitié des effectifs recensés par l'Insee en 2009. Pourquoi cet engouement?

La simplicité administrative et la souplesse offertes par le régime d'auto-entrepreneur sont des ingrédients importants de ce succès. En quelques clics sur le site de l'Urssaf, il est désormais possible de créer sa propre activité non salariée, à titre principal ou en complément d'un autre emploi. Pas besoin, par exemple, de s'inscrire au registre du commerce et des sociétés. Un demandeur d'emploi qui opte pour ce régime continuera à toucher ses indemnités, elles seront simplement réduites s'il parvient à réaliser des recettes. Mais surtout, ce régime offre d'importants allégements fiscaux: l'auto-entrepreneur paie moins de cotisations sociales et moins d'impôts, et il ne s'acquitte de ses charges qu'à partir du moment où des clients ont honoré leur facture. Seule limite: cette activité ne doit pas dépasser 80 000 euros de chiffre d'affaires annuel pour la vente de marchandises et 32 000 euros pour les prestations de services.

Pas sûr, pour autant, qu'il faille y voir "l'émergence d'une culture entrepreneuriale et populaire en France", comme le claironnait la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, en octobre dernier. Ce nouveau statut s'apparente beaucoup à un palliatif en temps de crise: faute de mieux, de nombreux chômeurs ou allocataires de minima sociaux ont décidé de se créer leur propre "petit boulot", le temps que le contexte économique s'améliore. Ils représentaient en effet 42% des auto-entrepreneurs en février dernier, selon un sondage réalisé pour l'Observatoire de l'auto-entrepreneur (voir "Pour en savoir plus").

Ce boom, s'il n'est pas contestable, doit aussi être relativisé. Le nombre total d'auto-entrepreneurs mêle en effet toutes les entreprises créées sous ce régime, sans distinguer celles qui ont réellement démarré une activité de celles qui sont restées au point mort. Même les entreprises à qui ce régime à été refusé après la déclaration de création sont comptabilisées par l'Insee! Le concept de "création d'entreprise", harmonisé au niveau européen, suppose pourtant une "mise en oeuvre effective de nouveaux moyens de production". Seuls les auto-entrepreneurs qui répondent à ce critère devraient donc être décomptés. Ce n'est pas le cas. Or, au 31 janvier 2010, 80 000 auto-entrepreneurs seulement ont déclaré un chiffre d'affaires, alors qu'ils étaient à ce moment-là 217 000 à pouvoir potentiellement le faire, selon l'Urssaf (1).

De plus, l'activité de ceux qui ont réussi à vendre des produits ou à facturer des services reste limitée: le revenu mensuel net des auto-entrepreneurs s'élevait en moyenne à 775 euros en octobre dernier, selon une première vague du sondage de l'Observatoire de l'auto-entrepreneur (les données pour février ne font bizarrement plus référence à ce revenu net). Un revenu moyen certes intéressant pour ceux qui disposent d'une autre activité, mais préoccupant pour ceux qui espèrent en vivre: le seuil de pauvreté est à 908 euros par mois pour une personne seule en France. L'auto-entrepreneur, c'était "la liberté de travailler plus pour gagner plus", selon François Hurel, auteur du rapport qui l'a inspiré. Une vision quelque peu idyllique.

De nombreux effets pervers
Ce statut pose plus de problèmes qu'il n'en résout. Dans le secteur du bâtiment par exemple, les auto-entrepreneurs sont nombreux et leur revenu mensuel net moyen atteint même 1 251 euros. Mais il semblerait que certaines entreprises en profitent pour inciter leurs salariés à se mettre à leur compte afin de les faire travailler comme sous-traitants. A l'image de ce qui se passait déjà dans le transport routier, l'employeur se dédouane ainsi de toutes ses obligations en matière de temps de travail, de repos, de congés, de salaire minimum ou de licenciement. Le salarié, lui, a un statut plus précaire, dispose d'une couverture maladie plus faible, de droits à la retraite réduits et perd le bénéfice de l'assurance chômage.

Plusieurs entreprises du bâtiment, de la restauration ou de soutien scolaire se sont déjà fait épingler pour avoir ainsi contraint leurs salariés à basculer sous le régime d'auto-entrepreneur. De la même manière, certains employeurs publient des offres d'emploi a priori destinées à recruter des salariés, mais imposent ce statut à ceux qu'ils ont sélectionnés pour le poste proposé. Ces pratiques sont illégales, mais les salariés concernés osent rarement les contester.

Par ailleurs, les artisans dénoncent la concurrence déloyale induite par ce statut qui bénéficie d'un régime fiscal et social très avantageux. Pour calmer cette fronde, le gouvernement a obligé les artisans auto-entrepreneurs (soit un tiers des effectifs) à justifier de leur qualification et à s'inscrire au répertoire des métiers. Mais une proposition de limiter à trois années la possibilité d'utiliser ce statut a été rejetée par le Sénat début avril. Enfin, du fait des avantages sociaux et fiscaux importants, l'auto-entrepreneuriat concourt aussi à creuser les déficits publics: la commission des comptes de la Sécurité sociale table sur un coût de 92 millions d'euros en 2009 et de 191 millions pour 2010.

Autre critique, plus inattendue: ce régime inciterait au développement du travail au noir. Un de ses rares avantages est pourtant a priori de donner aux travailleurs au noir à la fois un statut juridique et un minimum de protection sociale. Mais les auto-entrepreneurs sont aussi tentés de dissimuler une part de leur activité pour ne pas dépasser le plafond de chiffre d'affaires au-delà duquel ils perdraient le bénéfice du statut. Entre blanchiment bienvenu et dissimulation accrue par ceux qui auparavant auraient choisi un statut classique, difficile de savoir dans quel sens penchera la balance…

L'économie n'y gagne pas
En multipliant le nombre d'entreprises nouvelles, le statut d'auto-entrepreneur peut donner le sentiment de rendre l'économie française plus dynamique et plus compétitive. Mais ce n'est qu'une illusion. En effet, la France compte déjà trop de très petites entreprises. La part des entreprises sans salarié était déjà passée de 49% du total des entreprises en 1996 à 60% en 2008. Avec les auto-entrepreneurs, ce pourcentage devrait encore s'accroître.

La très faible taille de ces entreprises les empêche d'innover, faute de capitaux, mais aussi de disponibilité des dirigeants. Cette taille trop réduite explique par ailleurs les mauvaises performances des PME françaises à l'exportation. Enfin, ces petites entités sont extrêmement fragiles financièrement. Selon l'Insee, un tiers des entreprises créées en 2002 avaient disparu trois ans après. Le statut d'auto-entrepreneur ne fait donc qu'accentuer cette faiblesse structurelle.

Au final, la multiplication de ces micro-entreprises est surtout le reflet du contexte économique très morose. Quand le marché du travail n'offre plus d'opportunités, les chômeurs n'ont plus guère d'autre choix que de tenter de se mettre à leur compte. Quitte à risquer leur patrimoine personnel dans l'aventure. Le statut d'auto-entrepreneur renforce ce mouvement qu'on observe à chaque crise. Cerise sur le gâteau: ce statut permet aussi de réduire significativement le nombre des demandeurs d'emploi puisque ceux qui le choisissent sont considérés comme chômeurs avec activité réduite; ils quittent donc la catégorie A dans les listes de Pôle emploi, le chiffre le plus commenté par le gouvernement et les médias.

En savoir plus

"La création d'entreprise en 2009 dopée par les auto-entrepreneurs", Insee Première n° 1277, janvier 2010.
"2e vague de l'Observatoire de l'auto-entrepreneur", Opinion Way, février 2010, à télécharger sur www.alternatives-economiques.fr/doc4909
Le site de l'Union des auto-entrepreneurs, sorte de syndicat patronal autoproclamé: www.union-auto-entrepreneurs.com
Créé en janvier 2009, le régime de l'auto-entrepreneur a connu un réel succès. Mais il suscite de plus en plus de réserves. Grâce à la simplicité des démarches à accomplir et aux avantages fiscaux et sociaux dont il bénéficie, ce nouveau statut a attiré de très nombreux candidats. Mais la majorité des auto-entrepreneurs ne réalisent aucun chiffre d'affaires et la plupart des autres ont des revenus faibles. En outre, certains employeurs en ...

