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Développement durable: où en est la France?
| Alternatives Economiques 01/07/08

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V

- n° 271 - p.84 à p.87

L'Hexagone devrait respecter le protocole de Kyoto. Mais il reste loin derrière ses voisins dans de nombreux autres domaines. En matière d'énergies renouvelables ou de fiscalité verte, par exemple.

En matière de développement durable, comment situer la France vis-à-vis de ses voisins européens et des autres pays développés ? Impossible de répondre d'une manière simple à cette question en la plaçant sur un podium ou en queue de peloton. Tout dépend des indicateurs et des sujets. Grâce au nucléaire, l'Hexagone a des émissions de CO2 rapportées à son produit intérieur brut (PIB) parmi les plus faibles d'Europe, et il devrait être l'un des cinq pays européens à atteindre les objectifs fixés lors du protocole de Kyoto. Mais cette bonne performance a un revers: la surproduction nucléaire a découragé pendant longtemps les investissements dans les économies d'énergie et dans les énergies renouvelables, deux secteurs où la France fait largement moins bien que la moyenne de ses voisins.

Dans le domaine de la santé, elle arrive première dans le classement de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais elle est également dans le peloton de tête pour le nombre de cancers par habitant en Europe, dont 8 % à 20 % s'expliquent par des facteurs liés à l'environnement. Des tendances contradictoires que l'on retrouve aussi du côté des entreprises, si tant est que la notion d'entreprise française ait encore un sens lorsqu'on parle des géants du CAC 40... Les constructeurs automobiles français ont ainsi les taux d'émission de CO2 par véhicule les plus faibles en Europe, car ils sont bien positionnés sur le marché des petites citadines. Inversement, les banques françaises sont largement à la traîne lorsqu'on compare leurs engagements en matière de responsabilité sociale et environnementale à ceux de leurs homologues étrangères.
Un début d'inflexion

Que disent les évolutions les plus récentes ? Depuis que le développement durable semble être devenu un objectif partagé par les grandes entreprises et les partis de gouvernement, la situation évolue-t-elle dans le bon sens ? Quelques signaux montrent un début d'inflexion: les rejets industriels dans l'eau et l'air ont considérablement diminué grâce aux normes adoptées dans les années 80. Les zones couvertes par des dispositifs de protection de la biodiversité n'ont jamais été aussi nombreuses. Dans les grandes agglomérations qui ont investi dans les transports en commun, comme Lille, Lyon ou Reims, la part de la voiture dans les déplacements recule, preuve que cette politique est efficace.

Par ailleurs, depuis 2004, la quantité de CO2 émise par les transports diminue, signe que l'augmentation du prix du pétrole couplée aux progrès techniques peuvent être efficaces. Dans l'industrie, la hausse du prix de l'énergie et le système européen de quotas d'émissions ont incité les entreprises à investir dans l'efficacité énergétique. Elles utilisent donc aujourd'hui moins d'énergie en valeur absolue qu'en 1996 pour produire davantage de richesses.

Mais ces résultats sont totalement insuffisants si on les ramène par exemple à l'objectif proposé par le Giec (le groupe de scientifiques spécialistes du climat qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2007), et adopté formellement par la France en 2005, de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050 au regard de leur niveau de 1990. Cet objectif, dit "Facteur 4", est considéré comme indispensable pour contenir l'évolution du climat dans un plafond de + 2 degrés, niveau dont les conséquences sont jugées maîtrisables par le Giec. A cette aune, nous n'avions fait en 2006 qu'un tiers du chemin nécessaire puisque nos émissions étaient inférieures de 4 points aux objectifs de Kyoto, mais supérieures de 7 points au scénario Facteur 4.
L'importance des politiques publiques

