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Documents  Courrier International | enregistrements trouvés : 62

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Tourisme : le grand ras-le-bol | Courrier International 06/12/2018

Article (BUSINESS)

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Six cent soixante-dix millions de touristes ont voyagé à travers l'Europe en 2017. Un chiffre en augmentation constante, alors que les nouvelles classes moyennes de Russie, des pays arabes et surtout de Chine aspirent aux mêmes loisirs que les Occidentaux. Les habitants de villes comme Barcelone ou Venise se révoltent. L'inquiétude gagne même les professionnels du secteur, préoccupés par les dégâts du "surtourisme".

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Chine, l'Etat big brother | Courrier International

Article (INTERNATIONAL)

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En l'absence de normes et de réglementations sur la protection des données personnelles, la Chine collecte une masse d'informations sur ses citoyens. Au premier rang mondial de l'analyse et de l'échange de ces grandes quantités de données-ce secteur qu'on appelle "big data"-, elle compte bien tirer profit de la valeur marchande tout en renforçant encore la surveillance de sa population.

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Internet : reprendre le contrôle | Courrier International 12/04/2018

Article (BUSINESS)

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Siphonnage de données de 87 millions d'utilisateurs, chute du cours de l'action, audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès... Rien ne va plus pour Facebook. Pourtant, le réseau social fort de plus de 2 milliards de membres n'est pas le seul dans la tourmente. Les géants du numérique sont montrés du doigt pour violation de la vie privée et pour évasion fiscale. En Europe comme aux Etats-Unis, citoyens et responsables politiques organisent la riposte. Siphonnage de données de 87 millions d'utilisateurs, chute du cours de l'action, audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès... Rien ne va plus pour Facebook. Pourtant, le réseau social fort de plus de 2 milliards de membres n'est pas le seul dans la tourmente. Les géants du numérique sont montrés du doigt pour violation de la vie privée et pour évasion fiscale. En Europe comme aux Etats-Unis, citoyens et responsables politiques organisent la ...

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Qui a peur de l'intelligence artificielle ? | Courrier International 17/12/2017

Article (TECHNOLOGIES)

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Bien entraînée à l'aide de grandes quantités de données, une intelligence artificielle peut identifier un tableau de maître ou en créer un nouveau, est capable de composer un solo pour piano (P.36), de traduire un texte sans l'aide d'un humain (p.40) et de faire bien d'aures choses encore. Et si elle pouvait s'emparer de nos pensées (p.37) ? Cette technologie est incontestablement une machine à fantasme. À tel point que certains lui vouent un véritable culte (p.41). Mais, souvent, ce que nous croyons concernant l'IA est le fruit d'extrapolations erronées, d'une méconnaissance, mais aussi d'un manque d'imagination, décrypte la MIT Technology Review (p.36). Bien entraînée à l'aide de grandes quantités de données, une intelligence artificielle peut identifier un tableau de maître ou en créer un nouveau, est capable de composer un solo pour piano (P.36), de traduire un texte sans l'aide d'un humain (p.40) et de faire bien d'aures choses encore. Et si elle pouvait s'emparer de nos pensées (p.37) ? Cette technologie est incontestablement une machine à fantasme. À tel point que certains lui vouent un ...

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Jeff Bezos le sorcier d'Amazon | Courrier International 20/07/2017

Article | Actualités (BUSINESS)

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C'est un peu celui qu'on adore détester. Tout, ou presque, réussit au patron et fondateur d'Amazon. En quelques années, il a révolutionné nos modes de consommation en misant sur le "en ligne" et a acquis une suprématie inquiétante. Aujourd'hui, sa fortune faite, le quinquagénaire s'apprête, avec le rachat de Whole Foods, à revisiter les modèles traditionnels des supermarchés.

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Emploi : objectif Langues | Courrier International 24/05/2017

Article | Actualités

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- n° 1386

Les scientifiques, les recruteurs et les pédagogues sont tous d'accord : pour travailler, voyager, nouer des contacts, mieux vaut aujourd'hui parler plusieurs langues. Si de plus en plus d'entreprises recherchent des employés bilingues, c'est que travailler en anglais profite à tout le monde. Mais apprendre une langue étrangère n'est pas toujours facile, même si les trucs et astuces ne manquent pas.

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La fabrique de la désinformation | Courrier International 01/02/2017

Article | Actualités

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Les fake news (fausses informations) ont-elles favorisé le vote en faveur du Brexit et l’élection de Donald Trump ? Lors de la présidentielle américaine, de nombreux sites Internet ont propagé des informations diffamatoires envers la candidate démocrate. Un véritable business du mensonge, qui peut rapporter gros.
Mais il serait trop facile d’attribuer la défaite d’Hillary Clinton à ce seul phénomène, estime l’éditorialiste de Spiked.
Qui s’interroge: les infos non vérifiées sur Donald Trump, souvent relayées par des médias très sérieux, ne relèvent-elles pas du même mécanisme?
Comment faire la part du vrai et du faux quand la présidence américaine elle-même défend l’existence de “faits alternatifs” ?
Les fake news (fausses informations) ont-elles favorisé le vote en faveur du Brexit et l’élection de Donald Trump ? Lors de la présidentielle américaine, de nombreux sites Internet ont propagé des informations diffamatoires envers la candidate démocrate. Un véritable business du mensonge, qui peut rapporter gros.
Mais il serait trop facile d’attribuer la défaite d’Hillary Clinton à ce seul phénomène, estime l’éditorialiste de Spiked.
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Des mensonges du Brexit à la campagne outrancière d'un Donald Trump, les médias "traditionnels" ont perdu leur rôle de garde-fou dans l'espace public en laissant trop souvent rumeurs et approximations se propager sur Facebook, Twitter, Instagram ou Snapchat, déplore The Gardian. Au point qu'aujourd'hui, la viralité d'une information importe plus que la vérité. Que faire face à cette dérive ?

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Aujourd'hui, moins de la moitié de la population mondiale a accès au web. Si les restrictions sont d'abord d'ordre économique, comme en Inde ou dans plusieurs pays africains, elles sont aussi politiques dans les Etats enclins à la censure comme la Chine, Cuba ou l'Ethiopie. Pour la Silicon Valley, qu'importent les moyens, les derniers territoires non connectés sont autant de marchés prometteurs. Jusqu'aux confins du monde, Facebook et Google ont entamé une bataille sans merci, parfois vécue comme une nouvelle forme de colonisation. Aujourd'hui, moins de la moitié de la population mondiale a accès au web. Si les restrictions sont d'abord d'ordre économique, comme en Inde ou dans plusieurs pays africains, elles sont aussi politiques dans les Etats enclins à la censure comme la Chine, Cuba ou l'Ethiopie. Pour la Silicon Valley, qu'importent les moyens, les derniers territoires non connectés sont autant de marchés prometteurs. Jusqu'aux confins du monde, Facebook et Google ont ...

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Les systèmes de notation utilisés par des entreprises comme Uber transforment les clients en managers de fait. Souvent implacables, ces utilisateurs peuvent en outre fonder leur évaluation sur des préjugés racistes et sexistes.

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Les cours en ligne ouverts à tous vont entraîner la disparition de l'université traditionnelle : chacun composera son propre parcours éducatif, affirment certains spécialistes. C'est méconnaître le marché de l'enseignement, rétorquent leurs détracteurs.

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L'essayiste américain Jeremy Rifkin en est convaincu : la troisième révolution industrielle en cours signe la fin du capitalisme. A moins qu'il ne s'agisse d'une nouvelle mutation, vers un modèle plus autoritaire, comme le soutient le philosophe slovène Slavoj Zizek. Analyse par la presse étrangère de la métamorphose d'un système aussi critiqué que partagé.

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Un peu partout dans le monde, des entreprises amorcent leur transition vers l'économie circulaire. Le concept est à la fois simple et ambitieux : il s'agit d'abandonner le système linéaire "extraire, produire, consommer, jeter" pour créer un cercle vertueux dans lequel l'idée même de déchets disparaît. Dans cette logique, matières et objets sont réutilisables à l'infini. Source d'innovations, de collaborations mais aussi d'économies, ce modèle transforme radicalement les schémas de production et de consommation.
- Vers un monde sans déchets
- Contre-productif, le recyclage ?
- Schéma simplifié de l'économie circulaire
- Une ferme bio au coeur de Berlin
- L'industrie papetière s'y met aussi
- Construction : Des architectes pionniers
Un peu partout dans le monde, des entreprises amorcent leur transition vers l'économie circulaire. Le concept est à la fois simple et ambitieux : il s'agit d'abandonner le système linéaire "extraire, produire, consommer, jeter" pour créer un cercle vertueux dans lequel l'idée même de déchets disparaît. Dans cette logique, matières et objets sont réutilisables à l'infini. Source d'innovations, de collaborations mais aussi d'économies, ce modèle ...

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SOMMAIRE :

PRESSE
La course au modèle gagnant

PRESSE
Sauvons les “réfugiés de l’information” !

LECTORAT
Les chantiers de la presse nippone

RÉSEAUX SOCIAUX
Quand les lecteurs démêlent l’actualité

PRESSE
Quatre modèles concurrents au banc d’essai

CONTRE-COURANT
Presse : Pour l’amour du papier

PRESSE
Sur les blogs
SOMMAIRE :

PRESSE
La course au modèle gagnant

PRESSE
Sauvons les “réfugiés de l’information” !

LECTORAT
Les chantiers de la presse nippone

RÉSEAUX SOCIAUX
Quand les lecteurs démêlent l’actualité

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Quatre modèles concurrents au banc d’essai

CONTRE-COURANT
Presse : Pour l’amour du papier

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Sur les blogs

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- n° 1025 - 32-37

En avril, l'université du Middlesex, au Royaume-Uni, annonçait la fermeture de son département de philosophie. Heureusement, la mobilisation internationale a permis d'éviter le pire : il sera transféré dans un autre établissement. En cette période de crise, les enseignements relevant des humanités reculent un peu partout dans le monde, au nom de la rentabilité. Attention ! la démocratie a tout à y perdre, alerte la philosophe américaine Martha Nussbaum dans son nouveau livre. En avril, l'université du Middlesex, au Royaume-Uni, annonçait la fermeture de son département de philosophie. Heureusement, la mobilisation internationale a permis d'éviter le pire : il sera transféré dans un autre établissement. En cette période de crise, les enseignements relevant des humanités reculent un peu partout dans le monde, au nom de la rentabilité. Attention ! la démocratie a tout à y perdre, alerte la philosophe américaine Martha ...

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- n° 1022 - p.34 à p.39

Apéros géants en France, utlisation des données personnelles, concours de caricatures du prophète Mahomet ou encore mobilisation électorale en Egypte, le réseau social le plus populaire de la planète fait parler de lui. Les uns lui reprochent de profiter des informations publiées par ses membres pour s'enrichir à leurs dépens. Les autres le considèrent comme le meilleur moyen de mobiliser l'opinion quand les méthodes traditionnelles ont échoué. Personne ne reste insensible à ce site sur lequel les utilisateurs trouvent en définitive leur compte. Apéros géants en France, utlisation des données personnelles, concours de caricatures du prophète Mahomet ou encore mobilisation électorale en Egypte, le réseau social le plus populaire de la planète fait parler de lui. Les uns lui reprochent de profiter des informations publiées par ses membres pour s'enrichir à leurs dépens. Les autres le considèrent comme le meilleur moyen de mobiliser l'opinion quand les méthodes traditionnelles ont échoué. ...

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Un monde chinois | Courrier International 08/04/2010

Article

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- n° 1014 - p.21 à p.47

En une décennie, l'omniprésence chinoise dans le monde est devenue une réalité. Les Chinois investissent, commercent et cherchent à diffuser leur culture. Pour y parvenir, ils déploient leur influence à tous les niveaux des échanges internationaux. Cette présence ne laisse personne indifférent. Certains la saluent, las des leçons occidentales, d'autres s'en méfient, craignant de voir leur pays passer sous l'influence de Pékin.

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- n° 2988 - p.35 à p.38

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- n° 993 - p.48 à p.53

La société StraighterLine propose de suivre un nombre illimité de cours en ligne pour 99 dollars par mois. Une menace sérieuse pour l'enseignement supérieur classique.

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- n° 993 - p.36 à p.41

A l'instar du Quotidien d'Oran, la presse internationale a bien vu que le débat français sur l'identité nationale était un piège. Pourtant, la question identitaire taraude beaucoup de pays. Et la France, souligne la Süddeutsche Zeitung, montre peut-être encore la voie à l'Europe. En Italie, le débat a récemment rebondi autour de l'affaire des crucifix dans les écoles. Au Canada, c'est la monarchie britannique qui sert de liant. Quant au multiculturalisme, s'il est attaqué en Grande-Bretagne, il reste, pour The Hindu, indispensable au sentiment d'appartenance à "la mère" Inde. A l'instar du Quotidien d'Oran, la presse internationale a bien vu que le débat français sur l'identité nationale était un piège. Pourtant, la question identitaire taraude beaucoup de pays. Et la France, souligne la Süddeutsche Zeitung, montre peut-être encore la voie à l'Europe. En Italie, le débat a récemment rebondi autour de l'affaire des crucifix dans les écoles. Au Canada, c'est la monarchie britannique qui sert de liant. Quant au ...

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- n° 889 - p.42 à p.47

Depuis l'intervention des "French doctors" au Biafra, il y a quarante ans, les ONG n'ont cessé de gagner en influence en Afriqu. Elles interviennent - souvent sous contrôle - là où les Etats ne peuvent agir. Avec "l'affaire de l'Arche de Zoé", le regard des Africains a changé...

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- n° 902 - p.32 à p.37

Le régime, qui voudrait ériger son système en modèle pour le reste du monde, montre des failles.

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- n° 896 - p.26 à p.33

Vive la décroissance !
La simplicité volontaire, mode d'emploi
Le repos sabbatique, c'est écolo
Une année sans achats
L'anticonsommation a son prophète
Seule une bonne récession nous sauverait

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- n° 892 - p.48 à p.52

Sur le marché de l'enseignement supérieur, les Asiatiques menacent l'Occident. Tous les grands établissements tentent d'attirer les meilleurs étudiants en ouvrant des campus délocalisés.

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- n° Supplément au n°888 - 21 p.

Bouleversements climatiques, baril de pétrole à 100 dollars, vieillissement de la population ou encore avènement de la société en réseau… Autant de faits qui nous obligent à modifier nos habitudes de vie. Cela se traduit notamment par l’apparition de la maison consciente, laquelle concentre à la fois notre désir d’être en harmonie avec l’environnement et notre envie de bénéficier des dernières avancées technologiques.
Au Japon, où l’on a pris la mesure des défis auxquels notre planète est confrontée, les constructeurs de maisons ont déjà mis en place des programmes qui tiennent compte à la fois de la nécessité de réduire la facture énergétique et d’assurer le confort des habitants. Revenant à des techniques traditionnelles et révisant certains principes architecturaux, ils réalisent des constructions qui séduisent de plus en plus de personnes. Dans ce pays soumis à un vieillissement très rapide de la population, les autorités et les industriels ont également choisi de mettre l’accent sur la robotique domestique, développant des machines capables de venir en aide aux personnes âgées ou handicapées. De plus en plus sophistiqués et de plus en plus “humains”, ces robots doivent encore faire leurs preuves, mais leur présence dans les foyers est programmée - tout comme l’accès permanent au réseau très haut débit. La fusion entre l’ordinateur et le téléviseur dont on parle depuis si longtemps, la possibilité de contrôler à distance sa maison avec son téléphone portable ou encore de porter des vêtements intelligents sont à l’ordre du jour. Les ingénieurs multiplient les expériences et proposent déjà quelques produits grâce auxquels notre vie quotidienne doit s’améliorer.
De la cuisine aux toilettes en passant par la chambre et le salon, le réseau est omniprésent et contribue à nous faire gagner du temps. Ce temps libéré nous permettra de cultiver notre jardin. D’aménager, qui sait, un potager sur le toit de la maison.
Et la sacro-sainte voiture ? Elle sera bien entendu toujours plus écologique. Le salon de l’automobile qui se tient actuellement à Tokyo illustre cette tendance, avec la présentation de modèles moins gourmands en carburant et plus recyclables. Mais, si tout cela ne vous convainc pas, il ne vous reste plus qu’à vous transporter dans l’univers virtuel de Second Life, où, comme des milliers d’internautes, vous pourrez construire une maison à votre image et en phase avec votre conscience.

Bouleversements climatiques, baril de pétrole à 100 dollars, vieillissement de la population ou encore avènement de la société en réseau… Autant de faits qui nous obligent à modifier nos habitudes de vie. Cela se traduit notamment par l’apparition de la maison consciente, laquelle concentre à la fois notre désir d’être en harmonie avec l’environnement et notre envie de bénéficier des dernières avancées technologiques.
Au Japon, où l’on a pris ...

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- n° 884 - p.44 à p.49

SOMMAIRE

La pensée Hu Jintao passe par la science

En attendant le Congrès de 2017

Appel à la démocratisation

Après les ingénieurs, viendront les avocats

Le Parti scrute la corruption

LE MOT CHINOIS • KEXUE : LA SCIENCE

Défendre les riches, agir pour les pauvres

Pour apaiser les âmes des droitiers

Après les ingénieurs, viendront les avocats

Le Parti scrute la corruption

En attendant le Congrès de 2017
SOMMAIRE

La pensée Hu Jintao passe par la science

En attendant le Congrès de 2017

Appel à la démocratisation

Après les ingénieurs, viendront les avocats

Le Parti scrute la corruption

LE MOT CHINOIS • KEXUE : LA SCIENCE

Défendre les riches, agir pour les pauvres

Pour apaiser les âmes des droitiers

Après les ingénieurs, viendront les avocats

Le Parti scrute la corruption

En attendant le Congrès de 2017

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- n° 880 - p.45 à p.46

Le prix du lait atteint des niveaux records dans le monde entier. Car la production n’a pas suivi l’augmentation fulgurante de la demande, notamment dans les pays émergents comme la Chine.