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- n° 289 - p.48 à p.59

Le livre ne connaît pas la crise, les chiffres le prouvent. Mais les nuages s'amoncellent à l'horizon. Entre révolution numérique, mutations du lectorat, "best-sellerisation" du marché, crise de la librairie indépendante et concentration du secteur, son avenir paraît de plus en plus incertain. (chiffres)

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- n° 288

La crise menace l'avenir d'une industrie française déjà très malmenée. Au-delà même des emplois directement concernés, la disparition de ce secteur serait source de graves problèmes pour l'ensemble de la société et de l'économie. L'intervention de l'Etat est indispensable, mais son efficacité n'est pas garantie.

Sommaire :

L'industrie hexagonale au péril de la crise
De l'importance des usines
La politique industrielle est de retour
La crise menace l'avenir d'une industrie française déjà très malmenée. Au-delà même des emplois directement concernés, la disparition de ce secteur serait source de graves problèmes pour l'ensemble de la société et de l'économie. L'intervention de l'Etat est indispensable, mais son efficacité n'est pas garantie.

Sommaire :

L'industrie hexagonale au péril de la crise
De l'importance des usines
La politique industrielle est de retour

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- n° 287 - p.77 à p.79

Ingénieur allergique aux idées reçues, Taiichi Ohno a mis en place chez Toyota un modèle organisationnel novateur. Fondé sur le juste-à-temps et sur de nouvelles règles de management, celui-ci a peu à voir avec le taylorisme et le fordisme.

Qui connaît Taiichi Ohno? Peu de monde. Il est pourtant l'artisan de la deuxième révolution organisationnelle du XXe siècle. Et le mot "révolution" prend ici tout son sens: pour la plupart des problèmes de production, le Japonais a fait des choix strictement inverses de ceux de ses prédécesseurs américains, Frederick Taylor et Henry Ford. Allergique aux idées reçues, il se définissait lui-même comme l'homme qui aimait "penser à l'envers".


Une vie chez Toyota

Taiichi Ohno a commencé sa carrière en fabriquant des métiers à tisser et l'a terminée comme vice-président de Toyota, l'une des plus importantes firmes mondiales de l'automobile. Et ce, sans jamais changer d'entreprise ni de métier. Né le 29 février 1912 à Dalian, une ville de Mandchourie (en Chine) alors contrôlée par les Japonais, Taiichi Ohno fait ses études à l'université de Nagoya, sur la côte Pacifique du Japon. Il y obtient son diplôme d'ingénieur en 1932 et entre la même année chez un fabricant de métiers à tisser, Sakichi Toyoda. Il travaillera pendant soixante ans chez Toyota, nom que prendra l'entreprise en 1937.

Quelques années plus tôt, Kiichiro Toyoda, le fils de Sakichi, persuade son père de se lancer dans la construction de véhicules. Après avoir complété sa formation d'ingénieur chez Ford, à Détroit, il monte avec son cousin, Eiji Toyoda, un petit laboratoire de recherche où les deux hommes étudient des moteurs et des machines-outils. En 1933, les 100 000 livres (1) qu'ils tirent de la vente d'un brevet de machine à tisser automatique leur permettent de développer cette nouvelle branche de l'affaire familiale. En 1935, ils fabriquent la première automobile entièrement nippone, copie conforme de la DKW, une voiture allemande (2). Un site d'assemblage pour les véhicules légers est construit à Kariya, à quelques kilomètres au sud de Nagoya, et la Toyota Motor Corporation (TMC) voit le jour en 1937.

En 1943, Taiichi Ohno passe des métiers à tisser à l'automobile: il rejoint TMC comme responsable des stocks, puis comme directeur de l'atelier d'usinage. Toyota est alors une petite entreprise. En 1948, sa production totalise 30 voitures et 300 camions. En 1950, un conflit social très dur se termine par le licenciement, imposé par les banques, de 1 600 employés. Kiichiro Toyoda ne supporte pas cette catastrophe sociale et démissionne. Le nouveau président, Taiizo Ishida, réorganise le groupe, secondé par le cousin de Kiichiro, Eiji Toyoda. C'est sous la direction de ce dernier que Taiichi Ohno met au point le TPS (le système de production de Toyota). Ses qualités d'ingénieur et son opiniâtreté conduisent Ohno à la tête des principales usines du groupe, dont il devient vice-président en 1975. Il renonce à tout poste opérationnel en 1978, à 66 ans, tout en restant conseiller de la présidence jusqu'en 1982. Il meurt le 28 mai 1990 à Toyota City.


Rattraper les Américains

Pour vendre des voitures, Toyota devait les produire à des coûts suffisamment bas, mais les méthodes taylorienne et fordiste n'étaient pas applicables au Japon d'alors. A la fin des années 1940, le pays restait en effet fort éloigné des Etats-Unis: il ne s'était pas encore relevé d'une guerre terrible, et les Japonais, qui travaillaient à redresser leur économie le plus vite possible, étaient très peu nombreux à avoir les moyens de s'offrir une voiture. En 1950, on comptait dans le pays 1 900 immatriculations neuves, dont 1 500 véhicules japonais. La même année, les Etats-Unis fabriquaient 6 600 000 voitures.

Bien que le Japon ne puisse alors soutenir la comparaison avec le géant d'outre-Atlantique, Kiichiro Toyoda déclare pourtant vouloir "rattraper les Américains en trois ans". Le pari a été réussi... en cinquante ans. C'est en 2007 que la firme nippone est devenue le premier constructeur automobile du monde, grâce à Ohno. Celui-ci avait en effet compris qu'il était impossible d'utiliser les mêmes méthodes que les Américains: alors que ces derniers jouaient sur les énormes quantités produites pour réaliser des économies d'échelle, les Japonais devaient quant à eux abaisser les coûts tout en produisant des séries courtes, adaptées à la taille de leur marché. Au défi - que faire pour augmenter la productivité quand les quantités n'augmentent pas? -, ils vont apporter une réponse originale: il faut fabriquer rapidement, éliminer les coûts inutiles et vendre les voitures dès leur sortie d'usine, pour éviter des frais de stockage et faire rentrer de l'argent frais. Ils devaient agir à la fois sur l'organisation du travail et sur tous les postes de dépenses, depuis les approvisionnements jusqu'à la distribution aux consommateurs. Pour y parvenir, Ohno va introduire deux innovations majeures: le juste-à-temps et l'autonomation, un néologisme forgé par la contraction d'autonomie et d'automatisation.


Deux innovations

Eiji Toyoda voulait "produire juste ce dont on a besoin et le faire juste à temps". Ohno réussit à concrétiser ce principe en supprimant tout stock inutile, grâce à une organisation singulière de la chaîne de montage. Le nombre et le type des véhicules à sortir de l'usine sont dictés par la demande des consommateurs. Toute l'information part donc de la fin du processus, de l'aval, et est matérialisée par des étiquettes (kanban en japonais) qui informent chaque poste de travail sur les quantités à produire et qui rythment la production. Le kanban remonte la chaîne de poste en poste, chacun commandant à celui qui les lui fournit les pièces qu'il doit assembler. Personne n'a le droit de fabriquer sans avoir de commande, et il est interdit de poser des pièces sur le sol, ce qui limite l'approvisionnement de chaque poste au contenu d'un chariot, quantité nécessaire pour cinq voitures.

Cette méthode économise les nombreux techniciens qui programment finement le travail des ateliers dans le système fordien. La régulation est assurée par les kanban ainsi que par les contremaîtres et chefs d'équipe (les "superviseurs" dans le langage Toyota), qui veillent en permanence à ce que le processus fonctionne sans à-coup. Le nombre de kanban en circulation définit le nombre de véhicules en construction à un moment donné. De plus, Ohno prend le pari d'"arrêter la production plutôt que de produire des pièces insatisfaisantes". C'est l'autonomation, qui répond à un impératif du juste-à-temps: obtenir la qualité voulue du premier coup. Il préfère ralentir la chaîne qu'occuper des ouvriers à l'activité parasite de réparer des pièces. Au moindre dysfonctionnement, la machine s'arrête automatiquement. On évite ainsi les fabrications non conformes, sans pour cela mobiliser un ouvrier en permanence. Avant la mise en place des automatismes, il fallait un homme pour surveiller chaque machine et intervenir sans délai en cas d'incident. A partir du moment où l'arrêt est automatique, l'ouvrier dispose de plus de temps pour intervenir et peut surveiller plusieurs machines. Pour que ce système soit efficace, chaque ouvrier doit être capable de régler les incidents et de réparer les pannes les plus fréquentes. L'ouvrier de Toyota n'est pas l'ouvrier spécialisé fordien.