Dans ce contexte, comment faire mieux ? Tout d'abord, en prenant exemple sur les bonnes pratiques de nos voisins. Ainsi, l'Allemagne recycle 68 % de ses déchets municipaux, quand nous nous contentons de 32 %; la part de l'agriculture biologique atteint 11 % en Autriche (contre 2 % en France), grâce à une politique de soutien à la conversion que rien ne nous empêche de mettre en place; le Danemark a instauré une taxe sur l'ensemble des consommations de carbone et est devenu ainsi le pays où la part de la fiscalité verte dans l'ensemble de la fiscalité est la plus importante d'Europe, ce qui n'est sans doute pas étranger à ses bons résultats en matière d'isolation des logements ou d'efficacité énergétique de son PIB. Pour autant, il n'existe, malheureusement, pas de modèle à suivre car aucun pays européen n'a une empreinte écologique jugée soutenable dans le long terme.

L'Etat du développement durable en France

Pour que chacun puisse participer de manière mieux informée au débat public, un nouvel Alternatives Economiques Pratique vient de paraître sur "L'Etat du développement durable en France". En douze chapitres thématiques (climat, transports, énergie, consommation...) et plus de 150 graphiques, cartes et tableaux commentés, ce guide permet de savoir où en est la France et de la situer vis-à-vis de ses voisins européens.

Parler du développement durable dans un pays donné a-t-il un sens quand il s'agit d'une question globale par excellence ? De nombreuses politiques publiques relèvent déjà du niveau européen et international, comme le marché du CO2. Pour autant, ce qui se fait en France peut avoir un impact mondial.

De plus, nombre de sujets clés pour le développement durable, tels que la lutte contre l'étalement urbain ou la prévention des cancers liés à l'environnement, relèvent encore principalement du cadre national. La mondialisation des enjeux ne peut donc pas être une excuse pour ne pas exercer au mieux localement cette responsabilité centrale pour notre avenir individuel et collectif.

Pour faire mieux qu'aujourd'hui, la France doit jouer sur les trois leviers que sont la responsabilité individuelle, l'offre des entreprises et les politiques publiques. La production d'un kilogramme de veau engendre douze fois plus d'effet de serre que celle d'un kilogramme d'oeufs, et la production de blé bio 85 % de moins d'effet de serre que du blé conventionnel. Nos choix quotidiens de consommation ont donc bien un impact sur le climat, et ils ne peuvent (ni ne doivent) être dictés par les pouvoirs publics. Ils relèvent d'abord de notre responsabilité personnelle.

La pression s'accroît
Entretien avec Anne-Catherine Husson-Traore : directrice de Novethic.fr

Depuis 2001, les entreprises cotées en France sont tenues de produire une information sur les impacts sociaux et environnementaux de leurs activités. Quel bilan faites-vous de cette obligation?

Les entreprises qui affirmaient en 2001 "la RSE, ce n'est pas mon problème" ne peuvent plus tenir cette posture. Cap Gemini est une des dernières entreprises du CAC 40 à rester sur cette position. Mais les entreprises choisissent leurs propres indicateurs et fixent leurs objectifs. Du coup, il est compliqué de comparer leurs pratiques. Par ailleurs, ce n'est pas parce que les entreprises communiquent qu'elles prennent des engagements précis. Ainsi, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) a publié, en 2008, une étude sur le comportement de 500 entreprises européennes en matière de lutte contre les discriminations: une très large majorité a signé des chartes sur le sujet, mais seules 11 % se sont donné des objectifs chiffrés, dont 4 % dans le cadre d'un accord avec les syndicats. Plus embêtant encore, dans les 5 % de l'échantillon qui avait fait l'objet d'une enquête judiciaire ou d'une pression médiatique sur le sujet, seule une entreprise sur cinq a mis en place un plan d'action.

On avance souvent l'idée que les entreprises ont intérêt à intégrer les enjeux du développement durable pour limiter les risques, en termes d'image, par exemple. Ce raisonnement est-il conforté par les faits?