DE HAMILTON (NOUVELLE-ZÉLANDE)
Après avoir mis de l’argent de côté pendant des années, Geoff Irwin a finalement pu racheter l’exploitation familiale en 2003. Depuis, ses parents ont pris leur retraite et Irwin, 45 ans, gère l’élevage de 300 vaches laitières. Il travaille dur, avec des journées de douze heures, mais ses efforts semblent avoir payé. Au bout de quatre années seulement, sa propriété vaut plus du double de son prix d’achat.
La valeur des exploitations laitières en Nouvelle-Zélande s’envole, tout comme les revenus des éleveurs, grâce à un boom du lait dans le monde. “Ça fait vraiment du bien, se félicite Irwin. J’ai l’impression que nous allons enfin gagner l’argent que nous méritons.”
Dopés par la conjugaison de plusieurs facteurs (changement climatique, politiques commerciales et concurrence des producteurs de biocarburant pour le fourrage), les prix mondiaux du lait ont doublé en l’espace de deux ans. Dans certaines régions des Etats-Unis, le lait coûte plus cher que l’essence, et l’on signale des vols de vaches dans des fermes du Wisconsin.
Mais le principal motif de cette hausse est le même que pour les matières premières traditionnelles comme le minerai de fer et le cuivre : une économie mondiale florissante. De la Chine à l’Amérique latine en passant par l’Inde et le Moyen-Orient, des millions de personnes sortent de la pauvreté et viennent gonfler les rangs des classes moyennes. Et, tout comme les voitures rutilantes ou les téléviseurs à écran plat, le lait est un signe extérieur de nouvelle richesse, une source importante de protéines, obligatoire dans le régime alimentaire de toute personne aisée qui se respecte.
Rien que pour satisfaire cette demande, selon Alex Duncan, un économiste de Fonterra, la principale coopérative laitière en Nouvelle-Zélande et le premier exportateur mondial de produits laitiers, il faudra chaque année accroître l’offre d’une quantité équivalant à la production annuelle de son pays. C’est énorme. D’après le Centre de recherches de l’International Farm Comparison Network (IFCN) dont le siège est en Allemagne [l’IFCN est un réseau international regroupant des instituts de recherche sur le lait et des compagnies laitières], la Nouvelle-Zélande est l’un des plus gros producteurs mondiaux de lait et le premier exportateur de produits laitiers. Certains économistes doutent que les vaches du monde entier se montrent à la hauteur de la tâche, et ils craignent que la pénurie de lait constatée dans certaines régions ne fasse tache d’huile. D’autres estiment en revanche qu’il est possible d’en produire dans de nombreuses nouvelles régions si le prix est suffisamment attrayant. Et tous s’accordent pour prévoir que ce prix devrait rester élevé, voire grimper encore.
Ce qui ne fait pas l’affaire des acheteurs. Pizzerias et glaciers augmentent leurs prix. Chez Starbucks aussi, les boissons coûtent plus cher. Et le relèvement de ses tarifs n’a pas empêché le fabricant américain de confiseries Hershey d’enregistrer une chute de 96 % de ses bénéfices au deuxième trimestre 2007. Le lait pèse également sur les résultats de Cadbury Schweppes et du pôle fromages de Kraft Foods [Danone a pour sa part annoncé à la fin juillet une hausse de 2,5 % du prix de ses produits laitiers en France].
Ce qui distingue le lait d’autres matières premières dont la demande explose, c’est qu’à la différence du pétrole, par exemple, on ne peut pas le mettre en baril et le stocker : il tourne. Même sous forme de poudre, la version la plus négociable, il a une date de péremption. Résultat, à peine 7 % de la production mondiale traversent les frontières. Le reste est consommé sur les marchés intérieurs, qui sont tout autant protégés par la géographie que par les droits de douane ou les subventions.
Les gros acheteurs comme les fabricants de chocolat et les hypermarchés s’approvisionnent via des contrats à long terme, ce qui leur permet de lisser les fluctuations de prix. Aussi la pénurie mondiale se fait-elle sentir différemment selon les pays, et tous les consommateurs ne sont pas logés à la même enseigne. Mais, en raison du caractère local du marché, il y a très peu de réserves. Par le passé, le monde pouvait toujours compter sur les Etats-Unis et l’Europe pour combler les déficits en exportant une partie de leurs stocks subventionnés de fromages, de beurre et de lait en poudre. Mais les Américains ont réduit leurs montagnes de beurre et autres produits laitiers. Il en est de même pour l’Union européenne, où la baisse des subventions, entamée en 1993, aboutira à leur disparition à la fin de l’année. “Les entrepôts sont désormais vides”, résume Torsten Hemme, le responsable du centre de recherches de l’IFCN.
L’Australie, grand pays exportateur, est touchée depuis quelques années pas la sécheresse, qui a porté un coup dur à sa production en privant d’herbe les vaches laitières. Selon de nombreux Australiens, cette mauvaise météo, loin d’être un problème temporaire, est en réalité liée au réchauffement de la planète, et la filière laitière ne sera plus jamais ce qu’elle a été.
Parallèlement, la demande croissante de biocarburants tire vers le haut les prix du maïs et d’autres céréales, que les agriculteurs américains, européens, canadiens et japonais utilisent pour nourrir leurs vaches. L’alourdissement du coût de l’alimentation animale contribue ainsi à faire grimper un peu plus le prix du lait. La production augmente dans les pays émergents comme la Chine, mais la demande y croît encore plus vite. Le Chinois moyen consomme maintenant plus de 25 litres de lait par an, contre 9 litres en 2000, selon l’IFCN. En conséquence, si ce pays est devenu l’un des premiers producteurs, il est aussi l’un des premiers importateurs.

La consommation des Chinois a presque triplé en sept ans

La flambée des prix n’a pas que des bons côtés pour les producteurs, y compris en Nouvelle-Zélande. Dans ce pays, leurs revenus devraient encore grimper de 24 % cette année, ce qui fera entrer 76 000 dollars supplémentaires [55 500 euros] dans la poche de l’éleveur moyen. Mais la hausse des exportations, du prix des terres et des revenus agricoles ont relancé l’inflation, ce qui a poussé la Banque centrale à porter son taux directeur à 8,25 % en août. En conséquence, la monnaie nationale n’a jamais été aussi forte face au dollar américain depuis vingt-deux ans. Et, à mesure que le dollar néo-zélandais s’apprécie, les recettes d’exportation converties en monnaie locale baissent. Le boom des exportations a également créé une pénurie de main-d’œuvre qui alourdit les charges salariales des éleveurs. Et le pays peine à accroître sa production pour profiter de l’augmentation de la demande. Les éleveurs d’ovins, par exemple, tentent de se convertir à la production laitière, mais le délai d’attente pour se faire livrer des installations de traite est de deux ans. Quant à la hausse du prix des terres, elle renchérit l’achat de nouveaux pâturages.
Seuls des pays comme la Chine et l’Argentine, estiment les spécialistes, pourront à l’avenir satisfaire la demande croissante, les prix élevés les encourageant à investir pour améliorer les rendements. Certains considèrent les Etats-Unis comme une autre source majeure d’approvisionnement supplémentaire. Comme les cours internationaux du lait sont désormais supérieurs aux prix subventionnés dans ce pays, les producteurs ont davantage intérêt à en exporter.
Selon Torsten Hemme, les Etats du Middle West et l’Europe pourraient accroître leur production, mais cela prendrait un an ou deux et nécessiterait l’utilisation de quantités plus importantes de maïs et d’autres céréales toujours plus chers.
C’est pourquoi, même si l’offre suit la demande, les prix resteront de toute façon élevés. “Même en cas de repli des prix, il ne faut pas espérer les voir revenir aux niveaux antérieurs”, prévient Hayley Moynihan, un analyste spécialisé dans la filière à la Rabobank, en Nouvelle-Zélande.

Wayne Arnold
International Herald Tribune





Risques sociaux
La hausse du prix des importations de blé, de maïs ou de lait est porteuse de “tensions sociales qui pourraient conduire à des troubles, voire à des problèmes politiques”, prévient Jacques Diouf, directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dans le Financial Times. L’alimentation ne représente que 10 à 20 % du budget des consommateurs dans les pays industrialisés, mais ce chiffre monte à 65 % dans les pays en développement, souligne M. Diouf, qui déplore le rôle inflationniste de la consommation de plantes fourragères par l’industrie des biocarburants.






Grogne
Plusieurs gouvernements ont pris des mesures pour limiter leurs exportations de produits laitiers, dans l’espoir d’entraver la hausse des prix sur leur marché national. L’Argentine a ainsi imposé des taxes à l’exportation, tandis que l’Inde interdisait carrément les exportations de lait en poudre. Des enquêtes sur d’éventuelles ententes illégales sur les prix ont par ailleurs été lancées par les autorités en Afrique du Sud pour le lait et aux Etats-Unis pour le fromage. En Allemagne, l’augmentation de 50 % du prix du beurre début août a provoqué une vive polémique. En France, ce produit s’est renchéri de 40 % depuis le début de l’année.


Le prix du lait atteint des niveaux records dans le monde entier. Car la production n’a pas suivi l’augmentation fulgurante de la demande, notamment dans les pays émergents comme la Chine.

DE HAMILTON (NOUVELLE-ZÉLANDE)
Après avoir mis de l’argent de côté pendant des années, Geoff Irwin a finalement pu racheter l’exploitation familiale en 2003. Depuis, ses parents ont pris leur retraite et Irwin, 45 ans, gère l’élevage de 300 vaches ...

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- n° 881 - p.36 à p.43

Aux Etats-Unis, certains scientifiques, industriels et hommes politiques de droite continuent de nier l’existence du changement climatique. Enquête.

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- n° 874 - p.27 à p.30

L’OTAN fêtera ses soixante ans en 2009. En attendant, cette organisation militaire doit adapter son concept stratégique aux nouveaux rapports de force mondiaux. D’autant que la Russie et la Chine, au sein du Groupe de Shanghai, cherchent une alternative à la toute-puissance occidentale.

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- n° 877 - p.25 à p.28

Mise en place en 2003, la Cour pénale internationale de La Haye planche déjà sur quatre affaires. Cette juridiction doit mettre fin à l’impunité des dirigeants politiques impliqués dans des crimes graves. Un exercice délicat dans lequel la politique a toujours son mot à dire. Cas d’école : le Darfour.

Un épais brouillard enveloppe les arbres et les réverbères de La Haye, une paisible cité de la mer du Nord, parcourue de canaux et qui regorge de galeries d’art. Mais ce n’est pas à cause de ses boulevards, de sa brume ou de ses plages que des hommes et des femmes vivant dans des lieux aussi éloignés les uns des autres que l’Ouganda, la Bosnie ou le Soudan songent à La Haye. C’est parce que cette ville évoque pour eux la possibilité d’obtenir justice.
La Haye est en quelque sorte devenue la capitale de la justice internationale. La Cour internationale de justice, l’organe judiciaire des Nations unies qui statue sur les différends entre Etats, y travaille depuis 1946. La ville accueille également le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), créé en 1993 pour juger les crimes commis au cours de la guerre en Yougoslavie. Ce tribunal ad hoc a notamment poursuivi l’ancien président serbe Slobodan Milosevic ; c’était la première fois qu’un ancien chef d’Etat était jugé pour crime de génocide. Mais celui-ci est mort soudainement en mars 2006 avant la fin du procès. La Cour pénale internationale (CPI) a enfin ouvert ses portes en 2003 dans la petite cité balnéaire. Cette nouvelle juridiction a compétence sur les personnes accusées des crimes les plus graves : les crimes de génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre.
Luis Moreno-Ocampo est le procureur en chef de la CPI. Argentin d’une cinquantaine d’années, ce juriste expérimenté porte une courte barbe grisonnante et des sourcils à la Groucho Marx, constamment en mouvement. Moreno-Ocampo sait que sa position est délicate. “Je suis un procureur sans Etat - j’ai 100 Etats sous ma juridiction et je ne dispose d’aucun policier”, m’explique-t-il à La Haye. La Cour serait-elle un organe symbolique ? “Non, non ! Faux !” s’exclame-t-il lorsque je lui pose cette question. Il raconte comment il a expliqué le rôle de cette juridiction à son fils de 13 ans. “Mon fils étudie la conquête espagnole en Amérique latine. Hier il m’a dit : ‘Ils ont tué 90 % des Indiens. Alors, aujourd’hui, on les mettrait en prison ?’ Je lui ai dit : ‘Oui. Exactement. Ce qui est arrivé à la population indigène des Etats-Unis et de l’Amérique latine ne pourrait plus se produire aujourd’hui avec la CPI. Nous évoluons. L’humanité ne reste pas immobile. Il y a un nouveau concept. L’histoire des êtres humains, c’est la guerre et la violence ; aujourd’hui nous disons que la CPI est là pour empêcher les crimes contre l’humanité.’”
Créée par le Statut de Rome en 1998, la CPI répond à deux objectifs : empêcher les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre, et poursuivre leurs auteurs. C’est le volet prévention qui stimule Moreno-Ocampo, qui attise son imagination et son intellect. Et qui alimente ses journées de dix-huit heures de travail. Ce n’est pas qu’il pense que la Cour puisse protéger les gens qui se font tuer, mutiler et violer au Darfour en ce moment ; ses enquêtes sur les crimes de guerre qui sont commis là-bas prendront des années. Mais il est convaincu que la perspective de poursuites dissuadera les criminels de guerre potentiels de passer à l’acte. Les génocides sont “planifiés”, me confie-t-il. “Ce ne sont pas des crimes passionnels. Ces gens raisonnent en termes de pertes et profits.” La CPI a pour but de rendre de telles actions de plus en plus risquées. Pour illustrer ses propos, Moreno-Ocampo évoque Carlos Castaño, un des principaux chefs paramilitaires colombiens. Il a déposé les armes après que la Colombie a ratifié le Statut de Rome, parce que, selon son frère, il avait compris qu’il risquait des poursuites devant la CPI.

La fin de l’impunité pour les grands de ce monde

C’est l’effondrement du régime soviétique et la fin de la guerre froide, en 1989, qui a offert l’occasion de cette percée historique. Certains ont cru alors à la possibilité d’imaginer un monde nouveau où les relations entre les nations reposeraient sur les droits de l’homme et le respect des normes de droit internationales. C’était une vision quelque peu utopiste. Les années 1990 - et leur cortège de massacres au Rwanda, en Bosnie, en Tchétchénie, au Liberia, au Congo et en Sierra Leone - ont rapidement ramené le monde à la réalité des bains de sang et des génocides. Malgré les tueries, un mouvement international s’est créé pour mettre en cause la responsabilité pénale des membres des gouvernements. La lutte contre l’impunité des dirigeants avait connu un premier triomphe avec les poursuites intentées au milieu des années 1980 contre les généraux argentins responsables de la “sale guerre” et de la “disparition” de 30 000 de leurs compatriotes. Luis Moreno-Ocampo a d’ailleurs fait ses premières armes comme assistant du procureur lors des procès en Argentine.

Les poursuites engagées contre le général Augusto Pinochet en 1998 pour les crimes commis au cours de la dictature au Chili ont également montré que l’époque où les hommes d’Etat pouvaient commettre des crimes contre leur peuple sans conséquences arrivait à son terme. De ce mouvement de lutte contre l’impunité sont nés les tribunaux internationaux. D’abord le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, puis le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui siège à Arusha, en Tanzanie, enfin, plus récemment, ceux pour la Sierra Leone et le Cambodge.
Le rêve d’une cour pénale internationale permanente remonte à 1872. Le Suisse Gustave Moynier, qui participa à la fondation de la Croix-Rouge, avait compris que la convention de Genève de 1864 pour l’amélioration du sort des militaires blessés n’était qu’un morceau de papier s’il n’y avait pas de tribunal pour juger ceux qui violaient la règle. Il aura fallu attendre cent trente ans pour que 120 pays s’accordent et décident, au terme de négociations ardues, de créer une juridiction pénale permanente en adoptant le Statut de Rome. C’est une petite révolution dans l’histoire des nations. Les dirigeants du monde ont ainsi osé s’exposer au droit international. Fini l’immunité jusqu’alors réservée aux plus hauts responsables politiques. Ils ne sont plus au-dessus des lois. En créant la CPI, ils acceptent de devoir rendre des comptes pour les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité ou les génocides qu’ils commettent en exerçant le pouvoir.
A Rome, sept des Etats parties aux négociations ont voté contre le texte. Ces réfractaires comprennent l’Irak, Israël, la Libye, la Chine, l’Inde et les Etats-Unis. La position de Washington a été équivoque. Ainsi, le 31 décembre 2000, quelques heures seulement avant le terme de son mandat, le président Bill Clinton signa le traité, une étape nécessaire avant la ratification par le Sénat. Mais, quelques semaines plus tard, les conseillers du président Bush, son successeur, firent savoir que la nouvelle administration ne tiendrait pas compte de cette signature et qu’elle considérait la plupart des traités internationaux comme des outils destinés aux faibles. En mai 2002, le sous-secrétaire d’Etat John J. Bolton envoya à Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies (ONU), une lettre annonçant que les Etats-Unis ne se considéraient plus comme liés par le Statut de Rome. Bolton, qui devint par la suite ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, avait avancé lors d’un débat public : “Les Etats-Unis doivent poursuivre une politique des ‘trois non’ : non à un soutien financier, direct ou indirect, à la Cour ; non à une collaboration pour rendre la Cour opérationnelle ; et non à des négociations avec les autres gouvernements pour ‘améliorer’ la CPI. Cette politique maximisera les chances de ne pas voir la Cour se créer.” La Cour étant déjà établie, le président Bush fit voter la “loi sur la protection des militaires américains”, qui exige des forces américaines de libérer tout Américain détenu par la CPI. Elle est connue sous le nom de “loi contre l’invasion de La Haye”.