Produire plusieurs modèles sur la même chaîne

La chasse aux stocks et aux gaspillages vise à faire tourner les usines avec le moins de monde possible. L'explication est historique. Le groupe vient juste de sortir de la crise de 1950 lorsqu'éclate la guerre de Corée. Les commandes militaires affluent, mais les dirigeants de Toyota, traumatisés par l'expérience qu'ils viennent de vivre, refusent d'embaucher massivement pour des causes conjoncturelles. Pour produire plus avec un effectif "ajusté", il faut éliminer les variations brutales de production, qui imposent des stocks intermédiaires et des surcapacités en équipement et en main-d'oeuvre. D'où l'importance de la régularité du flux, obtenue en organisant la "production mixte": produire tous les modèles avec les mêmes machines et les mêmes hommes.

Le chef-d'oeuvre d'Ohno est de s'être affranchi de la longueur des séries, facteur clef de réussite dans le système fordien, et d'avoir réussi à produire des modèles différents dans des conditions de coût et de délai acceptables. Pour y parvenir, il faut savoir changer rapidement d'outil entre deux modèles. Les matrices des presses utilisées pour mettre en forme les tôles sont des outils très lourds, changés entre deux vagues de fabrication à l'aide de ponts roulants. Une telle opération prenait de douze heures à trois jours. En automatisant les réglages et en organisant le poste de travail, Ohno parviendra, avec l'aide de Shigeo Shingo (3), à ramener ce temps à moins de dix minutes.


De nouvelles règles de management

Taiichi Ohno préconise "la direction par les yeux". Le kanban, vulgaire étiquette, en dit plus sur l'état des stocks que de longs tableaux de chiffres, et chaque machine est pourvue d'un voyant lumineux (andon) qui indique si celle-ci fonctionne correctement. De même, le management se pratique dans l'atelier, pas dans les bureaux. Chez Toyota, la règle est d'étudier les méthodes en face des pièces réelles et avec les personnes impliquées. Les managers doivent sortir de leurs bureaux et de leurs salles de réunion, et les opérateurs doivent apprendre à décrire et analyser les problèmes pour en parler avec les ingénieurs. En effet, Ohno pensait que les ouvriers étaient les mieux placés pour repérer les défauts du système. Ils ont donc toujours été encouragés à proposer des solutions et à faire des suggestions pour gagner du temps ou économiser de la matière. Un processus qui n'a rien d'anecdotique. C'est un outil puissant de développement des compétences et d'implication des opérateurs dans le changement, et il évite d'avoir recours à des investissements lourds. Lors de la crise de 1950, Toyota était à la merci de ses banquiers. D'où sa volonté de progresser au quotidien par des aménagements peu coûteux - mais très efficaces, par leur accumulation - et d'investir uniquement pour lancer une nouvelle production.

Dans le même esprit, le management par la qualité totale (TQC) a été introduit chez Toyota en 1961, et les groupes de qualité ont été lancés en 1964. "L'une des caractéristiques des travailleurs japonais est qu'ils se servent de leur cerveau tout autant que de leurs mains. Nos ouvriers nous apportent un million et demi de suggestions par an, et 95% d'entre elles sont mises en pratique", déclarait Eiiji Toyoda. Beau discours... mais la réalité a souvent été plus dure et plus conflictuelle. La construction du TPS n'a pas, en effet, été un long fleuve tranquille: les ouvriers ont fortement réagi à l'intensification du travail, et l'adaptation des agents de maîtrise aux innovations d'Ohno a pris beaucoup de temps. Pour faire accepter ses méthodes, la direction de Toyota a dû, au fil des années, mettre de l'huile dans les rouages: accorder la pérennité de l'emploi (l'emploi "à vie"), embaucher suffisamment de main-d'oeuvre, valoriser les initiatives et former avec soin l'encadrement.

Marc Mousli


Alternatives Economiques - n°287 - Janvier 2010

Notes


(1)
24 millions d'euros 2009.


(2)
DKW (Deutsche Kraftfahrzeug Werke) a sorti en 1931 la première traction avant de grande série européenne. La firme berlinoise avait techniquement une dizaine d'années d'avance sur ses concurrents.


(3)
Shigeo Shingo (1909-1990), consultant spécialisé dans les questions de production.

En savoir +
Penser à l'envers, par Benjamin Coriat, éd. Christian Bourgois, 1991.
Le toyotisme, par Koïchi Shimizu, coll. Repères, éd. La Découverte, 1999.
L'esprit Toyota, par Taiichi Ohno, éd. Masson, 1989 (rééd. 1997).
Toyota, l'usine du désespoir, par Satoshi Kamata, éd. Demopolis, 2008.
www.lean.enst.fr/wiki/bin/view/Lean/LesPublications: le site du projet "Lean entreprise" de Telecom Paris Tech.

Ingénieur allergique aux idées reçues, Taiichi Ohno a mis en place chez Toyota un modèle organisationnel novateur. Fondé sur le juste-à-temps et sur de nouvelles règles de management, celui-ci a peu à voir avec le taylorisme et le fordisme.

Qui connaît Taiichi Ohno? Peu de monde. Il est pourtant l'artisan de la deuxième révolution organisationnelle du XXe siècle. Et le mot "révolution" prend ici tout son sens: pour la plupart des problèmes de ...

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- n° 287 - p.70 à p.73

La sociologie s'est initialement constituée pour rappeler l'influence du collectif sur les actes et les sensations de chacun. Certains auteurs ont cependant placé l'individu au centre de leurs analyses, en même temps que la modernité s'accompagnait d'une individualisation des conditions d'existence. Et si l'opposition entre individu et société était en fait artificielle? Car la vie sociale présente à la fois des dimensions objectives et subjectives, que les sociologues doivent étudier simultanément.

1. Une discipline construite contre l'illusion du libre arbitre
"L'individu n'existe pas." Tel semble être le mot d'ordre des sociologues, comme une réponse à la fameuse formule de Margaret Thatcher selon laquelle "la société n'existe pas" (1). Il est vrai que la discipline s'est explicitement constituée il y a un peu plus d'un siècle contre une lecture excessivement psychologique et morale de la vie sociale.

Force est pourtant de constater que cette dernière a la peau dure, comme en témoigne la forte audience des discours qui mettent l'accent sur la responsabilité ou le mérite individuel. A croire que les préconisations d'Emile Durkheim ont encore du mal à être entendues. Dans Les règles de la méthode sociologique, parues en 1895, le fondateur de la sociologie française esquisse un véritable programme méthodologique qui demeure encore une référence incontournable pour les étudiants et les chercheurs de la discipline. Après avoir exhorté à "écarter systématiquement les prénotions", c'est-à-dire les préjugés dont nous sommes chacun nécessairement porteurs à propos d'une question donnée, il définit l'objet de la sociologie comme étant l'étude des faits sociaux, c'est-à-dire "toute manière de faire, fixée ou non, susceptible d'exercer sur l'individu une contrainte extérieure". Il s'empresse ensuite d'indiquer que "la première règle et la plus fondamentaleest de considérer les faits sociaux comme des choses". Autrement dit, de traiter les manifestations relatives à la vie en société de la même manière que le physicien se comporte avec la matière qu'il étudie, en laissant de côté la volonté des acteurs qui les mettent en oeuvre. Il s'agit donc de rechercher les causes des faits sociaux dans d'autres faits sociaux et non dans le libre arbitre individuel.

Afin de prouver le bien-fondé de sa méthode, il l'applique au phénomène a priori le plus libre qui soit: le suicide. Il va pour cela traiter les données statistiques disponibles sur ce phénomène afin de mettre en évidence les régularités en matière de suicide au niveau de la société prise globalement. Il dégage ainsi les variables d'appartenance qui préservent du passage à l'acte et avance ensuite que les causes de ce dernier sont avant tout à rechercher dans deux faits sociaux: l'affaiblissement de l'intégration et celui de la régulation, c'est-à-dire la capacité d'une société à susciter respectivement un sentiment d'appartenance et des règles de conduite à ses membres.

Cette étude pionnière de Durkheim, qui rompt autant avec l'illusion du libre arbitre absolu qu'avec des explications déterministes d'ordre biologique, a suscité par la suite de nombreuses enquêtes sociologiques visant à mettre en évidence le rôle prééminent des appartenances collectives dans la construction de phénomènes apparemment individuels. La liste serait interminable, mais on pourra citer par exemple les travaux de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron (2) pour la remise en cause de l'idéologie du "don" scolaire, ou encore ceux d'Howard Becker, qui montre notamment comment la déviance ou bien les oeuvres d'art sont en fait des constructions éminemment collectives (3).