Soyons clairs: une entreprise peut aujourd'hui ne pas raisonner en termes de développement durable et faire d'énormes profits. Exxon, par exemple, est l'une des entreprises qui subventionne le plus le lobbying des "négationnistes climatiques", ce qui ne l'empêche pas d'être l'une des plus profitables au monde. Les marchés boursiers ne s'intéressent pas aux risques de moyen et long termes, mais ce n'est pas le cas des investisseurs dont l'horizon est plus long, comme les fonds de pension anglo-saxons. Ceux-ci ont maintenant intégré dans leur choix d'investissement l'exposition aux risques sociaux et environnementaux. Les investisseurs ayant signé les Principes pour un investissement responsable (1) pèsent 9 000 milliards de dollars: trois fois plus que les fonds souverains (2).

Prenons l'exemple de l'industrie agroalimentaire. Le lien entre l'épidémie d'obésité dans les pays riches et le contenu nutritionnel des produits vendus par ces entreprises est maintenant établi. On voit donc apparaître aux Etats-Unis la menace des premiers procès en responsabilité pour obésité. En Europe, le risque pour cette industrie est plutôt de voir la réglementation se renforcer en matière, par exemple, d'interdiction de publicité pour les enfants ou de vente dans les établissements scolaires. Dans ce contexte, les entreprises qui ne sont pas capables de rééquilibrer le contenu nutritionnel de leurs produits, tout en conservant leur attractivité risquent de perdre des parts de marché, et donc d'avoir de moindres résultats financiers à terme.

Y a-t-il d'autres risques avérés?

L'autre élément clé à mes yeux concerne le recrutement des futurs cadres. Les secteurs pétroliers et nucléaires ont beaucoup de mal à recruter les jeunes ingénieurs les plus brillants, qui sont attirés par des secteurs plus "propres", comme les énergies renouvelables, qui recrutent aujourd'hui à tour de bras. Le principal argument des majors du pétrole dans la compétition qui les oppose aux compagnies des pays émergents, comme le chinois Petrochina ou les compagnies publiques des pays producteurs, c'est leur savoir-faire et leur expérience. Si elles ne sont plus capables d'attirer les meilleurs, alors qu'elles offrent déjà des niveaux de rémunération tout à fait honorables, elles vont avoir un vrai problème stratégique.

Au moment où Total était confronté aux scandales de l'Erika, d'AZF et de la Birmanie, l'entreprise faisait des profits records. Cela veut-il dire que le risque d'image est finalement assez faible?

Il n'y a évidemment aucun mécanisme automatique. Ceci dit, aujourd'hui, 80 % de la valeur des multinationales relève de l'immatériel, et notamment de l'image de leur marque. Or cette image peut vraiment être affectée par des comportements éloignés des principes du développement durable. En 2004, aux Etats-Unis, l'ONG californienne Rainforest Action Network (3) a fait perdre plus de 10 milliards de dollars à la banque Citigroup en montant une campagne de communication très agressive sur le fait que la banque refusait d'arrêter de financer les entreprises dont l'activité contribuait directement à la déforestation de l'Amazonie.

Où faut-il mettre le curseur entre la réglementation publique, la responsabilité juridique et la pression des actionnaires ou des ONG?

Les dirigeants d'entreprise acceptent de dire, souvent hors micro, qu'ils sont demandeurs d'une menace de réglementation pour les faire avancer. Notamment ceux qui se sont engagés dans des démarches volontaires qu'ils ne peuvent traduire en avantage compétitif que si leur bonne pratique devient une norme dans un domaine où ils ont pris de l'avance sur leurs concurrents. L'industrie chimique européenne s'est battue corps et âme contre la réglementation Reach (4). Aujourd'hui, les industriels reconnaissent qu'elle leur donne un temps d'avance dans la compétition internationale. Le Japon est d'ailleurs en train de s'aligner sur cette directive. La réglementation est d'autant plus utile que la capacité de mobilisation des consommateurs reste un point d'interrogation. Même le rappel par Mattel en 2007 de plusieurs millions de jouets fabriqués en Chine, dont la peinture contenait trop de plomb, n'a pas déclenché de changement de comportement des consommateurs, ni d'interrogations sur les conditions générales de production du secteur. Cela pose question sur les facteurs qui permettent une mobilisation de l'opinion publique.
Pascal Canfin
NOTES
(1)

www.unpri.org

(2)

Voir "Le double visage des fonds souverains", Alternatives Economiques n° 266, février 2008, disponible dans nos archives en ligne.