Washington n’essaye même plus de faire obstruction

La réputation des Etats-Unis en matière de droits de l’homme étant au plus bas aujourd’hui - il suffit d’évoquer Abou Ghraib [la prison de Bagdad où les forces américaines ont torturé des détenus], Bagram [la base américaine située dans la capitale afghane, Kaboul] ou Guantanamo [le centre de détention américain de Cuba, où 360 personnes sont retenues en toute illégalité] -, Moreno-Ocampo considère Bush comme une bénédiction pour la Cour. En s’opposant à la CPI, le président américain a établi sa légitimité. Le procureur de la CPI a-t-il pour autant une chance de traduire les responsables des crimes commis au Darfour devant la justice ?
Voilà près de trois ans que personnalités politiques et militants des droits de l’homme hurlent au monde qu’un génocide est en cours au Darfour, et évoquent un “Rwanda au ralenti” dans l’espoir que le souvenir des quelque 1 million de personnes massacrées dans ce pays en 1994 déclenchera une action. En vain. [Les Nations unies viennent cependant de décider l’envoi d’une force de 26 000 hommes sur place.] Les janjawids, milices constituées de membres de tribus arabes du Darfour et du Tchad et soutenues par le gouvernement soudanais, continuent à attaquer, violer et tuer les membres des tribus africaines depuis 2003. Plus de 200 000 personnes ont été tuées et 2 millions ont dû fuir de chez elles.
Certes, une équipe d’enquêteurs s’occupe des horreurs qui se déroulent au Darfour depuis La Haye à la suite de la saisine de la Cour par le Conseil de sécurité, en mars 2005. Ils n’ont pas d’armée, mais ils veulent faire en sorte que ce génocide au ralenti ne reste pas impuni. En mai dernier, la CPI a d’ailleurs émis un mandat d’arrêt contre Ahmed Haroun, ancien ministre délégué au Darfour au ministère de l’Intérieur soudanais entre avril 2003 et septembre 2005, et un autre contre Ali Kushayb, un chef de milice. Le 7 juin dernier, le procureur a fait le point de son enquête devant le Conseil de sécurité et a demandé à la communauté internationale d’agir pour arrêter les deux hommes.
Le dossier Darfour est une première en matière de justice internationale. Les enquêteurs doivent travailler contre la volonté du gouvernement soudanais. Ils ne peuvent pas enquêter dans les écoles où ont eu lieu des viols collectifs ; ils ne peuvent pas effectuer de prélèvements dans les puits qui ont été empoisonnés ; ils ne peuvent même pas ramasser les fragments des bombes qui ont été larguées sur les civils par le gouvernement. Dissidents soudanais et militants des droits de l’homme transmettent cependant lettres et documents à la Cour. Et Moreno-Ocampo, qui entend les victimes par tous les moyens possibles, met en rapport les récits de certains crimes particuliers et les décisions du gouvernement. Si bien qu’un dossier émerge lentement - trop lentement pour certains - de ce magma. Le gouvernement soudanais, dirigé par le président Omar El-Béchir, récuse le travail de la CPI et souligne que les tribunaux soudanais mènent leurs propres investigations sur tous les crimes qui ont pu être commis au Darfour. A la suite des déclarations de Moreno-Ocampo, en juin 2005, indiquant que les personnes sur lesquelles il allait probablement enquêter ne seraient pas jugées par des tribunaux soudanais, le ministre de la Justice soudanais a immédiatement annoncé la création du Tribunal spécial pour le Darfour, un tribunal itinérant composé de trois juges.
Objectif déclaré : éviter que la CPI n’intervienne sur son territoire. En effet, en vertu du principe de complémentarité, un dossier est irrecevable par la CPI si l’Etat où se sont produites les exactions conduit ses propres enquêtes et diligente des poursuites - sauf si la CPI considère ces efforts non satisfaisants. Le procureur et les juges de la Cour ont la faculté d’estimer eux-mêmes la bonne foi de telles procédures. En bref, la CPI a compétence sur des Etats, comme le Soudan, qui ne sont pas parties au traité. Mais elle se heurte à la souveraineté et au pouvoir politique. Ainsi, le Soudan a mis sur pied des tribunaux pour démontrer que les affaires relatives au Darfour sont irrecevables par la Cour parce qu’elles sont parfaitement traitées au Soudan.
Pour Moreno-Ocampo, la pesanteur de la bureaucratie et l’inconstance des promesses du gouvernement soudanais ont rendu le dossier du Darfour difficile à boucler. Les enquêteurs de la CPI se sont vu, dans un premier temps, accorder les entretiens demandés, les accès et les permis requis, mais ils ont ensuite essuyé un refus et leur dossier est reparti dans les méandres de l’administration pour approbation.
La lenteur est une composante indissociable du travail du procureur et, d’une certaine façon, c’est pour lui un retour aux sources. En Argentine, il y a vingt ans, Moreno-Ocampo et son équipe ne pouvaient compter ni sur les services secrets ni sur la police pour leur fournir des preuves de la sale guerre. Il n’y avait ni tombes ni cadavres - la majorité des corps des disparus ayant été jetés à la mer. Les enquêteurs disposaient en tout et pour tout de 30 000 maigres dossiers recensés par une commission de vérité. Après avoir décidé de concentrer leurs efforts sur 700 cas, ils se sont appuyés sur les témoignages des survivants, dont la plupart avaient été torturés en même temps que les disparus. L’accusation a démontré que les généraux avaient autorité sur les centres de détention et les pilotes de l’armée qui jetaient les corps à la mer. C’est exactement la même stratégie que Moreno-Ocampo met en œuvre au Darfour. Mais le Soudan n’est pas l’Argentine, ni même l’ex-Yougoslavie. Le régime est toujours en place et ses dirigeants sont passés maîtres dans l’art de manipuler la communauté internationale. Les propos d’un ambassadeur du ministère des Affaires étrangères soudanais sont éloquents : “Il nous suffira de passer à la vitesse supérieure pour mettre en échec la CPI quand elle voudra nous envoyer des enquêteurs.” Evoquant le tribunal itinérant du Darfour, il a déclaré : “Nous organisons nos propres procès, nous n’accordons aucune impunité et la CPI est perdante.” On ne trouve guère d’ardents partisans de la Cour parmi les personnalités politiques soudanaises. Car il suffit de présenter cette institution comme une preuve supplémentaire de l’ingérence étrangère pour flatter le nationalisme des foules.
L’accueil glacial réservé à la CPI au Soudan rend le soutien de l’étranger d’autant plus crucial. L’UE est le plus fidèle partisan de la Cour depuis sa création. Mais son enthousiasme à l’égard du dossier Soudan s’essouffle. La Chine et la France, membres permanents du Conseil de sécurité, ont des intérêts pétroliers au Soudan et l’on est en droit de se demander jusqu’où ira leur engagement. La Russie, autre membre permanent du Conseil de sécurité, a toujours été mal à l’aise vis-à-vis de la Cour, notamment à cause de la Tchétchénie. Les pays voisins, par le biais de l’Union africaine, soutiennent les efforts de paix et, dans certains cas, ils ont même aidé la CPI. Mais ce soutien est à double tranchant, car le régime d’El-Béchir est brouillé avec la plupart de ses voisins - notamment le Tchad, avec qui il est pratiquement en guerre. La position américaine demeure ambiguë. Nul ne peut nier que l’administration Bush cherche à mettre des bâtons dans les roues de la CPI. Depuis quelques années, les Etats-Unis font pression sur les Etats pour les encourager à signer un accord bilatéral par lequel ils s’engageraient à ne livrer à la Cour pénale internationale ni citoyens américains ni étrangers travaillant pour les Etats-Unis. Cette politique a toutefois fait long feu. Le général Bantz J. Craddock, chef du commandement Sud du Pentagone, a déclaré devant le Congrès en 2006 que l’insistance des Etats-Unis à faire signer ces accords bilatéraux sapait l’influence militaire du pays. D’autres pays, notamment la Chine, profitent du retrait américain pour pousser leurs propres pions. Lors d’un voyage en Amérique latine au printemps 2006, la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice a reconnu que la recherche de l’immunité à tout prix portait atteinte aux intérêts américains.
Signe supplémentaire de l’évolution de la position américaine vis-à-vis de la CPI, le Conseil de sécurité a saisi la Cour du dossier Darfour, avec la bénédiction des Etats-Unis, qui n’ont pas usé de leur droit de veto. Cette bonne volonté américaine n’est qu’apparente. Les Etats-Unis devaient penser que l’enquête de la CPI ne pouvait pas leur être préjudiciable et qu’elle pourrait même se révéler utile. L’accord de paix passé entre le nord et le sud du Soudan en 2005, qui a mis fin à des décennies de guerre, a été un succès diplomatique pour l’administration Bush en Afrique, un succès certes fragile mais assez rare pour être salué.
L’administration Bush ne qualifie d’ailleurs plus les crimes du Darfour de génocide. Elle ne veut pas risquer de compromettre l’accord Nord-Sud et la paix. Washington a également découvert que le Soudan pouvait être un allié précieux dans la guerre contre le terrorisme. A en croire des hauts fonctionnaires américains qui ont tenu à rester anonymes, certains dirigeants soudanais qui font l’objet d’une enquête de la Cour se sont révélés très précieux, à défaut d’être fiables, pour débusquer des terroristes islamistes. “En 2004, quand les Soudanais ont décidé de signer l’accord Nord-Sud, ils se sont montrés exemplaires en matière de coopération, a confié une source officielle. Ils nous ont livré des gens et nous ont donné des informations sur des terroristes dont nous ignorions la présence ici. Depuis, ils nous ont permis de sauver de nombreuses vies américaines.”
La Maison-Blanche commence cependant à accepter - même si c’est à contrecœur - l’utilité, sinon la nécessité, de la CPI. Selon Roger Winter, représentant spécial du département d’Etat pour le conflit soudanais, qui travaille sur le dossier depuis vingt-cinq ans, “si on veut liquider un régime islamo-fasciste qui a commis un génocide, il faut passer par l’Accord de paix global, qui a mis fin à la guerre entre le nord et le sud du pays ; et si on veut la justice, par la CPI.” Malgré la valse-hésitation de la communauté internationale, les plus gros obstacles pour Moreno-Ocampo et son équipe persistent au Soudan. Le gouvernement de Khartoum a compris les règles du jeu. Il pousse les chefs des ethnies fur, zaghawa et massalit [visées par les exactions] à accepter la réconciliation et les compensations ; et il dispose de son propre tribunal itinérant. Le nouveau ministre de la Justice m’a déclaré : “Nous envoyons 15 procureurs au Darfour. Nous traduirons en justice les militaires et condamnerons les auteurs des viols pour montrer au procureur de la CPI notre bonne volonté et notre désir de punir les coupables au Darfour.” Il a ajouté que la Constitution soudanaise accordait l’immunité au président, aux membres de son cabinet, aux députés et à certains membres de l’armée et de la police.
Elizabeth Rubin
The New York Times
LIBAN

Une arme contre la Syrie
“Le tribunal est un cadeau de la communauté internationale à tous les Libanais quelle que soit leur appartenance politique, religieuse ou ethnique”, s’enthousiasme Raghida Dergham dans le quotidien Al-Hayat. “La création de ce tribunal constitue un précédent au Moyen-Orient. Cette juridiction entend s’opposer à tous ceux qui pensaient que la stratégie des assassinats politiques et de la révolte permettrait de bloquer l’avancée de la justice.” Le Conseil de sécurité des Nations unies a voté le 30 mai dernier une résolution pour créer un tribunal spécial pour le Liban chargé de juger les responsables de l’attentat qui a causé la mort de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Perçue comme un outil des Occidentaux pour mettre en cause la Syrie dans les attentats qui ont coûté la vie à des personnalités politiques libanaises, cette cour a reçu un accueil très mitigé auprès de la classe politique du pays, notamment auprès de l’opposition prosyrienne. Aussi le Parlement n’a-t-il pas ratifié l’accord signé entre les Nations unies et Beyrouth le 6 février dernier. Ce qui a conduit le Conseil de sécurité à passer en force. Cette nouvelle juridiction, composée en majorité de magistrats internationaux, devrait voir le jour d’ici un an et pourrait avoir son siège aux Pays-Bas. Pour Gareth Evans, le président du think tank International Crisis Group, “le processus judiciaire doit se poursuivre, mais la Syrie doit recevoir l’assurance que l’objectif n’est pas de remettre en cause sa position”. Le rôle de ce tribunal n’est pas de régler la question de la normalisation des relations entre le Liban et la Syrie, écrit-il dans Al-Hayat.







Questions
La journaliste Ursula Rüssmann s’interroge, dans la Frankfurter Rundschau, sur la valeur de la justice pénale internationale. Les vols secrets de la CIA ou les exactions commises sur la base cubaine de Guantanamo sont pour elle autant d’exemples de “l’érosion insidieuse d’un système judiciaire international pourtant mis sur pied avec difficulté”. A ses yeux, les Américains ne sont pas seuls en cause. “Moscou exerce un pouvoir sanglant en Tchétchénie, tout comme la Chine au Tibet. Quand donc un tribunal de l’ONU enquêtera-t-il sur les atrocités commises par la Russie dans les Républiques du Caucase ?” demande-t-elle, pour répondre aussitôt : “Ce n’est pas envisageable tant que les fautifs siégeront, comme aujourd’hui, au Conseil de sécurité. Un même droit pour tous n’est pas pour demain, et la justice internationale n’est donc pour l’instant rien de plus qu’une justice à deux vitesses.”

POINT DE VUE • La conception occidentale mise en accusation

Pour le directeur de la Royal African Society, la manière dont la CPI et les juridictions internationales opèrent en Afrique est contestable. Car elles ne tiennent pas compte des méthodes traditionnelles de réconciliation.