Si certains ont pu aller jusqu'à parler de "mythe de l'individu" pour désigner les conséquences sociales et politiques désastreuses de la croyance à une responsabilité individuelle absolue dans les succès comme dans les défaillances (4), il est cependant largement abusif de présenter Durkheim comme le partisan d'un déterminisme absolu exercé par la société sur ses membres. Dans un essai moins connu (5), celui-ci promeut même un certain individualisme "abstrait" dont l'objet est "la glorification, non du moi, mais de l'individu en général [et qui] a pour ressort non l'égoïsme, mais la sympathie pour tout ce qui est homme, une pitié pour toutes les misères humaines, un plus ardent besoin de les combattre et de les adoucir, une plus grande soif de justice". C'est donc bien l'aveuglement aux interdépendances (voir encadré) et non l'individualisme en tant que tel que Durkheim pourfend, expliquant que "pour faire plus facilement le procès de l'individualisme, on le confond avec l'utilitarisme étroit et l'égoïsme utilitaire de Spencer et des économistes". Il exhorte enfin à ce "qu'on ne vienne donc pas dénoncer l'individualisme comme ennemi qu'il faut combattre à tout prix! On ne le combat que pour y revenir, tant il est impossible d'y échapper."


Le paradoxe de la spécialisation
Dans De la division du travail social (1893), Emile Durkheim place la dynamique de la division du travail au coeur du changement social. L'épithète "social" qu'il ajoute sert à signifier que le processus s'observe au-delà de la seule sphère économique; il concerne l'ensemble des activités relatives à la vie collective. Ce n'est pas tant le progrès des connaissances et des techniques que l'augmentation de ce qu'il appelle la "densité morale" (*) qui amène chacun à se spécialiser dans un rôle de plus en plus précis. Cette évolution, remarque-t-il, a une influence sur la nature même du lien social: on assiste ainsi au passage progressif d'une "solidarité mécanique", qui repose sur la similitude entre les membres du groupe social, à une "solidarité organique", qui s'appuie davantage sur leur interdépendance.



Qui dit spécialisation dit en effet différenciation, et les agents sociaux deviennent de fait plus dépendants les uns des autres pour satisfaire leurs divers besoins. Pour s'en convaincre, il suffit de songer à la profusion des professionnels dont nous avons besoin au quotidien. Pourtant, cette interdépendance croissante dans les faits ne s'accompagne pas automatiquement de sa prise en compte. Car dans le même temps, les individus deviennent de plus en plus conscients de leur individualité, et de ce fait, ils ressentent de moins en moins leur appartenance à une collectivité. C'est ainsi que pourraient s'analyser aujourd'hui une certaine défiance à l'égard des prélèvements obligatoires et l'oubli de leurs contreparties, en termes de protection ou de services publics. Ce danger de l'anomie (*) ne peut manquer d'étonner, car c'est alors que nous avons sans cesse davantage besoin des autres que nous nous croyons plus autonomes. Pour enrayer cette évolution, Emile Durkheim attribuait un rôle essentiel aux groupements professionnels pour préserver l'intégration sociale et maintenir une régulation collective. Un plaidoyer original pour le corporatisme.

(*) Densité morale : désigne, chez Durkheim, l'augmentation des échanges et des communications entre les membres d'une société. Elle s'accompagne généralement de l'augmentation de la densité physique avec laquelle elle ne se confond cependant pas.
(*) Anomie : étymologiquement, absence de règle. Cette notion renvoie plus largement à l'affaiblissement de la cohésion sociale, principal risque de l'individualisation selon les auteurs durkheimiens.

2. L'individu comme point de départ
L'approche durkheimienne est loin d'être dominante parmi les sociologues. Peu de temps après lui, Max Weber propose en effet un objet radicalement différent à la sociologie en la définissant comme "une science qui se propose de comprendre par interprétation l'action sociale, et par là d'expliquer causalement son déroulement et ses effets" (6). L'action sociale, précise-t-il, désigne tout "comportement humain quand et pour autant que l'agent lui communique un sens subjectif". Alors que Durkheim met l'accent sur la dimension objective de la vie en société, c'est au contraire sur son versant subjectif que Weber invite à se pencher. En d'autres termes, le premier propose de partir de l'échelle globale pour rendre compte des comportements individuels, tandis que le second invite au contraire à se mettre à la place des acteurs pour comprendre le sens qu'ils attribuent à leurs actes, afin d'expliquer leur déroulement et leurs effets sur le plan collectif.

Comme Durkheim, Weber ne va pas se contenter d'être un concepteur d'outils pour sociologues. Il va également s'en servir pour analyser les grandes transformations liées à l'entrée dans la modernité. Il va en particulier s'attacher à l'étude des grands systèmes religieux afin de dégager en particulier leur influence sur l'organisation économique et la hiérarchie sociale en vigueur dans les sociétés concernées. Son analyse la plus célèbre concerne la mise en place du capitalisme, qu'il attribue moins à l'évolution des rapports de production qu'à des facteurs culturels. Il pointe en particulier le rôle majeur du puritanisme protestant qui promeut l'ascétisme et le travail, deux éléments clés de ce qu'il qualifie l'"esprit du capitalisme" (7).

Cependant, pour Weber, l'évolution la plus remarquable de la modernité réside dans le processus de rationalisation, c'est-à-dire le fait que la motivation des actes réside de manière croissante dans une "rationalité en finalité", où va primer la recherche de l'efficacité et non, dans la tradition, l'affection ou la "rationalité en valeur" (où l'acteur va chercher en premier lieu à se conformer à une ou des valeurs prédéfinies). Cette rationalisation alimente selon lui le "désenchantement du monde", c'est-à-dire l'évacuation progressive de la croyance aux explications magiques des phénomènes au profit de la science. Autrement dit, une perte de l'emprise du religieux, qui est aussi une perte du sens de l'existence, lourde de menaces pour la vie en société.

La méthode de Weber va inspirer de nombreux auteurs, à commencer par Talcott Parsons dont la théorie de l'action régnera plusieurs décennies durant sur la sociologie états-unienne.

Autres héritiers de Weber: les chercheurs interactionnistes, pour qui la vie sociale se joue essentiellement dans les relations concrètes de face-à-face. Pionnier de ce courant, Georg Simmel va ainsi repérer les sources de l'individualisation dans la multiplication des cercles sociaux auxquels chacun appartient en fonction de ses "penchants et aspirations". Chaque combinaison va dès lors tendre à devenir unique, rendant l'individu qui la porte différent de ses voisins.

D'autres auteurs vont s'appuyer sur l'hypothèse de rationalisation. C'est le cas notamment de Raymond Boudon. Fondateur d'un courant qualifié d'individualisme méthodologique, celui-ci part du principe que l'individu constitue l'atome logique de l'analyse sociologique. Il convient ainsi d'en restituer les rationalités en fonction de leur situation pour expliquer leurs actions. Les phénomènes sociaux ne sont dans cette perspective que des "effets de composition", résultant de l'agrégation de ces multiples actes individuels, et peuvent dès lors prendre des formes imprévues, voire contraires aux intentions des acteurs concernés, ce qu'il appelle des effets pervers.

Si Boudon a par la suite élargi les "raisons" à l'origine des actions aux croyances des acteurs, ce n'est pas le cas d'autres adeptes de la théorie du choix rationnel, tel Gary Becker. Ce dernier a en effet entrepris d'appliquer l'analyse microéconomique à l'ensemble des comportements sociaux. Que ce soit en matière d'éducation, de crime, ou de mariage, par exemple, les acteurs se décideraient toujours en fonction d'un calcul coûts-bénéfices. Une approche qui laisse paradoxalement bien peu de place à la liberté individuelle.

3. La nécessité de réconcilier individu et structures
L'opposition entre individu et société est en fait un piège du langage qui incite à distinguer deux réalités qui n'en font qu'une. C'est ce que note Norbert Elias, qui invite à centrer l'analyse sur les "configurations", c'est-à-dire les multiples chaînes d'interdépendance qui nous relient (8). Du reste, si l'étude des inégalités et de la domination demande de rester attentif aux variables objectives, comme la position socioprofessionnelle, la compréhension du monde social exige aussi de prendre en compte la subjectivité des agents. Et ce, parce que les structures sociales s'y inscrivent autant sinon plus.

C'est ce que Pierre Bourdieu s'est attaché à montrer avec le concept d'habitus pour désigner les dispositions à sentir, agir ou penser d'une certaine manière qui se construisent au cours de la socialisation (*) . Toute analyse de la société qui ne s'emploierait qu'à étudier l'état des forces qui constituent un domaine particulier et autonome de la vie sociale (ce que Bourdieu appelle un "champ"), ou les seuls aspects de la subjectivité des agents qui y évoluent - leurs manières d'agir ou de penser conscientes, mais aussi et surtout inconscientes - manquerait de ce fait l'essentiel.