(3)

www.ran.org

(4)

Voir page 92 et "Reach adopté: objectif atteint... ou presque", Santé & Travail n° 57, janvier 2007, disponible sur www.alternatives-economiques.fr

Mais encore faut-il que l'offre suive à un prix raisonnable. Car on ne peut pas demander aux Français, dans un contexte d'augmentation importante des prix du logement et de l'énergie, qui sont des dépenses très largement contraintes à court terme, de choisir systématiquement des produits alimentaires biologiques plus chers et des modes de distribution de proximité plus écologiques mais souvent plus onéreux. D'où l'importance des politiques publiques, qui restent au coeur de notre capacité à inventer un nouveau modèle de développement.

Or, en la matière, la rupture n'a pas (encore?) eu lieu. La France semble en particulier avoir renoncé pour l'instant à développer une fiscalité verte, alors qu'elle se situe déjà en queue de peloton européen sur ce thème. Elle n'a toujours pas rétabli non plus les aides à l'agriculture biologique, si bien que les conversions en bio ne progressent plus. Elle continue également son lobbying auprès de la Commission européenne pour limiter au maximum les objectifs de développement des énergies renouvelables inclus dans la directive "énergie climat" en négociation actuellement. Elle a décidé la construction de nouvelles autoroutes malgré les engagements du Grenelle de l'environnement, alors que, parallèlement, le projet de trame verte pour protéger la biodiversité menacée par le morcellement du territoire, lui, n'avance pas...

Au-delà des conjonctures et des frilosités politiques, deux raisons, au moins, rendent ce changement de modèle particulièrement complexe. D'une part, jouent des temporalités différentes. Les effets inégalitaires de la hausse des prix de l'énergie se font sentir immédiatement, alors que les économies qui pourraient être réalisées grâce à une meilleure efficacité énergétique des logements demandent du temps. L'exercice politique consiste donc à la fois à fixer des objectifs ambitieux, à la hauteur des nouveaux défis posés notamment par le changement climatique, et à mettre en place les dispositifs transitionnels qui permettent de ne pas faire de ce changement de cap une difficulté supplémentaire pour les plus modestes.

Par ailleurs, il n'existe pas de forces sociales organisées sur lesquelles ancrer le changement des politiques publiques. Ainsi, nulle part n'existe l'équivalent écologique des syndicats de salariés, qui ont largement contribué à la mise en place des grandes réformes de la social-démocratie à partir de la fin du XIXe siècle. Or un changement de modèle ne peut se faire dans un cadre démocratique que s'il est porté par des forces majoritaires ou, a minima, par une majorité consentante. A chacun d'y prendre sa part.
Pascal Canfin

Alternatives Economiques - n°271 - Juillet 2008
En savoir +
"Le marché au secours de l'environnement?", Alternatives Economiques, hors-série n° 77, 3e trimestre 2008.
"Taxe carbone: ce qu'elle changerait vraiment?", Alternatives Economiques n° 269, mai 2008.
"L'environnement menace-t-il la compétitivité de l'Europe?", Alternatives Economiques, hors-série n° 76, 2e trimestre 2008.
L'Hexagone devrait respecter le protocole de Kyoto. Mais il reste loin derrière ses voisins dans de nombreux autres domaines. En matière d'énergies renouvelables ou de fiscalité verte, par exemple.

En matière de développement durable, comment situer la France vis-à-vis de ses voisins européens et des autres pays développés ? Impossible de répondre d'une manière simple à cette question en la plaçant sur un podium ou en queue de peloton. Tout ...