Au moment de la création de la Cour pénale internationale (CPI), certaines personnes avaient exprimé leurs craintes que la conception universaliste et occidentale de la justice sur laquelle se fondait cette Cour n’entre en opposition avec les formes de justice locales et ne mette en danger les processus de réconciliation. Depuis que la CPI est entrée en fonction, elle a émis ses premiers mandats d’arrêt à l’encontre de cinq chefs de l’Armée de résistance du Seigneur (ARS) ougandaise et, plus récemment, elle a fait arrêter Thomas Lubanga au Congo [chef de l’Union des patriotes congolais, incarcéré aux Pays-Bas, il a été mis en examen pour crimes de guerre et son procès devrait s’ouvrir en septembre].
Les guerres les plus sanglantes d’Afrique se sont presque toutes terminées ces derniers temps par des accords locaux. Les vainqueurs se sont montrés peu enclins à punir et les perdants n’ont pas été exclus mais incorporés dans les gouvernements, intégrés au système pour éviter de futures insurrections. Les rebelles ou les dirigeants renversés n’ont été châtiés que dans très peu de cas.
Ces accords brillent par leur absence de représailles, y compris au niveau personnel. Or la CPI ne semble pas s’en être aperçue.
Un organe judiciaire international dont le but est de juger les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité devrait pourtant prendre en compte l’idée de la justice que se font d’autres cultures que la nôtre. La CPI ne peut pas faire la justice au Soudan comme s’il s’agissait de la province anglaise du Surrey. Les prédécesseurs immédiats de la CPI ont été les tribunaux ad hoc créés pour juger les crimes de guerre, notamment pour le Rwanda et la Sierra Leone. Lorsqu’ils ont été instaurés, je me suis demandé si des étrangers pouvaient vraiment débarquer de leur avion et dispenser une justice compréhensible pour les victimes.
Le Tribunal pour le Rwanda a été installé en Tanzanie. La majorité de son personnel n’avait jamais mis les pieds au Rwanda. En voyant les fonctionnaires faire des histoires au sujet de l’attribution de leurs logements et détourner de grosses sommes d’argent, je me disais que les conséquences de leurs actes sur ce pays traumatisé qu’était le Rwanda devaient être le dernier de leurs soucis. Treize ans et plus de 1 milliard de dollars plus tard, ce tribunal n’a jugé que 33 personnes.
Un jour, en Sierra Leone, j’ai vu une délégation du tribunal menée par un procureur général prendre un hélicoptère pour se rendre dans l’une des villes qui avaient été le plus gravement touchées par la guerre. Les membres de cette délégation, tous blancs et vêtus avec élégance, ont rassemblé les habitants, qui, eux, étaient en haillons, et leur ont fait un discours en anglais sur la façon dont ils allaient leur apporter la justice. Personne n’a pensé à demander à ces gens ce qu’était la justice pour eux. Le discours n’a même pas été traduit dans leur langue.
La CPI actuelle semble être aussi naïve et aussi maladroite que ces tribunaux ad hoc. Après avoir émis les mandats d’arrêt contre les cinq membres de l’ARS, en 2005, Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la CPI, a expliqué que ces hommes avaient été choisis parce que les crimes qu’ils ont commis sont horribles et que beaucoup de preuves pèsent contre eux. Personne ne le contredira. L’ARS, qui se bat contre le gouvernement ougandais depuis vingt ans, n’a aucun programme politique. Elle a été particulièrement cruelle avec ses propres frères acholis [une ethnie du nord de l’Ouganda dont est issu Joseph Kony, le chef charismatique de l’ARS]. Ses chefs exigeaient de leurs soldats une obéissance aveugle, et leur responsabilité est évidente.
Mais plusieurs problèmes se posent à la CPI en Ouganda. Tout d’abord, elle a mal choisi son moment pour lancer ses mandats contre les membres de l’ARS. Pendant les vingt années d’épouvante qu’aura duré cette guerre, des pourparlers de paix ont été engagés à plusieurs reprises entre le gouvernement, les rebelles et les chefs locaux. Début 2006, un accord a commencé à sembler possible. Mais les mandats n’ont pas encouragé les rebelles à déposer les armes et à faire la paix.
La CPI dit avoir délivré ces mandats parce qu’elle avait enfin réuni suffisamment de preuves. Etant un organe judiciaire et non politique, elle ne pouvait pas prendre en compte ce qui se passait sur place. Le président ougandais, Yoweri Museveni, qui avait fait appel à la CPI à la fin 2003 pour traiter le cas de l’ARS, lui a bien demandé de suspendre la procédure, mais elle a refusé.
Le deuxième problème est politique. Pour les gens parqués dans les camps de déplacés du nord de l’Ouganda, le gouvernement est aussi coupable que l’ARS. Si l’ARS a tué, mutilé et enlevé des enfants, l’armée a mis toute la population de la région - plus de 2 millions de personnes - dans des camps, où bien plus d’Ougandais sont morts de maladie et de faim que l’ARS n’en a massacré avec ses machettes et ses fusils. Les victimes veulent que les deux camps soient jugés.
Le troisième problème est culturel. Lorsque Museveni a demandé à la CPI de mettre en examen les chefs de l’ARS, un autre procès était en cours, qui s’inspirait de la façon traditionnelle dont les Acholis rendent la justice. Plusieurs chefs locaux pensent que la meilleure façon de mettre fin à cette guerre est de laisser les Acholis faire les choses à leur manière. [Des chefs acholis ont rencontré Moreno-Ocampo en mars 2005 pour lui demander de ne pas agir contre l’ARS.]
Si la CPI ne peut pas apporter la paix et la réconciliation aux victimes des guerres, à quoi sert sa justice ? Au bénéfice de qui est-elle rendue ? Je me demande si ce n’est pas à notre bénéfice à nous, qui voyons ces guerres à la télévision. Nous exigeons que ces crimes horribles soient punis et avons besoin de voir les méchants aller en prison. La CPI est peut-être pour nous un moyen de soulager notre conscience, de nous racheter pour n’avoir rien fait contre ces guerres plus tôt. Si la CPI veut intervenir dans l’écheveau des guerres africaines, elle va devoir s’efforcer de comprendre les contextes régionaux et réfléchir aux conséquences de ses actes. La réconciliation et la paix, ainsi que les moyens employés localement pour y parvenir, devraient avoir autant d’importance pour la CPI que la justice.


* Ancien responsable de l’Afrique pour The Economist, il est actuellement directeur de la Royal African Society.

Richard Dowden*
Prospect

CHRONOLOGIE • La longue marche vers la CPI

• 28 juin 1919
Le traité de Versailles prévoit l’instauration d’une juridiction pénale internationale.

• 1920
Un comité de juristes est mandaté par la Société des nations pour préparer un projet de cour permanente de justice internationale.

• 1937
Une convention internationale signée mais jamais ratifiée prévoit la création d’une cour pénale.

• 8 août 1945
Accord de Londres instaurant le Tribunal militaire international de Nuremberg.

• 9 décembre 1948
Définition de la notion de génocide dans la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. La Convention prévoit la mise en place d’une cour permanente, mais la guerre froide empêche toute avancée.

• 4 décembre 1989 L’Assemblée générale des Nations unies demande à la Commission du droit international de l’ONU d’étudier la question de l’institution d’une juridiction pénale internationale.

• 25 mai 1993 Création du Tribunal pénal international (TPI) pour l’ex-Yougoslavie.

• 8 novembre 1994 Création du TPI pour le Rwanda.

• Juillet 1994 Adoption par la Commission du droit international de l’ONU d’un projet de statut d’une cour pénale internationale.

• 17 juillet 1998 Conférence des Nations unies à Rome : signature de la Convention portant statut de la création de la CPI ; 120 pays votent en faveur du texte.

• 11 mars 2003 Session inaugurale de la Cour pénale internationale (CPI).
Sources : La Cour pénale internationale - Le Statut de Rome, W. Bourdon et E. Duverger, éd. du Seuil, Paris, 2000 et La Documentation française.



EN BREF
• A ce jour, 105 pays ont ratifié le Statut de Rome. Dernier signataire : le Japon. Lequel est déjà le principal contributeur, puisqu’il couvre 19 % des 90 millions d’euros du budget annuel de la juridiction. A noter que le Statut doit être révisé en 2009.

• La compétence de la Cour n’est pas universelle. Pour qu’elle puisse agir, il faut que l’accusé soit un ressortissant d’un Etat signataire, que le crime ait été commis sur le territoire d’un Etat signataire ou que le Conseil de sécurité de l’ONU ait déféré la situation au procureur (et cela quels que soient la nationalité de l’accusé et le lieu où le crime a été commis). La compétence de la Cour se limite par ailleurs aux faits survenus après le 1er juillet 2002.

• En deux ans, la CPI a émis huit mandats d’arrêt, tous en Afrique centrale. Outre le Darfour et l’Ouganda, elle travaille actuellement sur deux autres dossiers :
- la République centrafricaine (le 22 mai dernier, Luis Moreno-Ocampo a annoncé l’ouverture d’une enquête sur les crimes commis dans ce pays, particulièrement entre 2002 et 2003) ;
- la république démocratique du Congo (le premier procès d’un accusé à la CPI devrait s’ouvrir en septembre à La Haye ; il s’agira de juger Thomas Lubanga, qui, en tant que chef des Forces patriotiques pour la libération du Congo, est accusé d’avoir enrôlé de force des enfants dans les combats en Ituri, dans l’est de la RDC).
Sources : International Justice Tribune et ICCnow

Luis Moreno-Ocampo
Elu à l’unanimité premier procureur de la CPI, l’Argentin Luis Moreno-Ocampo a pris ses fonctions le 16 juin 2003 pour un mandat de neuf ans non renouvelable. Sa prudence et l’absence d’enquêtes de terrain sur le dossier du Darfour lui ont notamment été reprochées. Il aura fallu attendre début 2007, soit












Mise en place en 2003, la Cour pénale internationale de La Haye planche déjà sur quatre affaires. Cette juridiction doit mettre fin à l’impunité des dirigeants politiques impliqués dans des crimes graves. Un exercice délicat dans lequel la politique a toujours son mot à dire. Cas d’école : le Darfour.

Un épais brouillard enveloppe les arbres et les réverbères de La Haye, une paisible cité de la mer du Nord, parcourue de canaux et qui regorge ...

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V

- n° 873 - p.25 à p.28

L’architecture de la finance mondiale, mise en place en 1944 à Bretton Woods, a vécu. Le Fonds monétaire a parfois failli. La Banque mondiale voit son rôle amoindri. Quant à l’Organisation mondiale du commerce, elle ne parvient pas à clore les négociations entamées à Doha en 2001 sur l’agriculture et les produits manufacturés

La crise impliquant Paul Wolfowitz s’est terminée mi-mai avec la démission du président de la Banque mondiale. Mais la crise identitaire de la Banque ne fait que commencer. A en croire experts et responsables politiques, c’est même l’ensemble de l’architecture financière mondiale conçue après la Seconde Guerre mondiale - la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et l’actuelle Organisation mondiale du commerce (OMC) - qui ploie aujourd’hui sous le poids de la mondialisation, des conflits commerciaux et des ambitions des puissances économiques en devenir, en Asie et ailleurs.
La Banque mondiale et son organisation sœur, le FMI, furent créées en 1944 à Bretton Woods, dans le New Hampshire, dans le but de stabiliser l’économie mondiale. La Banque avait pour rôle de reconstruire l’Europe et de faire reculer la pauvreté partout ailleurs par le biais de subventions et de prêts. Le FMI, lui, s’efforce d’éviter les catastrophes financières en surveillant les politiques économiques nationales. Enfin, l’OMC, issue de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce de 1947 [plus connu sous le nom de GATT, General Agreement on Tariffs and Trade], doit s’assurer de la bonne circulation des biens et services nécessaire à la croissance mondiale.
Mais, aujourd’hui, la mondialisation de l’économie remet en question la pertinence de ces trois institutions. Le cycle de négociations en cours sous l’égide de l’OMC, dit cycle de Doha, pourrait bien échouer, et ce pour la première fois en soixante ans. La Banque mondiale et le FMI ont prêté des milliards de dollars à de très nombreux pays exportateurs d’Amérique latine, d’Asie et du Moyen-Orient, alors que certains des bénéficiaires disposent de centaines de milliards de dollars de réserves.
Les prêts cumulés de la Banque mondiale à la Chine s’élèvent ainsi à 40 milliards de dollars, répartis sur 274 projets. Or la Chine, qui est désormais une superpuissance exportatrice, est assise sur plus de 1 000 milliards de réserves en billets verts ; elle est d’ailleurs si riche qu’elle vient d’annoncer la mise en place de son propre programme de prêts à l’Afrique, à hauteur de 20 milliards de dollars. De nombreux observateurs estiment dès lors que la Banque mondiale devrait cesser d’accorder le moindre prêt à Pékin.
“Le système de Bretton Woods est totalement obsolète”, assène l’ancien secrétaire américain au Trésor Robert E. Rubin, aujourd’hui président du comité exécutif de Citigroup. “Il a très bien fait son office pendant longtemps, mais ses institutions n’ont pas évolué avec le temps. Elles doivent être repensées et restructurées.” Eckhard Deutscher, haut fonctionnaire allemand chargé du développement et doyen des directeurs de la Banque mondiale, a appelé à un réexamen du rôle de chacune des institutions. “Le plus grand défi pour la Banque mondiale consiste à restaurer sa crédibilité, estime-t-il. Mais la communauté internationale doit s’intéresser à l’ensemble du système. Il y a des problèmes de gouvernance partout.”
Selon les experts, l’enjeu le plus immédiat pour la Banque mondiale et le FMI est de déterminer qui les dirige. La crise récente qu’a connue la Banque a éclaté à la suite des accusations de favoritisme portées contre Paul Wolfowitz. Mais elle a mis au jour une fracture plus profonde : les Etats-Unis peuvent-ils continuer à désigner le président de cette institution alors même que les contributions américaines aux fonds alloués aux subventions et crédits ont très sensiblement baissé par rapport à celles d’autres pays ?

Derrière le scandale Wolfowitz, il existe une fracture plus profonde

La désignation par George W. Bush de Paul Wolfowitz, l’un des artisans de la guerre en Irak, à la tête de la Banque mondiale en 2005 ne plaisait pas aux Européens, mais ceux-ci ont fait avec. Car Washington veut conserver ses prérogatives de désignation du président de la Banque, et les Européens continuer à désigner le directeur du FMI. Mais un nombre croissant d’acteurs s’accordent à dire que ce gentleman’s agreement a vécu.
Pour Kenneth S. Rogoff, professeur d’économie à Harvard, ceux qui ont des intérêts dans la Banque mondiale refusent d’admettre que son rôle de prêteur (pour un total de 23 milliards de dollars l’année dernière) a perdu de sa pertinence dans le contexte actuel. L’année dernière, plus de 14 milliards de prêts par la Banque mondiale sont allés à des pays dits à revenu intermédiaire, comme la Chine et l’Inde. L’organisation emprunte de l’argent à taux faible grâce à son excellente cote de crédit et le prête à son tour à un taux légèrement supérieur. Les bénéfices ainsi dégagés lui permettent de payer ses frais généraux, dont les salaires de ses 13 000 employés.


PAS DE DROIT DE VOTE POUR LA TURQUIE
Certains responsables de la Banque mondiale reconnaissent que, si l’on continue de prêter aux pays à revenu intermédiaire, c’est notamment parce que leurs remboursements permettent à l’organisation de garder un personnel suffisamment fourni pour assurer l’assistance technique et le travail d’analyse dont ont besoin donateurs et bénéficiaires dans le monde entier.
En l’an 2000, une commission consultative créée par le Congrès des Etats-Unis et dirigée par Allan H. Meltzer, professeur d’économie politique à l’université Carnegie Mellon, avait recommandé à la Banque de cesser les prêts aux pays à revenu intermédiaire et de transformer en aides les crédits aux pays les plus pauvres. Mais, au cours des mois qui ont précédé sa démission, Paul Wolfowitz a défendu les prêts aux pays à revenu intermédiaire comme un des moyens indispensables pour leur fournir une assistance technique afin de les aider à faire reculer la pauvreté. Cette conception a renforcé dans leurs convictions nombre de responsables de la Banque mondiale, qui soutiennent que l’organisation ne peut se désintéresser des pauvres en Chine et en Inde, plus nombreux dans ces deux pays que dans toute l’Afrique subsaharienne. “La Banque ne peut pas se permettre de se retirer des pays à revenu intermédiaire, dont les sociétés sont marquées par d’épouvantables inégalités”, insiste Mark Malloch Brown, ancien administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et ancien chef de cabinet de Kofi Annan. “La Banque doit continuer à s’impliquer.”
Là n’est pas le seul problème. Alors qu’elle propose prêts et subventions aux pays les plus défavorisés de la planète (9,5 milliards l’année dernière), la Banque mondiale est devenu un acteur marginal de la lutte mondiale contre la pauvreté. Selon ses propres chiffres, sa contribution aux pays les plus pauvres ne représente ainsi qu’environ 7 % des aides gouvernementales distribuées par les 230 agences d’aide internationale, notamment par des banques régionales de développement et par des fonds européens spécialisés dans la lutte contre les maladies ou pour l’éducation, la santé maternelle et autres. Par ailleurs, des sommes importantes vont également aux pays pauvres par le biais de fondations privées.

Prêter à des pays comme l’Inde ou la Chine, est-ce utile ?

Pendant l’affaire Wolfowitz, certains pays européens avaient menacé d’acheminer leurs aides aux pays pauvres via d’autres agences. Et beaucoup d’observateurs estiment que son départ n’y changera rien.
Par ailleurs, les Etats-Unis vont sans aucun doute durcir leur campagne de lutte contre la corruption dans certains pays bénéficiaires, poursuivant ainsi une politique qui avait déjà fait des étincelles entre Paul Wolfowitz et le conseil des gouverneurs de la Banque mondiale. Ce qui pourrait bien conduire certaines capitales européennes à tourner le dos à l’organisation.
Guerres de pouvoir au sujet de la désignation du président de la Banque mondiale, mais aussi à propos des droits de vote au FMI ! L’année dernière, Washington avait réussi à faire approuver une redistribution des droits de vote en faveur de la Chine, de la Turquie et d’autres gros exportateurs à forte croissance. Mais, dans les douze mois à venir, le surcroît de pouvoir accordé aux pays émergents va l’être aux dépens des petits pays européens. Comme la Banque mondiale, le FMI se voit relégué au second plan. L’économie mondiale enregistre de si bons résultats que l’organisation, qui avait contribué au sauvetage du Mexique et d’autres pays d’Amérique latine et d’Asie dans les années 1990, est aujourd’hui sous-employée. Les bénéficiaires sont si nombreux à avoir terminé de rembourser leurs prêts que les recettes provenant des intérêts sont en chute libre : le FMI doit faire face à des restrictions budgétaires, il envisage même de vendre une partie de ses lingots d’or pour faire face aux dépenses. La quête identitaire entamée par l’organisation a, de plus, enhardi ses détracteurs, en particulier ceux qui ont trouvé malavisés ses plans de sauvetage des années 1990, jugeant qu’ils incitaient les pays à mettre en place de mauvaises politiques en toute insouciance. Mais des critiques du FMI se font aussi entendre du côté des gouvernements d’Asie et d’Amérique latine, qui ont vu leurs pays chanceler sous le poids des programmes d’austérité imposés par le Fonds après leur sauvetage, dans les années 1990. Ils ont d’ailleurs entamé des discussions sur la création de fonds régionaux afin de contourner le FMI.
LES CRISES FINANCIERESN’ONT PAS DISPARU !
Toujours est-il que, pour beaucoup d’économistes, la prochaine crise démontrera à nouveau la nécessité de l’organisation créée à Bretton Woods. “Il se trouve que nous sommes dans une période très calme”, souligne Richard N. Cooper, professeur d’économie internationale à Harvard. “Cela incite les gens à se demander s’ils ont besoin du FMI. Mais je suis intimement convaincu que les crises financières n’ont pas disparu et que nous en connaîtrons de nouvelles à l’avenir. Or le FMI est l’outil collaboratif idéal pour les affronter.”
Néanmoins, le gouvernement de George W. Bush ne cache pas son mépris pour cette organisation, car il estime qu’elle s’est “endormie au volant” alors qu’elle aurait dû durcir sa surveillance des manipulations des cours de certaines monnaies et des profondes inégalités économiques en Chine et ailleurs.
Mais, au FMI, on réplique que, si elle effectue bien ce type de surveillance, l’organisation est limitée dans cette tâche par ses statuts, qui l’obligent à n’en faire ni plus ni moins que ce que souhaite son conseil d’administration. De son côté, l’OMC, qui a pris la suite du GATT en 1995, bataille actuellement pour faire aboutir le cycle de négociations qui s’est ouvert il y a cinq ans à Doha, au Qatar. Le cycle de Doha est dans l’impasse, parce que les Etats-Unis et l’Union européenne refusent de baisser leurs barrières douanières sur les produits agricoles tout en exigeant que l’Inde et d’autres gros exportateurs diminuent les leurs.
On craint aujourd’hui que l’OMC, censée favoriser les échanges commerciaux, ne devienne le vecteur de procès et de mesures protectionnistes d’augmentation des tarifs douaniers, induisant dès lors un ralentissement de l’économie mondiale.
Steven R. Weisman
The New York Times
Encore un effort, M. Strauss-Kahn !