C'est ce qu'illustre également la question de la reproduction sociale, comme le rappelle notamment Marie Duru-Bellat dans son dernier ouvrage. De tous les facteurs prédictifs de la réussite scolaire, le plus influent reste l'origine sociale des enfants. L'explication réside principalement dans la proximité entre la culture valorisée à l'école et celle qui est transmise dans les familles les plus favorisées. Le mérite, tant vanté à notre époque, n'est donc essentiellement que le résultat d'une étroite conformité entre un champ - ici l'école - et un habitus individuel. Et l'égalité des chances une chimère inatteignable, explique Marie Duru-Bellat, sauf à imaginer séparer les enfants de leurs familles à la naissance pour leur permettre d'expérimenter une socialisation la plus homogène possible. Le meilleur des mondes imaginé par le romancier Aldous Huxley n'est plus très loin... Et la sociologue d'inviter à desserrer l'emprise des diplômes, et au-delà d'ouvrir le débat sur la définition et la finalité des mérites.

On voit ainsi la nécessité pour l'analyse sociologique - et pourrait-on ajouter politique - de tenir ensemble les dimensions objectives et subjectives des phénomènes sociaux. L'un des défis principaux de la sociologie contemporaine est ainsi d'analyser la construction des individus, mais en la reliant étroitement à l'évolution des structures sociales dans lesquelles ils s'inscrivent et à leurs positions au sein de celles-ci. C'est ce que propose notamment Robert Castel (9), en soulignant le rôle fondamental des supports collectifs que représentent notamment les protections sociales dans la construction d'un "individu positif".

Reste un autre enjeu: repérer la pluralité des dispositions au sein d'un même individu. En effet, parler d'individu suggère l'illusion d'une identité unifiée. Or, nous sommes tous plongés quotidiennement dans une pluralité de bains sociaux qui impliquent autant de socialisations différentes. Celles-ci ne sont pas nécessairement cohérentes et peuvent même entrer en contradiction. La cohérence de l'habitus individuel n'est ainsi pas la règle mais l'exception, comme l'a montré et théorisé Bernard Lahire, à propos des pratiques culturelles. Or, cet "écart de soi à soi" permet de comprendre les nombreux décalages qui émaillent le quotidien de chacun. Le chantier reste donc immense, mais rappelle que l'individu représente bien un objet pertinent pour la sociologie. Le tout est de savoir comment l'aborder.

Igor Martinache


Alternatives Economiques - n°287 - Janvier 2010
(*) Socialisation : processus au cours duquel chaque individu va construire les traits de sa personnalité sous l'influence essentielle de son environnement. A noter qu'il se poursuit tout au long de la vie et qu'il est interactif: chacun est socialisé par les autres, mais les socialise aussi en retour.
Notes


(1) "There is no Such a Thing as Society", formule prononcée dans un entretien accordé au Women's Own Magazine, 31 octobre 1987.


(2) Voir Les héritiers, éd. de Minuit, 1964, et La reproduction, éd. de Minuit, 1970.


(3) Voir respectivement Outsiders, éd. Métaillié, 1985 (1re éd. 1963) et Les mondes de l'art, éd. Flammarion, 1988 (1re éd. 1982).


(4) Voir Le mythe de l'individu, par Miguel Benasayag, éd. La Découverte, 1998.


(5) L'individualisme et les intellectuels, éd. Mille et une nuits, 2002 (1898), citations respectivement pp. 16, 9 et 23.


(6) Economie et société, éd. Pocket, 1985 (1re éd. 1922), p. 25 et p. 28 pour la suivante.


(7) L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, éd. Gallimard, 2003 (1re éd. 1905).


(8) Voir La société des individus, éd. Fayard, 1991, pp. 37-56.


(9) Voir notamment "Le défi de devenir un individu. Esquisse d'une généalogie de l'individu hypermoderne" dans La montée des incertitudes, éd. Fayard, 2008, pp. 401-449.

En savoir +
Les sociologies de l'individu, par Daniello Martucelli et François de Singly, éd. Armand Colin, 2009.
Identités de l'individu contemporain, par Claude Calame (dir.), éd. Textuel, 2008.
Le sens pratique, par Pierre Bourdieu, éd. de Minuit, 1980.
Le mérite contre la justice, par Marie Duru-Bellat, éd. Presses de Sciences Po, 2009.
L'homme pluriel, par Bernard Lahire, éd. Nathan, 1998.

La sociologie s'est initialement constituée pour rappeler l'influence du collectif sur les actes et les sensations de chacun. Certains auteurs ont cependant placé l'individu au centre de leurs analyses, en même temps que la modernité s'accompagnait d'une individualisation des conditions d'existence. Et si l'opposition entre individu et société était en fait artificielle? Car la vie sociale présente à la fois des dimensions objectives et ...

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V

- n° 284 - p.46 à p.49

Plus libres et plus riches, les Français vivent incontestablement mieux qu'il y a cinquante ans. Mais ils doivent aujourd'hui affronter la crise et le retour des inégalités.

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V

- n° 281 - p.280 à p.281

Les médias sont accusés de rendre les foules moutonnières, violentes et enclines à la surconsommation. La diatribe est ancienne, elle remonte au XIXe siècle et a connu son développement dans la première moitié du XXe. Mais elle est contestable. Car loin d'être reçus passivement, les contenus diffusés sont perçus de manières très différentes selon la position sociale des individus. Si les médias posent un problème à la démocratie, c'est sans doute moins par ce qu'ils exposent que par ce qu'ils ne montrent pas.
1. L'essor de la propagande, entre craintes et espoirs

"Vendre du temps de cerveau humain disponible" aux annonceurs publicitaires. Voilà comment l'ancien PDG de TF1, Patrick Le Lay, définissait la mission de sa chaîne il y a quelques années. Ces propos avaient alors soulevé de vives émotions, les uns fustigeant le cynisme du dirigeant, les autres saluant son franc-parler. Mais peu ont alors souligné sa vanité. C'est que le pouvoir des médias est souvent admis comme allant de soi, qu'on le dénonce ou qu'on cherche à l'instrumentaliser à son profit. Rappelons que Max Weber définissait le pouvoir comme "toute chance de voir triompher, au sein d'une relation sociale, sa propre volonté". Le sociologue allemand soulignait ainsi la nature essentiellement relationnelle du pouvoir, s'opposant à la conception courante qui voudrait qu'il s'agisse d'un attribut que l'on posséderait ou non. A la suite d'auteurs tels que Rousseau, il ajoutait dans son analyse qu'une telle relation de pouvoir n'était durable que si elle était perçue comme légitime, c'est-à-dire que si elle obtient le consentement de ceux qui la subissent. Autrement dit, pour diriger les comportements d'autrui, l'influence s'avère plus efficace que l'injonction, ce que confirment les études sur la socialisation (1).

Qu'il s'agisse pour un régime dictatorial de faire adhérer sa population à ses objectifs ou, en démocratie, d'influencer l'opinion ou les actes de consommation, les dirigeants ont rapidement cherché à contrôler les outils de communication. Ce fantasme a pu devenir réalité avec le progrès technique, et en premier chef l'essor des instruments de communication de masse: imprimés, radio et cinéma. Pour les observateurs, loin de se réduire à faciliter les échanges, ces nouvelles techniques entraînent alors un véritable bouleversement social, marquant l'avènement d'une société de masse. A la fin du XIXe siècle, des auteurs comme Gabriel Tarde et Gustave Le Bon pointent ainsi le rôle essentiel de l'imitation et de l'inconscient dans la formation de foules grégaires et irrationnelles.

Observant le recours important aux techniques de propagande durant la Première Guerre mondiale par des régimes aussi soucieux d'influencer leurs propres populations que celles de leurs adversaires, Harold Lasswell développe pour sa part le modèle dit de la "seringue hypodermique". Le public y est envisagé comme une masse atomisée et passive qui reçoit les messages émis par les médias de manière directe et indifférenciée. Considéré comme le fondateur de la sociologie des médias, celui-ci infléchira par la suite sa théorie, insistant notamment sur la nécessité d'enquêter concrètement sur les conditions de production des contenus médiatiques.