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député Jean-Paul Charié (UMP), elle propose la création d'une commission qui ferait des recommandations aux élus sur ce sujet. Sur ces bases, les élus élaboreraient un document d'urbanisme commercial qui devrait être compatible avec les documents d'urbanisme qui dessinent la géographie de la ville - le schéma de cohérence territorial et le plan local d'urbanisme (3). Ainsi, l'urbanisme commercial serait intégré à la vision d'ensemble du développement urbain.

"La question des transports sera très importante dans les futures autorisations d'extension ou d'implantation de grandes surfaces", prévoit Michel Pazoumian. Les autorités publiques sont de plus en plus attentives à la desserte en transports en commun des futurs projets commerciaux. Or, l'hypermarché est quasiment toujours situé en périphérie de ville, et donc très mal desservi par les transports publics. D'ailleurs, son développement est allé de pair avec celui des banlieues et le triomphe de la voiture, à l'instar du modèle américain des suburbs.

Telle taille, tel classement

Hypermarché: magasin d'une surface de vente au détail égale ou supérieure à 2 500 m2, implanté le plus souvent en périphérie de ville.

Supermarché: magasin de vente au détail à dominance alimentaire, d'une surface de vente comprise entre 400 m2 et 2 500 m2.

Maxi-discount: surface de vente au détail de moins de 1 000 m2 (moins d'un tiers font entre 120 m2 et 400 m2), proposant une offre de produits de consommation de base à bas prix, sans marque ou de marques de distributeurs.

Ce modèle est aujourd'hui remis en cause notamment pour des raisons écologiques, mais aussi démographiques: la mobilité des ménages faisant leurs courses se réduit. "L'hyper s'est construit sur le modèle de la famille avec enfants. Or la taille des ménages s'est réduite et leur moyenne d'âge s'est élevée", analyse Philippe Moati. Les jeunes comme les vieux se déplacent moins, ils achètent plus près et plus souvent. La ménagère de moins de 50 ans, symbole de la société fordiste dans laquelle tout le monde consommait la même chose pourvu que ce ne soit pas trop cher, est en voie de disparition. "Nous sommes passés à une société et à une économie post-fordistes", explique Philippe Moati, qui se caractérise par une hétérogénéité des consommations, et donc par une segmentation de la demande. On ne mange plus simplement pour se nourrir, mais aussi pour exprimer sa personnalité ou son appartenance à un groupe. D'où par exemple le succès des produits bio ou du terroir. Les hypers sont donc doublement attaqués. Par les maxi-discounters, qui offrent des produits standardisés à une clientèle à bas pouvoir d'achat ou soucieuses de faires des économies, et par les moyennes surfaces qui ont su s'adapter aux nouvelles exigences des consommateurs issus des classes moyennes aisées.

Plusieurs enseignes, notamment Carrefour et Casino, ont commencé à réduire la surface de certains de leurs plus grands hypers pour mieux rentabiliser l'espace. Elles commencent aussi à réfléchir à la manière de segmenter leur offre au sein d'un même espace, par exemple en créant des "magasins dans le magasin". "Mais les hypers resteront toujours l'endroit qui s'adresse à tous. On peut donc douter de leur résistance face à la segmentation et l'individualisation de l'offre, affirme Philippe Moati. Il ne va pas forcément mourir, mais il perdra forcément de la place."

Il faut cependant rappeler que ces enseignes font partie de grands groupes qui rassemblent des magasins de tailles diverses: par exemple, le groupe Carrefour compte entre autres des hypers du même nom, des supermarchés Shopi, des magasins de proximité 8 à huit et le maxi-discounter ED. Or aujourd'hui, c'est dans les secteurs de la proximité que ces groupes gagnent de l'argent. Ils tentent donc de développer cet axe en créant de nouveaux concepts. Par exemple, Casino s'est associé à Relay, filiale de distribution de journaux du groupe Lagardère, pour créer les magasins Chez Jean à Paris, ouverts sept jours sur sept, de 7 h à 23 h, et qui proposent de l'épicerie, du café, des viennoiseries, du pain, des journaux, des fleurs, etc. Mais ces nouveaux stores s'adressent à une clientèle urbaine et au fort pouvoir d'achat.