Pour diriger le FMI, on choisit toujoursun Européen. Un critère absurde, estime The Economist.

Les Français étaient loin d’être les campeurs les plus heureux du New Hampshire lors de la création du FMI à Bretton Woods, en 1944. Leur pays n’avait pas encore été libéré et ils ignoraient quelle place ils occuperaient dans la hiérarchie économique mondiale. Ils craignaient surtout que les pays du Benelux (la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg) jouissent de plus de pouvoir que la France au sein de cette nouvelle institution. Ils n’auraient pas dû se faire autant de mauvais sang. Le FMI s’est toujours montré généreux avec leur pays. La France a été le premier membre à profiter de ses largesses, et elle a occupé la présidence de cette organisation pendant trente ans, soit la moitié de son existence. Grâce à un consensus des ministres des Finances de l’Union européenne obtenu à la mi-juillet, l’homme fort du FMI devrait une fois de plus parler avec l’accent français.
Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre des Finances, a reçu leur aval pour remplacer Rodrigo de Rato. Ce dernier, à la surprise générale, a annoncé son départ pour le mois d’octobre après seulement trois années en poste. M. Strauss-Kahn est un homme courtois et un économiste polyglotte. S’il estime les valeurs du libéralisme, il ne s’est cependant jamais fait leur champion au sein du Parti socialiste. Il a démissionné de son poste de ministre des Finances en 1999, après trois années de croissance, de prudence et de privatisations, afin de défendre son honneur dans un scandale de corruption. En bref, il a toutes les qualités requises pour le poste. Mais ce n’est pas sur ce genre de critère que les candidats sont choisis. Selon une règle tacite - ou plutôt un coup monté -, l’Europe laisse les Etats-Unis choisir le président la Banque mondiale, et en échange l’Europe nomme le président du FMI. Les autres 185 membres du Fonds monétaire n’ont qu’à s’en accommoder ou s’arracher les cheveux.
Les ministres des Finances des Vingt-Sept ont reconnu que ce processus nécessite davantage de transparence - mais ils préfèrent attendre la prochaine fois. Leur raisonnement est limpide. Les Américains doivent déjà choisir un des leurs pour remplacer Paul Wolfowitz, remercié pour indélicatesse, alors pourquoi les Européens devraient-ils renoncer les premiers à leur privilège ? Des chamailleries de cours de récréation, voilà à quoi en est réduite l’économie mondiale. Après le départ compliqué de M. Wolfowitz, la Banque avait rapidement besoin d’un remplaçant compétent et ne pouvait pas se permettre de passer par un processus certes transparent, mais plus long. En revanche, le FMI pouvait se le permettre. M. Strauss-Kahn va hériter d’une institution qui risque de perdre nombre de ses clients traditionnels. Les économies émergentes, qui autrefois mendiaient de l’argent au FMI et se pliaient à ses exigences, peuvent désormais compter sur leurs propres stocks de devises.
C’est pourquoi le FMI aspire à devenir un arbitre dans les éventuels conflits entre ses membres les plus importants au sujet de la parité des monnaies. Depuis peu, il jouit d’une plus grande liberté d’action dans ce domaine, et peut à loisir examiner et critiquer les politiques de taux de change qui selon lui ne sont pas en phase. Si une monnaie représente une menace pour la stabilité des autres, le FMI ne se prive pas de le dire. Un pays comme la Chine, estime-t-il, a désormais un tel poids dans l’économie mondiale qu’il ne peut pas décider à son gré de son taux de change. Il doit prendre en compte les retombées pour le reste du monde.
Mais, si la Chine est devenue un acteur économique aussi important, elle devrait avoir son mot à dire dans la désignation du président du FMI, non ? C’est ce que M. de Rato paraissait avoir compris. En septembre dernier, il avait d’ailleurs insisté pour que la Chine, le Mexique, la Turquie et la Corée du Sud aient des voix supplémentaires. Il était également partisan d’un “processus transparent” pour la désignation de son successeur. On dirait cependant qu’il faudra attendre encore cinq ans pour mettre en place ces réformes. Malgré les réformes de septembre dernier, la Chine a toujours moins de poids que les pays du Benelux. Et qui, mieux que les Français, peut saisir le caractère inadmissible de cette situation ?
The Economist
la presse




Belgique

Luxembourg

Pays-Bas

Chine

Brésil

Etats-Unis

fiches pays




France

Belgique

Luxembourg

Pays-Bas

Chine

Brésil

Etats-Unis





REPÈRE

Le FMI sans mission ?



Le Fonds monétaire international, qui rassemble 184 pays, a pour mission “de promouvoir la coopération monétaire et de garantir la stabilité financière”. Au cours des années 1970 et 1980, le système financier international a été bouleversé par la mondialisation, la libéralisation des mouvements de capitaux et la création de nouveaux instruments. Dès lors, le rôle du FMI a lui aussi changé. On a assisté, notamment dans la décennie 1990-2000, à de multiples crises financières, en Amérique du Sud et en Asie du Sud-Est, dues à la spéculation ou à la crainte des investisseurs. Pour éviter ces soubresauts, de nombreuses normes ont été mises au point, le FMI étant pour sa part chargé de la transparence des finances publiques. Le Fonds a par ailleurs créé de nouvelles facilités de crédit, qui permettent à des Etats dits vertueux de pouvoir se défendre lorsque leurs monnaies sont attaquées. Malgré tout, le FMI est attaqué à gauche par la plupart des altermondialistes, qui voient en lui le bras armé du capitalisme libéral, et par les néolibéraux, qui le considèrent au contraire comme une bureaucratie inutile dans un système autorégulé par le marché.

Ultime foire d’empoigne à l’OMC

Baisse tes droits de douane ! Et toi, diminue tes subventions ! Le cycle de négociations de Doha, commencé en 2001, pourrait aboutir en septembre. Ou non.

Le 17 juillet dernier, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a fait une dernière tentative pour sortir de l’impasse les négociations sur le commerce mondial en demandant aux Etats-Unis et à l’Europe de diminuer leurs taxes sur les importations agricoles en échange d’un meilleur accès aux marchés de l’Inde, du Brésil et d’autres pays en développement. Cette proposition, esquissant d’éventuels compromis entre les 150 pays participant au cycle de Doha, a été publiée par la direction de l’OMC, à Genève. Pour Pascal Lamy, le directeur général de l’Organisation, il s’agit de piquer au vif les négociateurs en proposant des compromis extrêmement ambitieux auxquels ils s’opposaient farouchement, notamment parce qu’ils ne voyaient pas les autres en faire en contrepartie. On ne saura pas avant septembre si ces nouvelles propositions porteront leurs fruits, précise le Français.

L’AGRICULTURE RESTEUNE POMME DE DISCORDE
Le gouvernement Bush a réagi avec prudence à ce document, qui appelle les Etats-Unis à diminuer leurs subventions agricoles - qui faussent les échanges commerciaux en améliorant la compétitivité des produits américains - pour les ramener dans une fourchette annuelle de 13 milliards à 16,5 milliards de dollars. La dernière offre de Washington s’établissait à 17 milliards. En 2005, 19,7 milliards de subventions ont été versés aux agriculteurs américains, un chiffre tombé à 12 milliards en 2006 en raison de l’augmentation des prix de l’alimentation. Mais les Américains soutiennent que ces aides ont déjà été bien supérieures par le passé. La proposition de l’OMC ramènerait également le droit de douane américain le plus élevé, sur les importations de produits manufacturés, à moins de 8 % au lieu des 58 % pratiqués. Pour l’Europe, le plus élevé tomberait sous les 7 %, contre 26 %. Les barrières douanières de l’Inde sur les produits manufacturés importés diminueraient également, pour s’établir à environ 15 %, contre 19 % en moyenne, et celles du Brésil à 9 %, au lieu de 11 %.
Selon un fonctionnaire américain au commerce qui souhaite garder l’anonymat, le texte proposé est “raisonnablement ambitieux” pour toutes les parties, mais il faudra encore beaucoup de travail pour donner corps aux propositions. L’OMC demande également à l’Europe et au Japon de baisser leurs barrières douanières sur les produits agricoles, et appelle l’Inde, le Brésil et d’autres pays en développement “avancé” (autrement dit, ceux qui sont déjà de gros exportateurs) à baisser leurs droits de douane, tant industriels qu’agricoles.
A l’instar des Américains, les Européens et d’autres participants ont accueilli avec prudence les propositions de l’OMC, élaborées par les deux grands médiateurs de l’organisation, le Néo-Zélandais Crawford Falconer, qui préside les négociations sur l’agriculture, et le Canadien Don Stephenson, chargé des produits manufacturés. Rappelons-le, ce cycle de négociations ouvert en 2001 à Doha, au Qatar, a pour objectif d’ouvrir les marchés des pays riches, Etats-Unis et Europe essentiellement, aux exportations des pays les plus pauvres.
George Bush affirme avoir fait du cycle de Doha l’une de ses priorités internationales, mais les négociations piétinent depuis des années. L’été dernier, elles ont même été suspendues, après qu’Européens et Américains ont refusé d’abaisser leurs barrières agricoles autant que l’exigeaient les pays en développement.
Depuis, des efforts ont été faits afin de relancer les pourparlers, comme le mois dernier, à Potsdam, en Allemagne, où se sont réunis quatre des principaux protagonistes du cycle de Doha (Etats-Unis, Europe, Inde et Brésil). La tentative s’est plutôt mal terminée, Susan Schwab, la représentante américaine au Commerce, accusant l’Inde et le Brésil de faire machine arrière sur leurs propositions précédentes de réduction des barrières aux produits agricoles et manufacturés venus du Nord. Si ces deux pays rechignent à baisser leurs droits de douane dans le domaine industriel, estime-t-on, c’est parce qu’ils craignent que la Chine ne passe à l’offensive et écrase leurs nouvelles industries - on sait que la concurrence chinoise a déjà fait beaucoup de tort aux pays développés.
Susan Schwab n’a pas mâché ses mots, affirmant que les barrières commerciales des Brésiliens et des Indiens nuisaient moins aux pays riches qu’aux 60 à 70 pays les plus pauvres de la planète, pour beaucoup en Afrique. Furieux, New Delhi et Brasília ont rappelé que les Etats-Unis maintenaient leurs aides agricoles à un niveau élevé. A en croire certains responsables, les deux pays émergents étaient prêts à baisser leurs droits de douane, mais ils ont renoncé en raison du comportement des Américains et des Européens, jugés intransigeants.

Steven R. Weisman
The New York Times
L’architecture de la finance mondiale, mise en place en 1944 à Bretton Woods, a vécu. Le Fonds monétaire a parfois failli. La Banque mondiale voit son rôle amoindri. Quant à l’Organisation mondiale du commerce, elle ne parvient pas à clore les négociations entamées à Doha en 2001 sur l’agriculture et les produits manufacturés

La crise impliquant Paul Wolfowitz s’est terminée mi-mai avec la démission du président de la Banque mondiale. Mais ...

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V

- n° 872 - p.27 à p.28

En juin, les Vingt-Sept parvenaient à un compromis qui, de facto, enterrait la Constitution. Pour El País, ce texte abscons et antidémocratique est néanmoins une chance pour l’avenir. Explications.

A partir du 23 juillet prochain se tiendra une Conférence intergouvernementale (CIG) express de l’Union européenne. Autrement dit, une réunion qui devra mettre la dernière main aux traités de l’Union européenne, qui viendront se substituer à la Constitution honnie. Des textes qui sont censés être signés en octobre. Enfin, nous verrons bien. Le 23 juin dernier, lors de leur dernier sommet, les 27 dirigeants européens ont donné à leurs ministres-rédacteurs un mandat limité, leur laissant une très faible marge de manœuvre. Ils ont trouvé un compromis au forceps. L’accord préserve l’essentiel des nouveautés qu’apportait la Constitution, ce qui n’est pas rien. Mais, d’un autre côté, le prix à payer est plutôt élevé. Jugez-en donc :

Une demi-vérité : la Constitution n’existe plus

Le texte qui concluait le sommet du 23 juin est le pire de toute l’histoire européenne. Il commence, comme pour l’apôtre Pierre, par trois reniements pour dire que la Constitution est morte. Les leaders s’en expliquent : “On a renoncé au concept constitutionnel, qui consistait à remplacer tous les traités en vigueur par un texte unique appelé Constitution.” Or c’est à moitié faux : le projet constitutionnel était plus qu’un texte unique. C’était une volonté politique, une hiérarchie normative claire, l’idée d’un grand bond en avant. Mais les leaders enfoncent le clou par un deuxième reniement : les deux traités qui seront adoptés (baptisés respectivement Traité de l’Union européenne [TUE] et Traité sur le fonctionnement de l’Union) “n’auront pas un caractère constitutionnel”. Ça, c’est ce qu’ils disent…
La Cour de Luxembourg [ou Cour de justice des communautés européennes] et les experts sont loin d’en être convaincus. Tous les traités communautaires revêtent un certain caractère constitutionnel. “Sur des aspects essentiels, la Communauté européenne a évolué et se comporte comme si son texte fondateur n’était pas un traité international, mais […] une charte constitutionnelle”, écrivait dès 1997 le juriste Joseph Weiler, spécialiste du droit européen. Troisième reniement des chefs d’Etat et de gouvernement : dans les traités à réformer, “le terme de Constitution ne sera pas employé”. C’est là la seule vérité pleine et entière. La terminologie qui s’y rapporte ne sera pas utilisée non plus : “ministre” des Affaires étrangères, “loi” et “loi-cadre” (au lieu de “directives” et de “règlements”). Foin de symboles comme l’hymne ou le drapeau… Tout sera en demi-teintes : la même chose, mais habillé différemment. L’Union aura toujours son drapeau bleu piqueté de douze étoiles et son hymne (l’Ode à la joie de Beethoven), adoptés en 1984 lors du sommet de Fontainebleau. Cette castration symbolique peut toutefois jouer un sale tour à ceux qui l’ont perpétrée. Une sorte d’effet boomerang.
En effet, le ministre des Affaires étrangères se voit retirer ce titre (même s’il conserve les nouveaux pouvoirs que lui attribuait la Constitution) et sera désormais appelé “haut représentant”. Mais, parmi tant de présidents et de Premiers ministres, le titre de haut représentant pourrait suffire à le singulariser. En outre, cela rappelle la belle idée des pères fondateurs de baptiser “Haute Autorité” l’exécutif européen, aujourd’hui Commission européenne. Avec tout cela, que perd-on ? Le contenu de la Constitution ? Même pas : on séquestre simplement son parfum, son apparence, son élan. Son âme.

Simplifier pour mieux compliquer

Un minitraité ? Allons donc ! Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du Luxembourg, a résumé la situation avec ironie : ce seront des traités “simplifiés, très compliqués”. Oubliées la brièveté et la simplicité. Ces monstres-là seront bien plus baroques que ne l’était le Traité constitutionnel, pourtant si critiqué pour sa longueur. Désormais, nous aurons 17 traités, plus des dizaines de protocoles, de même valeur juridique. Une jungle. La Constitution contenait 448 articles. C’était déjà beaucoup. On va encore les multiplier. Certains estiment que l’ensemble constitué par le droit originaire [ou droit communautaire primaire] comportera 2 800 articles. Ingérables, dispersés dans un maquis de textes de toutes origines, moins cohérents techniquement que le dispositif qu’on vient de mettre au rancart.
Tout cela revient à tirer un trait sur l’esprit de la Constituante contenu dans la Déclaration de Laeken de décembre 2001. “Il faut rapprocher les institutions européennes du citoyen”, clamaient alors les mêmes. Qui par ailleurs critiquaient “la prolifération” de traités “disséminés” et décidaient leur “simplification”. Aujourd’hui, ils font exactement le contraire de ce qu’ils avaient alors promis et même signé trois ans plus tard.

Pour couronner le tout, le mandat donné à la nouvelle CIG est aussi le plus obscur de l’histoire de l’Union. Je vous défie de le lire en entier ! Il s’étale sur 14 pages qui sont un modèle d’opacité. Les articles de la Constitution répudiée qui sont aujourd’hui repris ou reformulés n’y sont même pas cités par leur numéro (sauf dans les annexes) : ils sont remplacés par un astérisque et il est fait évasivement allusion aux “dispositions adoptées lors de la CIG de 2004”. Un tel degré de dissimulation, c’est se moquer du monde, purement et simplement.