Les théories de la propagande vont ensuite connaître un succès qui ne se démentira pas jusqu'à aujourd'hui. Certains dénoncent ainsi les menaces qu'elle fait peser sur la démocratie. C'est le cas par exemple de Serge Tchakhotine pour qui la radio a joué un rôle essentiel dans le conditionnement de la population allemande par les Nazis. Les émissions orchestrées par Goebbels seraient parvenues à hypnotiser des Allemands, le sortilège étant entretenu par des symboles tels que la croix gammée ou le salut hitlérien. Egalement marqués par la montée du nazisme, les philosophes allemands Theodor Adorno et Max Horkheimer soulignent de leur côté l'ambiguïté de l'idéologie du progrès héritée des Lumières. Alors que les avancées techniques permettraient de résoudre nombre des problèmes de l'humanité, la rationalisation qui l'accompagne tend à détruire toute valeur humaniste. Exilés aux Etats-Unis, ils dénoncent notamment le développement de l'industrie culturelle. Obéissant à la seule logique économique, sa production de masse conduirait, selon eux, à formater les opinions et les comportements, faisant ainsi le lit de nouveaux totalitarismes à venir.

La propagande n'est cependant pas seulement un objet de réprobations. Certains louent au contraire ses vertus et son efficacité, tels Edward Bernays, le neveu de Sigmund Freud. Fort de multiples succès en la matière - comme d'avoir rendu la cigarette populaire parmi les femmes -, celui-ci publie en 1928 un manuel dédié à cet "art" des "relations publiques" (2). Notant qu'il a toujours été recherché par les gouvernants, Bernays affirme que le contrôle de l'opinion est "nécessaire à une vie bien réglée", et ce dans tous les secteurs de la vie sociale. Bref, mieux vaut la propagande que le désordre. Mais tout en distillant ses conseils à longueur de pages, il fustige l'archaïsme des responsables de son époque alors que de nouvelles techniques prometteuses sont alors à leur disposition. A voir la place prise par le marketing, y compris dans l'activité politique (3), son appel semble depuis avoir été largement entendu.
2. Une réception toujours médiatisée

Progrès technique aidant, les médias ont pu s'adresser à une audience toujours plus grande, au point que la notion de "médias de masse" soit devenue un pléonasme. A cela s'ajoute un temps toujours croissant passé devant les écrans, ceux des téléviseurs mais aussi de plus en plus des ordinateurs à surfer sur le Web. Autant de facteurs qui expliquent que les dépenses de publicité n'aient cessé, elles aussi, de croître au cours des dernières décennies, de même que les dépenses de communication politique. A elle seule, la dernière campagne présidentielle aux Etats-Unis a ainsi coûté plus de 1,5 milliard de dollars, le double de celle de 2004 et dix fois plus que celle de 1980.

A contrario, mûs par des motifs certes bien différents, les gouvernements s'interrogent sur la manière de contrôler les accès à certains contenus, à commencer par ceux de la Toile. Qu'il s'agisse de faire taire les opinions dissidentes ou de protéger les plus jeunes contre des contenus illicites ou jugés immoraux, les médias de masse sont supposés posséder une puissante force de suggestion.

Ce préjugé n'a pas épargné le livre, comme le rappellent notamment les travaux de Roger Chartier (4). Dès l'invention de l'imprimerie par Gutenberg au XVe siècle, les censeurs ont redoublé de vigilance. Cela n'a pas freiné le développement du colportage et de la circulation d'imprimés sous le manteau, bien au contraire. Car l'historien souligne qu'entre l'auteur et le lecteur d'un texte, les intermédiaires sont nombreux: éditeur, typographe, imprimeur, libraire ou encore commentateur. En d'autres termes, pour comprendre comment se construit le sens d'un texte, il faut tenir compte des conditions dans lesquelles celui-ci a été transmis et reçu, mais aussi de la liberté des lecteurs. Car ceux-ci conservent toujours la possibilité de s'affranchir des multiples normes que leur imposent les "producteurs", en sélectionnant ce qui les intéresse dans les contenus et en l'interprétant en fonction de leurs propres valeurs. Un rapport aux oeuvres que Michel de Certeau qualifie de "braconnage culturel", contestant de cette manière la passivité et la domination dont certains a priori élitistes affublent les publics populaires.

Ce changement de regard doit en particulier beaucoup au sociologue britannique Richard Hoggart, considéré comme le père du courant des Cultural Studies (*) . Dans La culture du pauvre (5), il analyse les effets des produits de l'industrie culturelle sur les membres de la classe ouvrière, dont il est lui-même issu. Il montre la distance que ceux-ci savent entretenir, pratiquant une "attention oblique", ainsi qu'un filtrage des messages reçus en fonction d'une forte division du monde entre "eux" - les membres des classes dominantes - et "nous". "Il ne faut jamais oublier que ces influences culturelles n'ont qu'une action fort lente sur les transformations des attitudes et qu'elles sont souvent neutralisées par des forces plus anciennes. Les gens du peuple ne mènent pas une vie aussi pauvre qu'une lecture, même approfondie, que leur littérature le donnerait à penser." Peu auparavant, étudiant l'influence des médias sur le vote aux Etats-Unis, Elihu Katz et Paul Lazarsfeld mettaient en lumière le rôle crucial des "leaders" d'opinion présents dans l'entourage des électeurs, agissant comme un filtre vis-à-vis des mes-sages médiatiques. Ces différents travaux incitent à considérer les médias comme un agent de socialisation (*) parmi d'autres.

Culture légitime, misérabilisme et populisme

La création du ministère de la Culture il y a tout juste un demi-siècle sous l'égide d'André Malraux marquait l'avènement d'une conception optimiste du public. Pour réduire les inégalités culturelles, il suffisait, pensait-on alors, de faciliter l'accès aux oeuvres et de compter sur la "bonne volonté" des milieux défavorisés. C'était faire trop peu de cas des méca-nismes de socialisation, mais aussi des logiques de distinction.

La sociologie de Pierre Bourdieu est par la suite venue rappeler ces réalités aux promoteurs un peu trop enthousiastes de la culture pour tous. En 1979, le chercheur publie notamment La distinction, ouvrage dans lequel il met en évidence la construction sociale de systèmes de goûts et de dégoûts suivant les milieux, ainsi que leur rôle central dans la stratification sociale. Les pratiques culturelles - au sens large, c'est-à-dire l'ensemble des manières d'agir, de sentir et de penser - vont être inégalement valorisées dans la société, certaines étant jugées comme "nobles" et d'autres "vulgaires", selon le point de vue de la classe dominante.

Plus encore que les médias, de par sa proximité avec les codes culturels des classes dominantes, l'école contribue grandement à légitimer ce classement des choses, qui n'est autre qu'un classement des hommes. Cette théorie dite de la "légitimité culturelle" a cependant attiré certaines critiques. La plus aboutie est celle de Claude Grignon et Jean-Claude Passeron qui, dans Le savant et le populaire en 1989, contestent l'absence supposée d'autonomie dans les goûts des classes populaires qu'ils qualifient de misérabilisme, tout en la renvoyant dos-à-dos avec l'écueil inverse du populisme qui consiste à nier toute domination culturelle. Les travaux plus récents de Richard Peterson ou Bernard Lahire ont montré du reste que la domination culturelle passait désormais davantage dans l'éclectisme des pratiques pour les classes dominantes, plutôt que dans la conformité permanente aux canons de la "haute culture".

Leur influence se mêle ainsi à celle que peuvent exercer la famille, l'école, les amis ou encore le milieu professionnel. Elle ne peut donc se déduire de la seule analyse des contenus. Les sociologues de la culture sont dès lors incités à faire preuve de plus de modestie, à partir à la recherche du public plutôt que de lire les courbes d'audience. Il s'agit de se livrer à des études localisées, accordant une attention marquée au contexte de réception, et à parler de publics au pluriel et non plus au singulier. Aux analyses de contenu vont ainsi être privilégiées les études de réception, qui font dès lors l'objet d'un engouement certain. Parmi les très nombreuses enquêtes de ce courant, on peut citer celle de Janice Radway sur la fonction d'évasion que remplissent les romans "à l'eau de rose" pour leurs lectrices à l'égard d'une situation domestique insatisfaisante, ou celle de Dominique Pasquier, qui montre comment le feuilleton Hélène et les garçons servait d'initiation à la "grammaire amoureuse" pour ses jeunes téléspectatrices, apportant un démenti cinglant aux préjugés élitistes.
3. Des obstacles structurels à un échange démocratique

L'un des pionniers de cette approche, David Morley, va étudier la réception de Nationwide, émission d'information à succès de la BBC. Pour cela, il réunit plusieurs groupes de spectateurs en fonction de leur position sociale et recueille leurs impressions. Ce faisant, il constate que l'interprétation des reportages visionnés dépend étroitement de leurs sous-cultures (*) respectives. Les banquiers de l'échantillon affichent ainsi leur accord avec l'orientation politique conservatrice des repor-tages, à l'inverse des militants syndicaux. Les jeunes apprentis, eux, n'aper-çoivent pas ce parti pris, faute de posséder la culture politique nécessaire.