Vers le modèle japonais?

Au final, qui va remplacer le couple obsolète voiture-hyper? "Le hard-discount pourrait devenir le magasin référent en termes de consommation de première nécessité, sorte de magasin d'Etat des temps modernes", affirme Raphaël Palti, directeur de la société de conseil aux entreprises Altavia (4). Ensuite, à chaque type de demande complémentaire devrait correspondre un lieu d'achat: des circuits courts comme les paniers bio en ville ou les achats à la ferme en milieu rural, des commerçants de proximité, les stores ouverts tard le soir, etc. "On va aller vers un modèle à la japonaise", estime François Bellanger, animateur et fondateur du think-tank Transit City. Ce modèle est basé sur des achats de proximité ou réalisés dans des lieux de transition (comme les gares) ou encore via des commandes par portable ou sur Internet.

D'après la Fédération de l'e-commerce et de la vente à distance (Fevad), le commerce en ligne a connu une croissance de 29% en 2008. A la fin de cette année-là, près de 70% des internautes français avaient déjà effectué un achat Internet. Cette croissance profite cependant d'abord aux secteurs du voyage et de l'habillement; les supermarchés en ligne des grandes enseignes (Ooshop pour Carrefour, Houra pour Cora, etc.) restent marginaux. "Nous n'allons pas tous faire nos achats à deux heures du matin en ligne. Le commerce restera le premier élément de la vie d'une ville", estime Michel Pazoumian. Une réalité qui rejoint les prévisions de François Bellanger: "Le couple voiture-hypermarché va être remplacé par un duo piéton-Internet."
Claire Alet-Ringenbach

Alternatives Economiques - n°281 - Juin 2009
Notes



(1) Dans Libération du 12 mars 2009.



(2) "Le commerce en France", Insee Référence, éd. 2008.



(3) Le schéma de cohérence territorial (Scot) a pour but de présenter une stratégie globale d'aménagement à l'échelle d'un même bassin de vie. Il s'impose au plan local d'urbanisme (Plu), qui définit l'usage des sols et détermine les droits à construire.



(4) Lors d'une table ronde dans le cadre de "La cité du commerce et de la consommation", organisée par l'école de management ESCP-EAP, les 28 et 29 novembre 2008 à Paris.
Le modèle de l'hypermarché fait de moins en moins recette. Un nouvel urbanisme commercial émerge, plus hétérogène et plus durable.

Qui ne s'est jamais perdu dans les kilomètres de rayons d'un hypermarché? Qui n'a été plongé dans un abîme de perplexité devant l'offre pléthorique de yaourts au rayon frais? Qui n'a eu le vertige face à l'enfilade de caisses dans ces grandes surfaces qui s'étalent en moyenne sur 5 700 mètres carrés par magasin? "Il ...

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La presse dans tous ses états | Alternatives Economiques 01/11/08

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V

- n° 274 - p.6 à p.14

L'irruption d'Internet a contribué à aggraver les difficultés, déjà anciennes, de la presse quotidienne et, au-delà, de la presse écrite. Sans éclaircir les contours de ce que sera demain l'information.
Philippe Frémeaux


A la une des états généraux
L'enjeu des états généraux de la presse, ouverts le 3 octobre dernier, est de mettre à plat les sujets qui font débat au sein de la profession.

Tour d'horizon.
Vieille industrie cherche reconversion Internet
Quinze ans après la révolution numérique, la presse peine à s'adapter aux défis d'Internet. Et les producteurs d'information sur le Web risquent de délaisser ce qui faisait les points forts de l'imprimé.
L'irruption d'Internet a contribué à aggraver les difficultés, déjà anciennes, de la presse quotidienne et, au-delà, de la presse écrite. Sans éclaircir les contours de ce que sera demain l'information.
Philippe Frémeaux


A la une des états généraux
L'enjeu des états généraux de la presse, ouverts le 3 octobre dernier, est de mettre à plat les sujets qui font débat au sein de la profession.