Des suppressions qui n’en sont pas

De nombreuses avancées constitutionnelles sorties par la porte sont réintroduites par la fenêtre. Un sauvetage qui ne veut pas dire son nom. Exemples :
Le nouveau TUE voit disparaître les 144 articles de la Charte des droits fondamentaux, pour le plus grand bonheur des Britanniques, des Polonais et autres eurosceptiques. Mais qu’ils ne se réjouissent pas trop vite. La Charte, l’une des innovations politiques les plus brillantes du Traité constitutionnel, est préservée. Elle entrera en vigueur dans son intégralité, bien qu’elle figure presque clandestinement dans le nouveau TUE. Il y sera fait référence dans un seul article, qui en revanche “lui conférera un caractère juridiquement contraignant”. A condition de ne pas la dénaturer.
On a retiré la mention selon laquelle le marché intérieur serait créé en instaurant “un régime garantissant une concurrence non faussée”. Mais cette dernière ressuscite sous forme de protocole, ce qui est aussi efficace qu’un traité. Cette ablation de pure forme, réclamée par Nicolas Sarkozy pour que la Constitution ne soit plus taxée de libéralisme (alors qu’il s’agissait d’un héritage du traité de Rome, lequel date de 1957 !), n’augure rien de bon. La nouvelle France, si libérale, se rallie ainsi au protectionnisme conservateur (du monde agricole et des grandes sociétés). Il laisse le libéralisme bien compris au marché du travail.

Les états reprennent leurs droits sur les citoyens

Le mandat confié à la CIG ne précise pas si le rééquilibrage entre Etats et citoyens que proposait la Constitution est maintenu : celle-ci concevait l’UE comme un contrat entre ces deux parties. Malgré une poisseuse rhétorique “citoyenniste”, les réformes ne donnent le beau rôle qu’aux Etats. D’où l’abandon de l’initiative audacieuse de la Convention. Les représentants de la société civile y avaient participé au côté des politiques. La démocratie y avait beaucoup gagné. Aujourd’hui, on revient à la méthode CIG, diplomatique et interétatique. Comme la méthode détermine le résultat, les textes reflètent de multiples prudences des Etats. Ainsi la pathétique proposition britannique, qui insiste pour que le futur haut représentant ne puisse pas prendre la place de Paris et de Londres au Conseil de sécurité de l’ONU.
Les 14 pages produites lors du dernier sommet psalmodient une vingtaine de principes qui redonnent des couleurs aux Etats et corsettent l’Union. Ces derniers pourront récupérer les compétences que l’UE cessera d’exercer ; les limites strictes de certains articles “seront respectées” ; “en particulier, la sécurité nationale restera du ressort exclusif de chaque Etat membre” ; “l’Union agira exclusivement dans les limites des compétences que lui attribuent les Etats membres” (cet “exclusivement” est grave, car il sape l’expansion du droit communautaire par voie jurisprudentielle).
Et, surtout, on ouvre la voie à la renationalisation des politiques communes, en s’assurant que tous les traités puissent être révisés “pour accroître ou réduire” les compétences attribuées à l’Union. Enfin, la subsidiarité (principe de gestion des affaires publiques par l’échelon administratif le plus pertinent) avance plus vers le bas que vers le haut : elle s’empare des parlements nationaux pour faire obstruction à une initiative législative de Bruxelles.
Les mesures restrictives, les clauses d’exemption (opting-out) ou de réserve (de type Ioannina : renforcement jusqu’en 2017 de certaines minorités de blocage), sans parler des clauses de rendez-vous (le système de la double majorité Etats-citoyens est reporté à 2014), tout cela trahit l’angoisse d’un club de dirigeants européens mis à mal par une minorité nationaliste (les Blair, Kaczynski et compagnie).
L’essentiel est sauf

Malgré ces reculs, pratiqués par certains chefs de gouvernements vis-à-vis d’une Constitution qu’ils ont eux-mêmes signée, l’essentiel a tout de même pu être sauvé. Les deux grands élargissements de compétences sont maintenus : en politique extérieure (avec les nouveaux pouvoirs du haut représentant et un service diplomatique commun, mais pas unique, ce à quoi certains trouveront à redire) et en matière de liberté, de sécurité et de justice. Cela va dans le sens du désir des citoyens de voir l’Europe jouer un rôle important dans le monde et devenir un espace plus sûr. Autres acquis maintenus : l’efficacité juridique de la Charte, qui élargit les droits (sauf pour le Royaume-Uni, le pauvre chéri), la démocratie participative et l’initiative populaire (avec 1 million de signatures, on peut demander à la Commission de légiférer), la visibilité (par la nomination d’un président du Conseil européen), une plus grande efficacité (avec la suppression de l’unanimité, remplacée par la majorité qualifiée dans une cinquantaine de domaines, de quoi éviter la paralysie de l’Union), le renforcement démocratique (codécision renforcée) du Parlement européen…
Mais on ne se contente pas de maintenir l’acquis. Les compétences communes sont élargies, notamment en ce qui concerne l’approvisionnement énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique. Et l’on désamorce certaines crises en rendant plus automatiques les coopérations renforcées (d’un groupe de pays qui voudraient avancer plus vite que les autres) sur des questions essentielles, comme la police et la justice pénale.
En somme, les référendums français et néerlandais avaient pris la foi européenne en otage - une sorte d’Enlèvement d’Europe. Puis, sous la houlette de l’Espagne et du Luxembourg, les 18 pays qui avaient ratifié la Constitution ont négocié sa libération. Mais rien n’empêche les plus europhiles des Etats membres d’établir une coopération politique renforcée, de facto, pour réintroduire ce qui manque. Si l’Espagne a beaucoup œuvré pour la Constitution (comme pionnière de sa ratification par référendum, puis pour sa résurrection, après tant d’avis de décès), elle peut et doit continuer aujourd’hui à la défendre. Et ce sera indispensable, car la ratification des nouveaux textes ne va pas être une partie de plaisir : les gouvernements vont changer et des référendums seront à nouveau organisés, qui provoqueront peut-être de nouvelles frayeurs.

* Directeur adjoint de la rédaction d’El País.

Xavier Vidal-Folch*
El País

Calendrier
23 juillet 2007
Ouverture à Lisbonne de la Conférence intergouvernementale chargée de rédiger le nouveau traité européen.

18-19 octobre
Réunion des chefs d’Etat et de gouvernement à Lisbonne, au cours de laquelle ils espèrent signer le traité.

12 et 13 décembre
Conseil européen à Bruxelles, deuxième occasion de signer le traité s’il ne l’a pas été en octobre.

2008
La Slovénie puisla France assurent la présidence tournante de l’UE.

Juin 2009
Elections européennes, avant lesquelles les Vingt-Sept devraient avoir ratifié le traité.



En juin, les Vingt-Sept parvenaient à un compromis qui, de facto, enterrait la Constitution. Pour El País, ce texte abscons et antidémocratique est néanmoins une chance pour l’avenir. Explications.

A partir du 23 juillet prochain se tiendra une Conférence intergouvernementale (CIG) express de l’Union européenne. Autrement dit, une réunion qui devra mettre la dernière main aux traités de l’Union européenne, qui viendront se substituer à la ...

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V

- n° 872 - p.30

Immobilier tentaculaire, bureaucratie étouffante : les Roumains, derniers arrivés dans l’UE, découvrent à marche forcée le fonctionnement de l’Union.

Les institutions européennes… On ne peut s’en faire une idée qu’une fois sur place, à Bruxelles. Dans la rue de la Loi, on tombe d’abord sur un mastodonte de douze étages, sur lequel est écrit en grand Commission européenne. Pourtant, ce bâtiment n’héberge que le centre d’information de la Commission. De chaque côté s’alignent d’autres grands bâtiments, arborant tous le logo de la Commission. Le siège principal est un mastodonte de verre et d’acier, en forme de Y, aussi long que la distance entre deux stations de tramway à Bucarest. Et ce n’est pas tout ! La rue de la Loi n’accueille que quelques-uns des 96 bâtiments qui, à Bruxelles, abritent les bureaux de la Commission. A côté se trouvent les bâtiments d’autres institutions : le Parlement européen, le Comité économique et social, le Comité des régions, entre autres.
Au siège du Comité économique et social, un immeuble modeste comparé au siège de la Commission, on peut chercher un bureau pendant des heures. L’immeuble est si étendu et si complexe que ce n’est qu’en y entrant qu’on comprend le véritable sens du mot “labyrinthe”. Et l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie a accru le nombre de fonctionnaires. L’espace étant devenu insuffisant, le Comité doit bientôt coloniser l’immeuble d’à côté, un ancien bâtiment du Parlement européen, qui, à son tour, s’étendra ailleurs…
Le “choc immobilier” n’est cependant qu’un petit frisson par rapport aux sensations que procure la découverte de la bureaucratie européenne. Lorsque l’on parcourt un document - proposition ou requête, par exemple -, le plus difficile à comprendre, ce sont ces fameuses “normes” européennes, élaborées pendant des années. Si ce qui est couché sur le papier respecte ces “normes”, le document passe sans problème de fonctionnaire en fonctionnaire. Pour le commun des mortels, son contenu reste du charabia. Et il ne s’agit pas uniquement de l’utilisation de cette “eurolangue” (un mélange d’anglais et de français), mais d’un mode d’expression propre aux documents européens, une sorte de langue de bois faisant qu’un texte, qui à première vue ne semble contenir aucune information utile, devient une mine d’or pour les connaisseurs.
Pour le Roumain moyen, les règles de l’Union européenne ne signifient que quelques directives à respecter. C’est faux : la quantité de réglementations discutées à Bruxelles est accablante. Le Comité chargé de cette question, une institution qui réunit des représentants des patrons, des syndicalistes et des ONG de toute l’Europe, “produit” par exemple quelque 150 avis et propositions par an. Et ce dans les domaines les plus divers, de la législation du travail à la manière optimale d’installer les rétroviseurs sur les tracteurs. Chaque décision peut engendrer des gains ou des pertes importantes en affaires. C’est pour cette raison qu’en parallèle des institutions européennes s’est créée une autre structure informelle, celle des lobbyistes, qui emploie des milliers de personnes.
Dans cette fourmilière, les Roumains semblent être à la traîne. Depuis janvier, outre des eurodéputés observateurs, nous avons quelques représentants dans le Comité économique et social ainsi que dans le Comité des régions (des élus locaux). Certains se rendent à peine compte de la manière dont fonctionnent les choses, d’autres se sont déjà fait rappeler à l’ordre par les plus anciens. Mais tous se plaignent du manque d’intérêt manifesté en Roumanie pour leur travail. Alexandru Mortun raconte : “Depuis janvier, date à laquelle je suis devenu vice-président de la Commission de l’environnement du Parlement européen, une dizaine de lobbyistes ont frappé à ma porte. Il n’y avait aucun Roumain parmi eux, mais cela ne m’a pas surpris. Plus grave, en revanche : au pays, au ministère de l’Environnement, on discute stratégie sur stratégie sans qu’un seul fonctionnaire ait pensé à m’appeler pour savoir ce qui est d’actualité dans les débats que les institutions européennes mènent sur le sujet ! Pis encore, un collègue du Parlement roumain m’a demandé récemment si je connaissais un officiel haut placé au Parlement européen, afin qu’il lui soumette une proposition. Je lui ai demandé : ‘Le vice-président de la Commission de l’environnement te semble-t-il être assez haut placé ?’ ‘Oui’, a-t-il répondu. ‘Eh bien, donne-moi cette proposition ; le vice-président, c’est moi’, lui ai-je dit.”

FINANCES

Contributeurs et bénéficiaires
Dans les négociations budgétaires communautaires, le débat entre contributeurs nets et bénéficiaires finit toujours par resurgir entre les Etats membres.
Car différentes politiques européennes, comme la politique agricole commune (PAC) ou les actions structurelles pour la cohésion et le développement régional, bénéficient davantage à certains Etats qu’à d’autres.
C’est dans ce cadre que le Royaume-Uni a obtenu un rabais en 1984, c’est-à-dire que Londres se voit “rembourser” environ les deux tiers de l’excédent de sa contribution à l’UE. Et c’est dans ce cadre également que l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède ont obtenu en 1999 de ne financer qu’un quart de ce rabais, car eux aussi sont contributeurs nets à l’Union européenne.
Cette tendance aurait pu s’aggraver avec l’élargissement en 2004 à des Etats plus pauvres, mais le bilan de cette année-là indique que les équilibres n’ont pas été fondamentalement modifiés.
En 2004, le principal bénéficiaire des fonds de l’UE a été l’Espagne, avec 16,4 milliards d’euros, devant la France (12,9 milliards), l’Allemagne (11,7 milliards) et le Royaume-Uni (7,1 milliards).
En termes de pourcentage de revenu national brut, c’est la Grèce qui a le plus bénéficier de l’argent communautaire, avec 3,52 % de son PIB, devant le Portugal (3,35 %), la Lituanie (2,81 %), l’Estonie (2,50 %) et la Lettonie (2,46 %).




Immobilier tentaculaire, bureaucratie étouffante : les Roumains, derniers arrivés dans l’UE, découvrent à marche forcée le fonctionnement de l’Union.

Les institutions européennes… On ne peut s’en faire une idée qu’une fois sur place, à Bruxelles. Dans la rue de la Loi, on tombe d’abord sur un mastodonte de douze étages, sur lequel est écrit en grand Commission européenne. Pourtant, ce bâtiment n’héberge que le centre d’information de la ...

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- n° 872 - p.27 à p.30

Monnaie, justice, défense : dans ces domaines, des noyaux durs existent déjà. Mais les divergences entre Etats empêchent une intégration plus poussée.

L’idée d’un “noyau dur européen” a été lancée en fanfare en 1994 par deux chrétiens-démocrates allemands, Wolfgang Schaüble et Karl Lamers. Ils ont plaidé pour la formation d’un groupe de pionniers qui “attirerait tel un aimant” les Etats plus hésitants. Ils ont proposé qu’en fassent partie les cinq membres jugés prêts pour l’Union monétaire : la France, l’Allemagne et les trois pays du Benelux.
Lamers reconnaît aujourd’hui que son ancien noyau ne marcherait plus, ne serait-ce que parce que les électeurs néerlandais ont rejeté le projet de Constitution européenne en 2005 [et que les Pays-Bas continuent à se tenir en retrait de l’UE]. Peut-être, suggère-t-il avec espoir, l’Italie, la Finlande, l’Autriche et l’Espagne rejoindraient-elles la France, l’Allemagne, la Belgique et le Luxembourg dans un nouveau noyau dur ? Peut-être, mais pour faire quoi ? A Bruxelles, un consensus s’est créé autour de trois domaines qui seraient mûrs pour aller de l’avant. Pourtant, dans la pratique, aucun de ces domaines ne connaîtra d’avancée, en raison des querelles entre les différents pays dont la participation serait nécessaire pour rendre le noyau dur crédible.
Le premier porte sur une meilleure coordination de leurs politiques économiques par les membres de la zone euro. Une perspective toujours hautement improbable, à cause des divergences franco-allemandes sur le degré de contrôle accordé aux responsables politiques en matière de politique économique. Pour l’heure, inutile d’y penser : le nouveau président français, Nicolas Sarkozy, a fait la quasi-unanimité contre lui au sein de la zone euro en demandant plus d’ingérence politique et plus de souplesse dans l’application de la réglementation afin de favoriser la croissance économique.

“S’il était facile de former des groupes pionniers, ce serait fait”

Une deuxième idée serait de créer un noyau dur pour coopérer sur des sujets comme la justice et l’immigration. Mais le gros du travail faisable dans ce domaine a déjà été accompli. Le contrôle des frontières a été fortement réduit dans la majeure partie de l’ancienne UE (sauf au Royaume-Uni et en Irlande). Les vingt-sept Etats membres se sont accordés sur le principe des mandats d’arrêt dans l’ensemble de l’Union pour les personnes suspectées de graves délits. Les prochaines mesures sont soit trop difficiles à prendre, même pour les plus déterminés (par exemple, la mise en place d’un système judiciaire unique), soit trop insignifiantes pour faire partie des fondations d’une Europe à deux vitesses.
Reste un troisième domaine : la défense. Qu’on imagine, se prend à rêver Lamers, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Belgique et l’Autriche bâtir le “noyau commun” d’une armée européenne. “Il pèserait d’un poids incroyable.” Mais, dans le monde réel, seuls deux membres et demi de l’UE disposent de capacités militaires sérieuses : le Royaume-Uni, la France, le demi étant une Allemagne paralysée par le pacifisme de l’après-guerre. Même les chefs militaires français doutent : un officier estime que créer une armée européenne sans intégration politique totale équivaudrait à “mettre la charrue devant les bœufs”.
Au final, conclut un responsable allemand, “s’il était facile de former un groupe pionnier, cela aurait été déjà fait depuis des années”. Alors, une Europe à deux vitesses relèverait-elle de l’impossible ? Pas tout à fait. Les Européens ont discuté de ce qui arriverait au cas (certes peu probable) où, pour des raisons de politique intérieure, le nouveau Premier ministre britannique Gordon Brown devrait organiser un référendum sur le nouveau traité. Si les Britanniques disaient non, l’Europe ne saurait pas où elle irait. Et à Bruxelles, continuer à faire avancer l’UE d’un même pas deviendrait sans doute la dernière cause perdue.
Monnaie, justice, défense : dans ces domaines, des noyaux durs existent déjà. Mais les divergences entre Etats empêchent une intégration plus poussée.