Elihu Katz et Tamar Liebes adoptent une méthode similaire pour comparer la réception de la série Dallas aux Etats-Unis, au Japon et en Israël. La communauté russe de ce dernier pays y lit la responsabilité du capitalisme dans le déclin de cette dernière, tandis que les Palestiniens voient surtout la perte des valeurs morales. Les Japonais, trop éloignés culturellement, se désintéressent largement du programme, tandis que les Américains s'appliquent à déceler les astuces des scénaristes. Les auteurs montrent également comment le visionnage de la série construit un certain nombre de rituels et de références communes, créant de ce fait une nouvelle sous-culture.

Si la réception culturelle est un phénomène bien plus complexe qu'il n'y paraît, il ne s'agit pas pour autant d'exagérer la liberté des publics. Les travaux évoqués précédemment montrent ainsi, tous à leur manière, la subsistance de rapports de domination au sein des pratiques culturelles. Si l'uniformisation redoutée derrière la diffusion mondialisée de certains contenus s'avère peu crédible, il n'en reste pas moins que les conditions de production des messages posent un certain nombre de questions quant au fonctionnement d'une société démocratique. Celle-ci repose en effet largement sur la constitution et l'entretien d'un espace public, lieu d'expression et de rencontre des opinions variées, permettant à la société de contrôler l'Etat. Telle est la thèse de Jürgen Habermas, qui montre cependant que, dès le XVIIe siècle, la constitution d'une sphère publique libérale s'est accompagnée de la répression des opinions issues des classes populaires. Une telle spoliation s'est prolongée selon lui jusqu'à aujourd'hui, avec la privatisation de l'espace public au profit de quelques groupes d'intérêt constitués dans les démocraties de masse. Le problème de la concentration dans les médias français est ainsi régulièrement dénoncé.

C'est, enfin, sans doute sur le plan des structures symboliques que le rôle des médias est le plus déterminant, comme incitent notamment à le penser certains écrits de Pierre Bourdieu. Selon lui, comme tout agent social, les journalistes évoluent dans un champ (*) où la concurrence les conduit à se référer les uns aux autres de manière circulaire. Ils se con-forment dès lors à un agenda commun - une hiérarchisation des sujets dont il faut parler, compte tenu des con-traintes d'audience intériorisées.

Bref, les médias ne dictent pas ce qu'il faut penser, mais ce à quoi il faut penser, en évacuant surtout les sujets jugés trop ennuyeux ou conflictuels qui pourraient faire fuir le public. Leur défaut majeur réside ainsi dans ce qu'ils ne montrent pas, réalités ou opinions dérangeantes, livrant de ce fait une vision déformée de la société, ce qui entrave la délibération poli-tique. Bouc émissaire idéal, les médias ne forment qu'une partie du problème démocratique. Mais une partie tout de même.
Igor Martinache

Alternatives Economiques - n°281 - Juin 2009
(*) Cultural Studies : courant de recherche pluridisciplinaire qui étudie les relations entre culture et pouvoir, initié en 1964 par Richard Hoggart avec la création du Center for Contemporary Cultural Studies à l'université de Birmingham(*) Agent de socialisation : personne ou instance qui exerce un rôle dans la construction de la personnalité d'un individu(*) Sous-culture : ensemble des valeurs et normes de comportement d'un groupe particulier, différencié de celles de la société nationale plus vaste dont il fait partie(*) Champ social : concept de Pierre Bourdieu qui désigne un secteur de la société qui fonctionne suivant des enjeux et des res-sources (capitaux) spécifiques
Notes

(1)

Voir La socialisation, par Muriel Darmon, coll. 128, éd. Armand Colin, 2006.

(2)

Propaganda. Comment manipuler l'opinion en démocratie, coll. Zones, éd. La Découverte, 2007.

(3)

Voir Sociologie de la communication politique, par Philippe Riutort, coll. Repères, éd. La Découvertes, 2007.

(4)

Voir par exemple Culture écrite et société, éd. Albin Michel, 1996.

(5)

Ed. de Minuit, 1970 (1957). Citation page 378.
En savoir +

Comment sont reçues les oeuvres?, par Isabelle Charpentier (dir.), éd. Creaphis, 2006.
Du côté du public. Usages et réceptions de la télévision, par Brigitte Le Grignou, éd. Economica, 2003.
Introduction aux Cultural Studies, par Armand Mattelart et Erik Neveu, coll. Repères, éd. La Découverte, 2003.
Sociologie des publics, par Jean-Pierre Esquenazi, coll. Repères, éd. La Découverte, 2003.
Sur la télévision, par Pierre Bourdieu, éd. Liber-Raisons d'agir, 1996.
www.acrimed.org: le site de l'association Acrimed (Action-critique-média).
Les médias sont accusés de rendre les foules moutonnières, violentes et enclines à la surconsommation. La diatribe est ancienne, elle remonte au XIXe siècle et a connu son développement dans la première moitié du XXe. Mais elle est contestable. Car loin d'être reçus passivement, les contenus diffusés sont perçus de manières très différentes selon la position sociale des individus. Si les médias posent un problème à la démocratie, c'est sans ...

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- n° 281 - p.44 à p.46

Le modèle de l'hypermarché fait de moins en moins recette. Un nouvel urbanisme commercial émerge, plus hétérogène et plus durable.

Qui ne s'est jamais perdu dans les kilomètres de rayons d'un hypermarché? Qui n'a été plongé dans un abîme de perplexité devant l'offre pléthorique de yaourts au rayon frais? Qui n'a eu le vertige face à l'enfilade de caisses dans ces grandes surfaces qui s'étalent en moyenne sur 5 700 mètres carrés par magasin? "Il y a une crise du gigantisme, d'une trop grande standardisation de l'offre", concède Michel-Edouard Leclerc lui-même, patron de l'enseigne E. Leclerc (1). Trop grands, trop loin de l'habitat, trop nombreux, les hypermarchés sont aujourd'hui en perte de vitesse.


Un marché saturé et fortement concurrencé

Première raison: la saturation. De fait, la France compte aujourd'hui 1 500 hypermarchés, alors qu'ils n'étaient que deux en 1966. Ce modèle a connu pendant les années 1960-1980 une croissance extensive, caractérisée par la multiplication des implantations. Cet essor était lié à celui de la con-sommation de masse. " L'hypermarché était la déclinaison commerciale du fordisme", explique Philippe Moati, directeur de recherche au Credoc: une offre standardisée proposée par des surfaces de grande taille, qui permettaient aux distributeurs de faire des économies d'échelle.

Mais les hypers sont aussi l'emblème d'un modèle qui contredit les exigences du développement durable: construites en périphérie des villes, les grandes surfaces ont participé d'une logique d'urbanisation extensive, dévoreuse de surfaces agricoles et favorisant le recours quasi systématique à la voiture individuelle pour faire les courses, avec toutes les conséquences que l'on sait: atteinte à la biodiversité, blocage des écoulements naturels de l'eau, forte consommation d'énergie, dégradation de nos entrées de ville, etc.

Evolution du nombre d'ouvertures d'hypermarchés, de supermarchés et de maxi-discounters

S'inscrivant dans ce modèle urbain lié aux Trente Glorieuses, les hypers se sont multipliés, en dépit du vote de lois destinées à préserver le petit commerce. La loi Royer de 1973 a soumis toute création de magasin excédant 1 500 mètres carrés à l'approbation par une commission départementale d'urbanisme commercial. En 1996, la loi Raffarin avait encore durci les conditions d'ouverture de nouveaux magasins. Or, ces lois ont paradoxalement eu pour conséquence de figer l'urbanisme commercial en créant parfois des monopoles locaux. De quoi assurer une rentabilité maximale aux enseignes en place en confortant leurs positions au détriment de nouveaux concurrents prêts à investir le marché, notamment les maxi-discounters. Ces lois n'ont cependant pas empêché une saturation progressive de l'offre, qui a conduit les distributeurs français à s'internationaliser et à se concentrer. Aujourd'hui, cinq centrales d'achat se partagent l'essentiel de l'activité et quadrillent le territoire français.

Depuis lors, la croissance des hypers a connu un sérieux ralentissement. Les nouvelles implantations se font rares: seulement deux nouveaux hypermarchés ont ouvert en 2007 (tandis que 83 supermarchés ouvraient leurs portes). Leurs parts de marché s'érodent: ils ne vendaient plus que 33% des produits alimentaires en 2007, contre 35% en 1999 (2). Dans le même temps, la part des supermarchés est passée de 30% à 33%.