Tour d'horizon.
Vieille industrie cherche r...

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Spécial Crise | Alternatives Economiques 01/11/08

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V

- n° 274 - p.45 à p.72

La crise, jusqu'où ?
Les experts mettent en garde contre la plus forte récession de l'après-guerre dans les pays développés. Faillites d'entreprises et défaillances des ménages (et plus seulement des très pauvres) fragilisent de nouveau les institutions financières.

Par Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives Economiques.

Pas facile de dire de quoi demain sera fait. La panique financière a bien été stoppée, mais si le spectre de 1929 s'est éloigné, la confiance n'est pas revenue. Produits dérivés, fonds spéculatifs, les cadavres restent probablement encore nombreux dans les placards du " système financier fantôme " construit grâce à la dérégulation financière.

Lors du G20 du 15 novembre dernier, les grandes puissances ont bien annoncé leur intention d'y mettre bon ordre à l'avenir, mais il faut encore traduire ces paroles en actes. Et, en attendant, finir de purger les montagnes de mauvaises dettes entassées en toute opacité dans les paradis fiscaux. Surtout, l'économie réelle flanche partout : l'immobilier plonge, la consommation est en berne, l'investissement recule et le chômage repart à la hausse.

La vague de défiance et le rationnement du crédit déclenchés par la panique financière ont brutalement accéléré un ralentissement économique déjà bien engagé. Parallèlement, les espoirs mis sur les pays émergents se sont envolés : nombre d'entre eux, en effet, pâtissent de la fuite des capitaux, repartis vers les pays riches, et de la baisse des exportations et du prix des matières premières causées par la récession au Nord.

Résultat : les conjoncturistes pronostiquent désormais pour 2009 la plus forte récession de l'après-guerre dans les pays développés. Faillites d'entreprises et défaillances des ménages (et plus seulement des très pauvres) fragilisent de nouveau les institutions financières. Avec à la clef le risque d'un nouveau resserrement du crédit et de nouveaux besoins de recapitalisation. Une dynamique qui pourrait déboucher sur une stagnation prolongée comme dans le Japon des années 90.

Pourrait-on limiter l'ampleur et la durée d'une telle crise ? Cela dépend surtout des politiques monétaires et budgétaires. Comme d'habitude, les pouvoirs publics américains réagissent massivement. Mais le surendettement des ménages américains est tel qu'il est peu probable que cela suffise à éviter une récession prolongée. Les autorités chinoises viennent elles aussi de lancer un plan ambitieux de soutien à la demande intérieure.

Toutefois, malgré sa croissance spectaculaire, l'économie chinoise ne pèse encore que 6 % de l'économie mondiale, tandis que celle des Etats-Unis en représente toujours 25 % et celle de la zone euro 22 %.

Parallèlement, le Fonds monétaire international, qui a tiré des leçons du passé, vient au secours sans barguigner des pays du Sud en difficulté. Pour l'instant, c'est surtout l'Europe qui est le maillon faible de la lutte contre la récession. Sur le plan monétaire, la Banque centrale européenne a tardé à prendre la mesure du ralentissement. Et malgré le plan de sauvetage bancaire, l'Europe n'a pas encore su s'entendre pour soutenir budgétairement l'économie réelle à la hauteur des enjeux.
Guillaume Duval

SOMMAIRE :

La machine à dettes

La crise est celle d'un système financier hypersophistiqué qui, à force de transférer les risques, les a massivement sous-évalués. Explications.

Comment les Etats ont sauvé le capitalisme

L'entrée en scène des politiques pour enrayer la déroute financière a suivi leur prise de conscience progressive de la gravité de la situation. Retour sur les moments forts d'une panique mondiale.

Les dix chantiers de la régulation financière

Des marchés de produits dérivés au contrôle interne aux banques, en passantpar les paradis fiscaux et les fonds spéculatifs, pas moins de dix chantiers sont ouverts pour tenter de réguler la finance.
Il faut changer le ...