L’idée d’un “noyau dur européen” a été lancée en fanfare en 1994 par deux chrétiens-démocrates allemands, Wolfgang Schaüble et Karl Lamers. Ils ont plaidé pour la formation d’un groupe de pionniers qui “attirerait tel un aimant” les Etats plus hésitants. Ils ont proposé qu’en fassent partie les ...

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L'ONU en bref | Courrier International 12/07/07

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- n° 871 - p.27 à p.30

192 membres.

• Un traité : la charte des Nations unies est un traité international qui énonce les principes de base des relations entre les pays. L’ONU ne légifère pas. Mais chaque nouveau membre en accepte les obligations.


• Six organes principaux :
1. Le secrétariat, aujourd’hui dirigé par Ban Ki-moon ;

2. L’Assemblée générale : tous les membres de l’ONU y sont représentés et disposent d’une voix et d’un vote. Elle se réunit en session ordinaire de septembre à décembre, et en session extraordinaire en cas d’urgence.

3. Le Conseil de sécurité : il peut se réunir à tout moment et est responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Aucune décision ne peut être prise en cas de vote négatif ou de véto d’un des cinq membres permanents (Chine, Etats-Unis, Fédération de Russie, France et Royaume-Uni).

4. Le Conseil économique et social œuvre à la coopération internationale pour le développement en coordonnant les activités économiques et sociales de l’ONU.

5. La Cour internationale de justice, est le principal organe judiciaire des Nations unies. Elle statue sur les différends entre pays.

6. Le Conseil de tutelle est un organe en sommeil. Créé pour surveiller le passage à l’autonomie ou à l’indépendance de 11 territoires sous tutelle, sa mission est achevée. Il se compose des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Pour aller plus loin : (un.org.french)

CHRONOLOGIE

L’ONU en sept dates
24 octobre 1945
Naissance de l’Organisation des Nations unies (ONU), qui succède à la Société des nations (SDN), et entrée en vigueur de la Charte, élaborée par cinquante Etats. La SDN est officiellement dissoute en juillet 1947.

10 décembre 1948
Adoption, par l’Assemblée générale, de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

4 novembre 1956
Création, pour faire face à la crise du canal de Suez, de la première force de maintien de la paix de l’ONU, la Force d’urgence des Nations unies (FUNU).

14 décembre 1960
Vote de la résolution 1514, sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux.

29 novembre 1990
Le Conseil de sécurité autorise le recours à la force contre l’Irak à la fin de l’ultimatum (15 janvier 1991) lancé à la suite de l’invasion du Koweït, le 2 août. Treize ans plus tard, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1441, qui définit les conditions d’un éventuel recours à la force en Irak. Les Etats-Unis passent outre cette résolution en lançant l’opération Iraqi Freedom en mars.

12 septembre 2001
A la suite des attaques du 11 septembre à New York, le Conseil de sécurité reconnaît aux Etats-Unis le droit de légitime défense, qui sera exercé à partir du 7 octobre contre le régime taliban.

28 juin 2006
Admission de la république du Monténégro, qui devient le 192e pays membre.
Sources : Nations unies,Documentation française







Kofi Annan
Secrétaire général de l’ONU pendant dix ans, Kofi Annan a achevé sa mission le 31 décembre 2006. Originaire du Ghana, M. Annan était entré dans le système des Nations unies dès 1962, démarrant sa longue carrière à l’ONU par l’OMS. Avant la consécration suprême, il a occupé le poste de secrétaire général adjoint aux Opérations de maintien de la paix de mars 1993 à décembre 1996. Le 10 décembre 2001, il a reçu le prix Nobel de la paix.







Ban Ki-moon
Originaire de la république de Corée, dont il était le ministre des Affaires étrangères depuis janvier 2004, Ban Ki-moon, 63 ans, a été élu huitième secrétaire général des Nations unies le 1er janvier dernier, en remplacement de Kofi Annan. Il avait déjà travaillé pour l’ONU, occupant en 2001-2002 le poste de chef de cabinet du président de l’Assemblée générale.








192 membres.

• Un traité : la charte des Nations unies est un traité international qui énonce les principes de base des relations entre les pays. L’ONU ne légifère pas. Mais chaque nouveau membre en accepte les obligations.


• Six organes principaux :
1. Le secrétariat, aujourd’hui dirigé par Ban Ki-moon ;

2. L’Assemblée générale : tous les membres de l’ONU y sont représentés et disposent d’une voix et d’un vote. Elle se réunit en ...

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- n° 871 - p.30

S’il est bien un domaine où les Nations unies ont prouvé leur efficacité, c’est celui de la lutte contre les pandémies. Un nouveau traité donne à l’OMS davantage de moyens face aux Etats.

Avec ses grands écrans et ses liaisons satellite avec le monde entier, ce centre de commandement a des airs de quartier général d’une vaste campagne militaire. Chaque matin, des réunions stratégiques ont lieu pour élaborer les prochaines tactiques, et des cellules d’intervention d’urgence sont envoyées au bout du monde sur ordre du commandant. En l’occurrence, ce poste de commandement n’obéit pas à un général, mais à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), agence onusienne dont le siège se trouve à Genève, chargée de surveiller les épidémies et de réagir au danger qu’elles représentent. Ces dernières années, l’OMS est parvenue à circonscrire plus de soixante-dix foyers infectieux qui auraient pu déclencher de graves crises mondiales. Si ces foyers ne sont pas localisés à un stade précoce et les souches de virus envoyées à des chercheurs du monde entier, on risque chaque fois une pandémie semblable aux grippes qui ont fait tant de ravages au siècle passé.
Cela semble évident, mais, en pratique, les pays n’aident pas toujours l’OMS dans sa mission. En 2002, lorsque la pneumonie atypique baptisée SRAS a fait son apparition en Chine, les autorités ont cherché à en masquer les signes précoces de crainte que cela ne nuise au commerce et au tourisme. Plus récemment, l’Indonésie s’est trouvée à l’origine d’un différend plus problématique, soulevant des questions épineuses sur l’équilibre économique mondial. L’année dernière, les Indonésiens ont en effet cessé de transmettre à l’OMS des échantillons du virus H5N1, responsable de la grippe aviaire, une maladie qui a nécessité un abattage massif des volailles dans de nombreux pays et qui pourrait causer une épidémie dévastatrice chez l’homme si le virus mutait. L’Indonésie s’est attiré quelques sympathies en déplorant de devoir céder certains éléments de propriété intellectuelle alors qu’elle a peu de chances de pouvoir se payer les vaccins mis au point. L’OMS ne pouvait pas grand-chose contre la décision de Jakarta.
Mais l’agence onusienne a vu son pouvoir renforcé par un traité entré en vigueur le 15 juin dernier. Le nouveau “règlement sanitaire international” (RSI) contraint les gouvernements à coopérer avec Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS, et à lui notifier immédiatement les risques de pandémie. Si ce nouveau règlement fonctionne, il se traduira par “une révolution de la bonne gouvernance” dans la prévention des maladies, analyse David Fidler, de l’université de l’Indiana. Mais fonctionnera-t-il ? Les sceptiques ne manquent pas d’arguments. Le nouveau système ne prévoit aucun financement. Mais il présente un avantage par rapport à d’autres traités comme le protocole de Kyoto. A court terme tout au moins, Kyoto représente pour certains pays de lourdes charges financières, difficiles à justifier devant des électeurs ; en revanche, tout Etat a un intérêt évident et immédiat à éviter les épidémies.
Le nouveau texte exige que les pays informent Margaret Chan dans un délai de vingt-quatre heures de l’émergence de toute menace sanitaire mondiale, ce qu’ils sont nombreux à ne pas faire. Rompant avec les pratiques habituelles de l’ONU, l’OMS ne sera plus contrainte de se contenter des données fournies par les Etats membres : elle peut désormais recourir à des sources non gouvernementales, dont la presse et Internet. Si un pays tente de retenir des informations cruciales sur une épidémie potentielle, Margaret Chan pourra passer outre aux susceptibilités nationales et sonner l’alarme.
Tout cela ne résout en rien le problème soulevé par l’Indonésie. Les pays pauvres, où se déclarent la plupart des épidémies, ont rarement les infrastructures médicales et les capacités de production de vaccins qui leur permettraient de combattre l’apparition d’une grave maladie par leurs propres moyens : ils doivent s’en remettre à l’aide extérieure et faire importer des vaccins. Ils dénoncent ainsi l’exploitation de leur vulnérabilité par les grands laboratoires. Pourquoi les autorités indonésiennes devraient-elles remettre de précieuses souches de virus alors que celles-ci permettront de fabriquer un vaccin dont le pays ne bénéficiera sans doute pas ? Les Indonésiens n’ont pas tort. Incontestablement, la plupart des laboratoires fabriquant les vaccins contre les pandémies se trouvent dans les pays riches, qui ne sont même pas en mesure de les fabriquer dans des quantités suffisantes pour eux-mêmes. Toutefois, en mai dernier, lors d’une assemblée de l’OMS, les pays riches ont concédé que les pays pauvres devaient avoir accès aux vaccins susceptibles de sauver des vies en cas d’épidémie ; dès lors, l’Indonésie a à nouveau accepté de partager ses échantillons. Le 13 juin, Margaret Chan a annoncé la création de stocks mondiaux de vaccin contre la grippe aviaire grâce aux dons du britannique GlaxoSmithKline et d’autres laboratoires pharmaceutiques. Reste à savoir comment seraient répartis ces stocks stratégiques en cas d’épidémie d’ampleur planétaire.
Le nouveau règlement n’éclaire guère cette question. Le souhait de l’Indonésie et d’autres pays pauvres est d’accueillir des unités de production de vaccins sur leur propre territoire. L’OMS a déjà aidé quelques pays défavorisés à se doter de ce type de laboratoires, mais les technologies nécessaires sont complexes. Il n’est pas donné à tous les pays du monde d’avoir de telles officines, et ceux qui ont cette chance ne sont sans doute pas très disposés à en faire bénéficier leurs rivaux. Ce qui explique pourquoi la constitution de stocks et la création de nouveaux laboratoires ne sont au mieux que des réponses partielles au défi mondial.
La meilleure raison de prendre le RSI au sérieux est sans doute celle-ci : en empêchant les gouvernements de retenir des informations sur une épidémie, le règlement facilite l’innovation. Or l’innovation est une nécessité impérieuse : les vaccins actuels ne peuvent être produits en quantités suffisantes pour le monde entier et ils sont d’ores et déjà en retard sur l’évolution de certaines souches virales.


S’il est bien un domaine où les Nations unies ont prouvé leur efficacité, c’est celui de la lutte contre les pandémies. Un nouveau traité donne à l’OMS davantage de moyens face aux Etats.

Avec ses grands écrans et ses liaisons satellite avec le monde entier, ce centre de commandement a des airs de quartier général d’une vaste campagne militaire. Chaque matin, des réunions stratégiques ont lieu pour élaborer les prochaines tactiques, et des ...

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- n° 868 - p.40 à p.44

En 1997, le quotidien britannique The Independent avait fait campagne pour la dépénalisation du cannabis. Dix ans plus tard, il présente ses excuses à ses lecteurs. Pourquoi ce revirement ? Parce que le produit consommé aujourd'hui est nettement plus puissant qu'il y a quelques décennies. Et que des études récentes ont mis en évidence les risques que pouvait comporter cette substance pour la santé mentale. L'occasion de faire le point sur l'état des connaissances. En 1997, le quotidien britannique The Independent avait fait campagne pour la dépénalisation du cannabis. Dix ans plus tard, il présente ses excuses à ses lecteurs. Pourquoi ce revirement ? Parce que le produit consommé aujourd'hui est nettement plus puissant qu'il y a quelques décennies. Et que des études récentes ont mis en évidence les risques que pouvait comporter cette substance pour la santé mentale. L'occasion de faire le point sur ...

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- n° 865 - p.36 à p.50

Israël-Palestine 1967-2007

Quarante ans d’ambiguïté

Chronologie

BILAN • Notre arme de destruction massive

Aux sources du terrorisme

Nous avons bien trompé les Américains

Tom Segev : “Nous sommes toujours en 1967”

Une occupation courte, croyait-on

Nous autres, Arabes israéliens…

MÉFIANCE • Une cinquième colonne ?

INGERÉNCES • Faut-il pousser chaque Juif à se méfier de nous ?

“Nous aussi avons menti pour survivre”

Oublier le Moyen-Orient

Comme des Indiens dans leur réserve

IMPASSE • Les Palestiniens de Jérusalem ne sont pas à la fête

NAHUM BARNEA • Après l’angoisse, l’euphorie

LEILA SHAHID • Un défaut de modernité

FAROUK MARDAM BEY • Quand Paris soutenait Israël

ARIEH ELDAD • Un conflit de civilisations

DOMINIQUE EDDÉ • Ma sortie de l’enfance

ELIE BARNAVI • La part d’irrationnel du citoyen

NAHLA CHAHAL • 1967 m’a libérée de la langue de bois

YOSSI BEILIN • “J’ai cessé de croire en Dieu”
Israël-Palestine 1967-2007

Quarante ans d’ambiguïté

Chronologie

BILAN • Notre arme de destruction massive

Aux sources du terrorisme

Nous avons bien trompé les Américains

Tom Segev : “Nous sommes toujours en 1967”

Une occupation courte, croyait-on

Nous autres, Arabes israéliens…

MÉFIANCE • Une cinquième colonne ?

INGERÉNCES • Faut-il pousser chaque Juif à se méfier de nous ?

“Nous aussi avons menti pour survivre” ...

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V

- n° 864 - p.41 à p.57

Plus de 50% de l'humanité vit désormais dans des villes. En Chine, on voit surgir des mégapoles à partir de rien. De plus en plus de bidonvilles couvrent la planète.

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V

- n° 864 - p.10 à p.15

La lutte contre le réchauffement planétaire est devenue une priorité dans la plupart des pays occidentaux, et les biocombustibles semblent s'imposer comme la solutin idoine. Or la production d'éthanol ou de biodiesel ne va pas sans poser de problèmes : renchérissement des denrées alimentaires, accélération de la déforestation et dégradation des conditions de travail dans les régions productrices.