Au-delà de l'alimentaire, le modèle hyper est soumis à la concurrence des grandes surfaces spécialisées (les Bricomarché et autres Halle aux chaussures, devenus plus compétitifs en termes de choix, de conseils et de prix). Reste, enfin, la montée plus récente des maxi-discounters, dont l'implantation a été facilitée par la loi de modernisation de l'économie (LME) d'août 2008. Le seuil de déclenchement de la procédure - lourde - d'autorisation d'ouverture de magasin a été relevé à 1 000 mètres carrés. "La loi LME ne se traduira pas par une déferlante des maxi-discounters, car le territoire est déjà relativement bien quadrillé. En revanche, elle permet des agrandissements de surface. Nous avons d'ailleurs plusieurs projets dans ce sens", explique-t-on chez ED, qui dispose déjà de 918 magasins en France. De plus, les maxi-discounters, qui commencent à proposer aussi des produits de marque dans leurs rayons pour élargir leur clientèle, sortent de leur créneau générique à bas prix en devenant des discounters tous azimuts, c'est-à-dire en proposant des bas prix sur tous les types de produits.


Un modèle dépassé

La loi LME va être complétée par une législation sur l'urbanisme commercial qui devrait être discutée au Parlement d'ici à la fin juillet ou début octobre : "cette proposition de loi porte en soi une petite révolution, car elle va intégrer des critères de développement durable dans le code de l'urbanisme", explique Michel Pazoumian, délégué général du Procos (la Fédération pour l'urbanisme et le développement du commerce spécialisé). Portée par le député Jean-Paul Charié (UMP), elle propose la création d'une commission qui ferait des recommandations aux élus sur ce sujet. Sur ces bases, les élus élaboreraient un document d'urbanisme commercial qui devrait être compatible avec les documents d'urbanisme qui dessinent la géographie de la ville - le schéma de cohérence territorial et le plan local d'urbanisme (3). Ainsi, l'urbanisme commercial serait intégré à la vision d'ensemble du développement urbain.

"La question des transports sera très importante dans les futures autorisations d'extension ou d'implantation de grandes surfaces", prévoit Michel Pazoumian. Les autorités publiques sont de plus en plus attentives à la desserte en transports en commun des futurs projets commerciaux. Or, l'hypermarché est quasiment toujours situé en périphérie de ville, et donc très mal desservi par les transports publics. D'ailleurs, son développement est allé de pair avec celui des banlieues et le triomphe de la voiture, à l'instar du modèle américain des suburbs.

Telle taille, tel classement

Hypermarché: magasin d'une surface de vente au détail égale ou supérieure à 2 500 m2, implanté le plus souvent en périphérie de ville.

Supermarché: magasin de vente au détail à dominance alimentaire, d'une surface de vente comprise entre 400 m2 et 2 500 m2.

Maxi-discount: surface de vente au détail de moins de 1 000 m2 (moins d'un tiers font entre 120 m2 et 400 m2), proposant une offre de produits de consommation de base à bas prix, sans marque ou de marques de distributeurs.

Ce modèle est aujourd'hui remis en cause notamment pour des raisons écologiques, mais aussi démographiques: la mobilité des ménages faisant leurs courses se réduit. "L'hyper s'est construit sur le modèle de la famille avec enfants. Or la taille des ménages s'est réduite et leur moyenne d'âge s'est élevée", analyse Philippe Moati. Les jeunes comme les vieux se déplacent moins, ils achètent plus près et plus souvent. La ménagère de moins de 50 ans, symbole de la société fordiste dans laquelle tout le monde consommait la même chose pourvu que ce ne soit pas trop cher, est en voie de disparition. "Nous sommes passés à une société et à une économie post-fordistes", explique Philippe Moati, qui se caractérise par une hétérogénéité des consommations, et donc par une segmentation de la demande. On ne mange plus simplement pour se nourrir, mais aussi pour exprimer sa personnalité ou son appartenance à un groupe. D'où par exemple le succès des produits bio ou du terroir. Les hypers sont donc doublement attaqués. Par les maxi-discounters, qui offrent des produits standardisés à une clientèle à bas pouvoir d'achat ou soucieuses de faires des économies, et par les moyennes surfaces qui ont su s'adapter aux nouvelles exigences des consommateurs issus des classes moyennes aisées.

Plusieurs enseignes, notamment Carrefour et Casino, ont commencé à réduire la surface de certains de leurs plus grands hypers pour mieux rentabiliser l'espace. Elles commencent aussi à réfléchir à la manière de segmenter leur offre au sein d'un même espace, par exemple en créant des "magasins dans le magasin". "Mais les hypers resteront toujours l'endroit qui s'adresse à tous. On peut donc douter de leur résistance face à la segmentation et l'individualisation de l'offre, affirme Philippe Moati. Il ne va pas forcément mourir, mais il perdra forcément de la place."

Il faut cependant rappeler que ces enseignes font partie de grands groupes qui rassemblent des magasins de tailles diverses: par exemple, le groupe Carrefour compte entre autres des hypers du même nom, des supermarchés Shopi, des magasins de proximité 8 à huit et le maxi-discounter ED. Or aujourd'hui, c'est dans les secteurs de la proximité que ces groupes gagnent de l'argent. Ils tentent donc de développer cet axe en créant de nouveaux concepts. Par exemple, Casino s'est associé à Relay, filiale de distribution de journaux du groupe Lagardère, pour créer les magasins Chez Jean à Paris, ouverts sept jours sur sept, de 7 h à 23 h, et qui proposent de l'épicerie, du café, des viennoiseries, du pain, des journaux, des fleurs, etc. Mais ces nouveaux stores s'adressent à une clientèle urbaine et au fort pouvoir d'achat.


Vers le modèle japonais?

Au final, qui va remplacer le couple obsolète voiture-hyper? "Le hard-discount pourrait devenir le magasin référent en termes de consommation de première nécessité, sorte de magasin d'Etat des temps modernes", affirme Raphaël Palti, directeur de la société de conseil aux entreprises Altavia (4). Ensuite, à chaque type de demande complémentaire devrait correspondre un lieu d'achat: des circuits courts comme les paniers bio en ville ou les achats à la ferme en milieu rural, des commerçants de proximité, les stores ouverts tard le soir, etc. "On va aller vers un modèle à la japonaise", estime François Bellanger, animateur et fondateur du think-tank Transit City. Ce modèle est basé sur des achats de proximité ou réalisés dans des lieux de transition (comme les gares) ou encore via des commandes par portable ou sur Internet.

D'après la Fédération de l'e-commerce et de la vente à distance (Fevad), le commerce en ligne a connu une croissance de 29% en 2008. A la fin de cette année-là, près de 70% des internautes français avaient déjà effectué un achat Internet. Cette croissance profite cependant d'abord aux secteurs du voyage et de l'habillement; les supermarchés en ligne des grandes enseignes (Ooshop pour Carrefour, Houra pour Cora, etc.) restent marginaux. "Nous n'allons pas tous faire nos achats à deux heures du matin en ligne. Le commerce restera le premier élément de la vie d'une ville", estime Michel Pazoumian. Une réalité qui rejoint les prévisions de François Bellanger: "Le couple voiture-hypermarché va être remplacé par un duo piéton-Internet."
Claire Alet-Ringenbach

Alternatives Economiques - n°281 - Juin 2009
Notes



(1) Dans Libération du 12 mars 2009.



(2) "Le commerce en France", Insee Référence, éd. 2008.



(3) Le schéma de cohérence territorial (Scot) a pour but de présenter une stratégie globale d'aménagement à l'échelle d'un même bassin de vie. Il s'impose au plan local d'urbanisme (Plu), qui définit l'usage des sols et détermine les droits à construire.



(4) Lors d'une table ronde dans le cadre de "La cité du commerce et de la consommation", organisée par l'école de management ESCP-EAP, les 28 et 29 novembre 2008 à Paris.
Le modèle de l'hypermarché fait de moins en moins recette. Un nouvel urbanisme commercial émerge, plus hétérogène et plus durable.

Qui ne s'est jamais perdu dans les kilomètres de rayons d'un hypermarché? Qui n'a été plongé dans un abîme de perplexité devant l'offre pléthorique de yaourts au rayon frais? Qui n'a eu le vertige face à l'enfilade de caisses dans ces grandes surfaces qui s'étalent en moyenne sur 5 700 mètres carrés par magasin? "Il ...

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