Quelles banques pour demain ?

Les banques commerciales ont mieux traversé la crise que les banques d'affaires. Mais seule une régulation de l'ensemble de leurs activités permettra d'assurer leur pérennité.

Vers la fin de la suprématie américaine ?

Annoncer la fin du pou voir financier des Etats-Unis est aller vite en besogne. Pour l'heure, les marchés financiers américains et le dollar demeurent des incontournables de la finance mondiale.

Demain, la dépression ?

Le rationnement du crédit a déjà des conséquences sur la croissance. Pour éviter une récession prolongée, les gouvernements doivent agir simultanément sur le secteur financier et sur l'économie réelle.

"La crise d'un modèle de croissance inégalitaire"

L'économiste Michel Aglietta revient sur l'impact de la crise sur la croissance et sur les nouveaux modes de régulation qui doivent émerger.
leurs positions au sein de celles-ci. C'est ce que propose notamment Robert Castel (9), en soulignant le rôle fondamental des supports collectifs que représentent notamment les protections sociales dans la construction d'un "individu positif".

Reste un autre enjeu: repérer la pluralité des dispositions au sein d'un même individu. En effet, parler d'individu suggère l'illusion d'une identité unifiée. Or, nous sommes tous plongés quotidiennement dans une pluralité de bains sociaux qui impliquent autant de socialisations différentes. Celles-ci ne sont pas nécessairement cohérentes et peuvent même entrer en contradiction. La cohérence de l'habitus individuel n'est ainsi pas la règle mais l'exception, comme l'a montré et théorisé Bernard Lahire, à propos des pratiques culturelles. Or, cet "écart de soi à soi" permet de comprendre les nombreux décalages qui émaillent le quotidien de chacun. Le chantier reste donc immense, mais rappelle que l'individu représente bien un objet pertinent pour la sociologie. Le tout est de savoir comment l'aborder.

Igor Martinache


Alternatives Economiques - n°287 - Janvier 2010
(*) Socialisation : processus au cours duquel chaque individu va construire les traits de sa personnalité sous l'influence essentielle de son environnement. A noter qu'il se poursuit tout au long de la vie et qu'il est interactif: chacun est socialisé par les autres, mais les socialise aussi en retour.
Notes


(1) "There is no Such a Thing as Society", formule prononcée dans un entretien accordé au Women's Own Magazine, 31 octobre 1987.


(2) Voir Les héritiers, éd. de Minuit, 1964, et La reproduction, éd. de Minuit, 1970.


(3) Voir respectivement Outsiders, éd. Métaillié, 1985 (1re éd. 1963) et Les mondes de l'art, éd. Flammarion, 1988 (1re éd. 1982).


(4) Voir Le mythe de l'individu, par Miguel Benasayag, éd. La Découverte, 1998.


(5) L'individualisme et les intellectuels, éd. Mille et une nuits, 2002 (1898), citations respectivement pp. 16, 9 et 23.


(6) Economie et société, éd. Pocket, 1985 (1re éd. 1922), p. 25 et p. 28 pour la suivante.


(7) L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, éd. Gallimard, 2003 (1re éd. 1905).


(8) Voir La société des individus, éd. Fayard, 1991, pp. 37-56.


(9) Voir notamment "Le défi de devenir un individu. Esquisse d'une généalogie de l'individu hypermoderne" dans La montée des incertitudes, éd. Fayard, 2008, pp. 401-449.

En savoir +
Les sociologies de l'individu, par Daniello Martucelli et François de Singly, éd. Armand Colin, 2009.
Identités de l'individu contemporain, par Claude Calame (dir.), éd. Textuel, 2008.
Le sens pratique, par Pierre Bourdieu, éd. de Minuit, 1980.
Le mérite contre la justice, par Marie Duru-Bellat, éd. Presses de Sciences Po, 2009.
L'homme pluriel, par Bernard Lahire, éd. Nathan, 1998.