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- n° 859 - p.42 à p.44

Tenace et patient, le groupe japonais ne renonce jamais à ses objectifs. Tel un rouleau compresseur, il écrase lentement ses concurrents. Il sera bientôt le numéro un mondial du secteur.
En cette fraîche matinée de janvier, au Centre des congrès de Detroit, une petite meute de journalistes passait d’un stand à l’autre au gré des présentations. Les principaux constructeurs automobiles du monde dévoilaient ce jour-là leurs nouveaux modèles. Des PDG, comme Rick Wagoner de General Motors (GM), présentaient des voitures électriques comme la Chevy Volt, qu’il n’est pas possible de produire en série - en tout cas pas avant que la technologie des batteries ait suffisamment évolué -, mais qu’il est facile de pousser sur un podium devant un parterre de photographes. On en aurait presque oublié que GM a affiché 10,6 milliards de dollars de pertes en 2005 ou que Ford envisage de supprimer 30 000 emplois.
Vers midi, la foule attendait que Toyota présente la dernière (et la plus grosse) version de son nouveau pick-up, le Tundra. Cela faisait plusieurs mois que je suivais Toyota ; j’avais visité l’usine d’assemblage du Tundra à San Antonio, le siège des ventes de l’entreprise près de Los Angeles, le siège administratif de Manhattan et l’usine de la Toyota Camry, près de Lexington dans le Kentucky. J’en étais arrivé à la conclusion qu’à part quelques rappels de pièces défectueuses (situation inhabituelle et humiliante pour le constructeur) Toyota est l’une des plus solides entreprises qui soient.
Les performances réalisées par le groupe l’an dernier, sur un marché automobile pourtant essoufflé, sont si éclatantes, si énormes qu’elles semblent ne pas avoir d’équivalent, en tout cas dans le monde de l’industrie. Un exploit comparable, peut-être, à celui d’une équipe de base-ball qui remporterait 150 matchs sur 162. Selon ses prévisions de production pour 2007 - 9,34 millions de voitures et camions -, la marque japonaise devrait bientôt supplanter GM comme premier constructeur mondial d’automobiles. En 2006, Toyota a affiché un bénéfice net annuel de 11,6 milliards de dollars, et sa capitalisation boursière (c’est-à-dire la valeur de l’ensemble de ses actions) frôlait 240 milliards de dollars - soit plus que celle de GM, Ford, DaimlerChrysler, Honda et Nissan réunis.
A Detroit, lorsque le Tundra apparut enfin sur scène, Jim Lentz, l’un des responsables de l’entreprise pour l’Amérique du Nord, annonça à la salle bondée que ce véhicule “changeait tout” pour Toyota. La recherche, la conception, la mise au point et l’assemblage avaient été réalisés aux Etats-Unis. Et, selon la présentation qu’en fit Lentz, le Tundra était le plus robuste, le plus musclé et le plus viril des pick-up jamais conçus. Cinquante ans après avoir pris pied aux Etats-Unis, Toyota considère le Tundra non seulement comme un nouveau modèle, mais aussi comme l’aboutissement d’un demi-siècle d’expérimentations, d’échecs et de résurrections. Et, comme le sait quiconque connaît un tant soit peu l’histoire de la marque, l’entreprise nippone ne lance jamais d’initiative irréfléchie ou de promesse en l’air.
Grand, mince, natif du Midwest, Jim Press est président de Toyota Motor North America. Plus de la moitié des bénéfices du groupe sont réalisés ici, et les succès de la marque aux Etats-Unis et dans le monde sont intimement liés. C’est Jim Press qui a ouvert le marché nord-américain à Toyota. Il a aussi contribué à faire de la Camry la voiture la plus vendue aux Etats-Unis, et de la Lexus le modèle de luxe le plus populaire du pays. Lorsqu’il a démarré sa carrière, Ford, GM et Chrysler monopolisaient les ventes de véhicules aux Etats-Unis. Dans les statistiques, les modestes performances de Toyota apparaissaient sous l’intitulé “autres fabricants”. Peu après son arrivée, Jim Press se rendit compte qu’il appréciait le côté intime de l’entreprise : il pouvait parler en tête-à-tête avec ses dirigeants et influencer les décisions commerciales. Lorsqu’il me raconta son premier voyage au Japon, j’eus l’impression qu’il me relatait une expérience religieuse. “Quand vous êtes jeune, vous cherchez ce type de bien-être ; vous ne savez pas ce que c’est, vous sentez simplement que vous n’êtes pas vraiment bien”, explique-t-il. Au Japon, il découvrit un foyer, un endroit où tout, depuis la politesse des gens jusqu’à l’organisation des usines, était empreint de sens.
Toyota est tout autant une philosophie qu’une entreprise, un patchwork de traditions et de préceptes qui ne trouvent pas facilement leur équivalent en Occident. Certains sont incisifs : “Mettre de la qualité dans les processus” d’autres restent plus opaques : “Ouvrez la fenêtre. Le monde est vaste !” Le principe phare de Toyota, m’a confié Jim Press, est d’“enrichir la société par la construction de voitures et de camions”. La formule peut susciter le scepticisme, surtout venant d’une entreprise si encline au marketing et aux relations publiques. Pourtant, au départ, en tout cas, elle n’était pas destinée à devenir un slogan. L’idée était de garantir fiabilité et mobilité aux automobilistes tout en investissant les bénéfices dans de nouvelles usines, de nouvelles technologies et de nouveaux salariés. Elle traduit aussi la contrainte obsessionnelle de toujours construire de meilleures voitures, ce qui reflète la croyance de Toyota dans le kaizen (amélioration permanente). Enfin, la formule affirme la responsabilité de prévoir à long terme - sur les plans financier, technique et imaginatif. “Cette entreprise ne réfléchit pas en termes de mois ou de trimestres”, souligne Michael Robinet, vice-président de CSM Worldwide, un cabinet de consultants spécialisés dans l’industrie automobile, “elle pense en années et en décennies.”
L’un des exemples les plus frappants de cette approche est celui de la Prius hybride. Il y a dix ans, se souvient Jim Press, à peu près à l’époque où la Prius voyait le jour, Ford créait le concept du très gros 4 x 4 de loisir. “Les deux entreprises avaient les mêmes atouts, avaient effectué les mêmes recherches, observe-t-il. L’une a parié sur l’hybride, l’autre sur les 4 x 4.” Pour Jim Press, l’idée de produire de gros 4 x 4 était douteuse dès le départ. “Nous nous sommes posé de nombreuses questions. A long terme, l’essence va-t-elle devenir plus chère ou moins chère ? Le pétrole va-t-il se raréfier ou au contraire devenir plus abondant ? L’air va-t-il devenir plus pollué ou plus sain ? A partir de tout cela, faites-vous quelque chose de proactif et d’innovant, pour être en phase avec la direction que prend la société ? Ou bien vous cramponnez-vous mordicus à ce qui s’est toujours fait ?” Il ne s’agit pas d’altruisme, semble dire M. Press, mais d’un exemple de la manière dont les entreprises survivent dans la société. “Que faut-il faire pour préserver la capacité de vendre toujours plus de voitures et de camions ?” interroge-t-il. Avec la Prius, il ne s’agissait pas de viser un retour rapide sur investissement, mais de s’assurer qu’il soit lent et durable.
Même si le Tundra est loin d’être aussi écolo que la Prius, il exprime lui aussi la patience caractéristique de Toyota et sa conviction que l’entreprise doit veiller à satisfaire tous les types de clientèle. Les véhicules les plus vendus aux Etats-Unis sont les camionnettes Ford de la série F. Les Chevrolet arrivent juste derrière. Ces véhicules comptent parmi les biens de consommation les plus lucratifs du marché, dégageant un bénéfice de 6 000 à 10 000 dollars par unité vendue. “C’est le créneau le plus rentable pour les constructeurs américains”, explique Jeff Liker, professeur d’ingénierie à l’université du Michigan et auteur de plusieurs livres sur Toyota. “Ils rentrent juste dans leurs frais sur les berlines et perdent de l’argent sur les petits modèles. Tous leurs bénéfices sont réalisés sur les gros 4 x 4 de loisir et les pick-up. C’est la dernière position stratégique qu’occupent les Américains.” A la question de savoir depuis quand Toyota envisageait de sortir un vrai 4 x 4, Jim Press répond que c’était une priorité depuis le début des années 1990, à l’époque où son premier gros 4 x 4, le T100, avait fait un flop. L’entreprise échoua de nouveau en 2000 avec le premier Tundra. Le succès de GM et de Ford sur le créneau des gros 4 x 4 indiquait cependant que le Tundra nouvelle version pourrait rapporter d’énormes profits. Il permettrait par ailleurs d’établir une fois pour toutes la réputation de Toyota comme entreprise cent pour cent américaine.
On dit souvent que les constructeurs américains sont handicapés par leur obligation de procurer une assurance-maladie à leurs retraités. Toyota n’a pas plus de 1 600 retraités aux Etats-Unis, et les syndicats ont échoué à s’implanter dans la plupart de ses usines. Mais le groupe a d’autres avantages stratégiques. En premier lieu, ses énormes réserves de liquidités lui permettent de consacrer des milliards de dollars à la conquête de parts du marché nord-américain, tout en prenant le temps de réfléchir à ce que sera la société dans une vingtaine d’années.
“Toyota a toujours été là où est l’argent, remarque John Casesa, un consultant industriel. Or il y a de l’argent à faire dans les 4 x 4. Le groupe japonais s’est fixé pour mission de satisfaire toutes les catégories de clients. Mais l’autre réalité, c’est que vous devez gagner beaucoup d’argent si vous voulez financer la recherche et le développement concernant les hybrides.” Selon Jim Press, le groupe dépense 20 millions de dollars par jour pour la recherche et la construction des usines. “Il consacre plus d’argent que GM à la recherche, au développement et aux investissements”, ajoute Sean McAlinden, économiste au Center for Automotive Research, un cabinet de consultants à but non lucratif du Michigan. “S’il continue, nous sommes fichus. Imaginons que nous sortions une voiture d’aussi bonne qualité qu’une Toyota. Tout ce que nous aurons, c’est une aussi bonne voiture qu’eux. Or il ne s’agit pas seulement de les rattraper, il faut aussi prendre de l’avance. Mais comment faire ?”
Car Toyota ne cesse de progresser. En vertu de son organisation interne, un ingénieur chargé de diriger un nouveau projet dispose d’un budget énorme et assume une responsabilité quasi absolue. Il estime qu’il est de sa responsabilité de commencer par aller voir lui-même ce que les clients désirent. Cette quête, qui peut évoquer celle du Graal, voit des ingénieurs en chef mener d’héroïques expéditions solitaires dans l’ensemble des Etats-Unis afin de déterminer la meilleure façon de surpasser leurs concurrents. Comme me l’ont expliqué l’ingénieur responsable du Tundra, Yuichiro Obu, et son directeur de projet, Mark Schrage, un agriculteur et un maçon ne se servent pas de leur pick-up de la même façon ; les Texans apprécient les deux roues motrices, alors que, dans le Montana, on préfère les quatre roues motrices. Les utilisateurs de pick-up ont aussi des besoins différents en termes de puissance et de rapport de couple, car ils transportent des chargements différents sur des terrains différents. Leurs attentes diffèrent également sur le plan du volume de l’habitacle (de deux à cinq places) et sur la consommation de carburant. En août 2002, Yuichiro Obu et son équipe ont donc entrepris de visiter différentes régions des Etats-Unis ; ils se sont rendus dans des campements de bûcherons, des élevages de chevaux, des usines et des chantiers de construction pour y rencontrer des propriétaires de pick-up. En leur demandant de leur exposer de vive voix leurs besoins et leurs souhaits, Yuichiro Obu et Mark Schrage ont pu déterminer leurs préférences en matière de capacité de traction et de puissance ; en les regardant travailler, ils ont appris des choses sur l’emplacement idéal du levier de vitesses ou compris que les poignées de portes et le bouton de la radio devaient être de très grande taille car les conducteurs de ce genre de véhicules portent souvent des gants de travail. Enfin, ils se sont rendus dans de nombreuses casses de camions du Michigan, où, en examinant les carcasses rouillées des pick-up, ils ont pu recenser les pièces qui avaient le mieux résisté.
L’équipe de Yuichiro Obu, forte de plusieurs centaines d’ingénieurs, a fini par imaginer un modèle de pick-up décliné en 31 versions. Les designers ne peuvent cependant pas se contenter d’imaginer le meilleur pick-up qui soit ; ils doivent créer le meilleur pick-up qu’il sera possible de produire en grande série. A chaque étape, ils ont donc consulté les responsables de la fabrication afin de concevoir un véhicule - ou plutôt 31 véhicules - susceptible d’être assemblé de façon efficace et systématisée. Toyota a dépensé à cette fin 1,28 milliard de dollars pour bâtir son usine de San Antonio, capable de sortir 200 000 véhicules par an. L’entreprise la considère comme l’une des plus modernes au monde.
Le succès de Toyota a souvent été attribué aux qualités nippones de persévérance et d’ingéniosité. L’un des premiers universitaires occidentaux à avoir étudié en profondeur l’entreprise, Michael Cusumano, aujourd’hui professeur en management au Massachusetts Institute of Technology (MIT), réfuta cette idée lorsqu’il procéda au début des années 1980 à une comparaison entre Toyota et Nissan. “Les fondateurs et les managers de Toyota ont créé et affiné la culture d’entreprise de Toyota, laquelle est devenue beaucoup plus forte que la culture japonaise, dit-il. Bien entendu, cette culture d’entreprise est fondée sur de nombreuses caractéristiques proprement japonaises - la précision, la qualité, la loyauté. Mais la composante purement Toyota est incontestablement dominante.” Michael Cusumano ajoute que la localisation du berceau d’origine de Toyota, dans une préfecture rurale, bien loin des influences internationales qui s’exercent sur Tokyo, lui a assuré un isolement bénéfique.
L’entreprise commença à croître juste après la Seconde Guerre mondiale, favorisée par une réglementation qui empêchait les grands constructeurs automobiles américains de prendre pied dans l’archipel. Il n’en fallait pas moins une ingéniosité extraordinaire pour prospérer dans l’économie dévastée de l’après-guerre. Confronté, par exemple, à la rareté des fournisseurs de matériaux et de pièces, Toyota dut se débrouiller pour en produire à partir de rien. Depuis le début des années 1930, ses ingénieurs cherchaient leur inspiration un peu partout, tout en disséquant les produits américains afin de voir comment ils fonctionnaient. L’organisation et la conception du monde propres à Toyota sont les purs produits d’une économie de pénurie. En 1950, la quasi-faillite de la société consécutive à une année difficile contribua à façonner un peu plus sa philosophie de la frugalité. Elle se concentra bientôt de façon obsessionnelle sur la réduction du muda (gaspillage) et entreprit d’accumuler une énorme réserve de liquidités pour se prémunir contre tout nouveau coup dur.
L’entreprise bénéficia également de l’ingéniosité d’un chef des ventes, Shotaro Kamiya. Durant l’été 1957, il décida d’envoyer trois de ses salariés en Californie pour une mission de repérage ; quelques mois plus tard, Toyota ouvrait un modeste point de vente à Hollywood, où était proposé un véhicule laid, austère et peu puissant, baptisé Toyopet Crown - “Toyopet is your pet !” clamait la publicité en identifiant la voiture à un animal de compagnie [pet, en anglais]. Il s’en vendit exactement 288 exemplaires ! Les premières années américaines de Toyota furent un désastre. Le constructeur vendit quelques Land Cruiser, puis retira la Toyopet du marché.
Pendant ce temps, au Japon, ses ingénieurs tentaient de dessiner une voiture que les Américains auraient envie d’acheter. Le résultat fut la Corona 1965, un véhicule bon marché équipé de l’air conditionné. A partir de là, les ventes progressèrent régulièrement. Différents facteurs y contribuèrent - les taux de change rendaient les importations japonaises à la fois intéressantes pour les clients et rentables pour Toyota. Le coût de la main-d’œuvre au Japon était également plus bas. Mais le facteur sans doute le plus déterminant fut le choc pétrolier. Quelques années après que Jim Press eut commencé à travailler pour Toyota Motor Sales en Californie, la crise pétrolière du début des années 1970 orienta de nombreux clients vers les voitures Toyota, moins gourmandes en essence. Lorsque l’entreprise commença à implanter des usines aux Etats-Unis, au milieu des années 1980, elle jouissait d’un respect croissant pour la qualité et la frugalité de ses véhicules.
Puis vint le succès de la Lexus au début des années 1990. “Lorsqu’ils ont vraiment décidé de s’attaquer au marché américain, à la fin des années 1970, le produit qu’ils proposaient était très supérieur à ce que leurs trois grands concurrents américains offraient”, rappelle Ron Harbour, qui travaille pour un cabinet étudiant l’efficacité des usines automobiles. “Ils ont très vite créé cette impression et ont bâti leur réputation dessus. Dans les années qui suivirent, Ford et GM ont fait de gros efforts pour rattraper Toyota. Ils ont en partie réussi à combler leur retard, mais, quand vous perdez votre réputation, il est très difficile de la regagner. On peut dire que GM, Ford et Chrysler ont perdu une génération entière de clients américains.”
Vous imaginez peut-être que Toyota s’est laissé griser par la façon dont les choses ont tourné. Ça n’est sans doute que partiellement vrai. “Nous préférons que Ford et GM soient forts, rectifie Jim Press. Quand vous disputez un match, vous ne voulez pas gagner grâce aux erreurs de l’adversaire.” Coauteur, en 1991, de The Machine that Changed the World, un ouvrage consacré à Toyota [réédité par Free Press en mars 2007 et non traduit en français], Jim Womack a une formulation plus directe : “La dernière chose qu’ils veulent, c’est voir l’un ou l’autre de leurs concurrents américains mettre la clé sous la porte.” D’abord, il serait politiquement désastreux pour l’entreprise japonaise d’être tenue pour responsable de l’effondrement d’une grande institution américaine. “Et ça ne rapporterait absolument rien à Toyota sur le plan commercial, ajoute Jim Womack. Ils vendent déjà la totalité des véhicules qu’ils construisent. Ce qu’ils visent, c’est un lent déclin continu - un déclin qui suive le même rythme que leur capacité à s’agrandir. Ce serait le scénario idéal pour eux.”
Toyota n’est toutefois pas infaillible. Le constructeur a essuyé dans les années 1990 un échec sur le marché des pick-up ; dans les revues spécialisées, ses véhicules sont parfois dépassés sur le plan de la sécurité et de la satisfaction du client par d’autres constructeurs, notamment Honda ; et la croissance de l’entreprise pose à ses dirigeants des problèmes de contrôle de qualité. Toyota a également des soucis à l’extérieur des Etats-Unis. “Le groupe est en position assez faible sur ce que nous considérons comme le deuxième marché à plus forte croissance du monde, c’est-à-dire l’Inde”, explique Ashvin Chotaï, analyste chez Global Insight. En Chine, pays où la croissance est la plus forte, Toyota vise 10 % du marché en 2010, mais l’entreprise est confrontée à la concurrence féroce de ses rivaux américains et asiatiques. Pourtant, quels que soient les résultats des ventes du Tundra au cours des prochains mois, l’histoire de l’entreprise montre qu’elle n’abandonne jamais un objectif avant de l’avoir atteint.
Le président de Toyota, Katsuaki Watanabe, a récemment déclaré que son rêve était de fabriquer une voiture qui ne nuise à personne et qui nettoie l’air en roulant. Pour de nombreux consommateurs, les innovations de la marque en matière de véhicules hybrides l’ont dotée d’une sorte d’aura verte. Pourtant, la communauté écologiste est très méfiante à l’égard du progressisme tant loué du constructeur japonais. De nombreux défenseurs de l’environnement ont été consternés de voir que Toyota était engagé (en tant que membre de l’Alliance des constructeurs automobiles américaine) dans une procédure visant à bloquer les nouvelles lois californiennes sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. D’autres considèrent comme contre-productifs les efforts déployés par l’industriel pour vendre des pick-up et des 4 x 4 de loisir. “En essayant de s’implanter sur le marché du pick-up, Toyota vise à paraître aussi américain que possible, et non pas à être le leader environnemental qu’il est pour les voitures”, déplore Jason Mark, ancien responsable des questions automobiles auprès de l’Union of Concerned Scientists. John DeCicco, spécialiste de l’automobile chez Environmental Defense, un groupe écologiste dont le siège est à New York, souligne que sur le court terme au moins il vaut mieux ne pas tabler sur un passage rapide aux véhicules fonctionnant à l’hydrogène. Car il y a de bonnes raisons de penser que le tout-hydrogène demeure un idéal lointain. D’abord, les voitures durent longtemps. Ensuite, les constructeurs automobiles ont pour objectif le profit, et toute nouvelle technologie se doit d’être concurrentielle pour s’imposer sur le marché. Or cela prend du temps : sept ans après son introduction aux Etats-Unis, la Prius représente moins de 1 % du marché automobile américain. C’est pourquoi John DeCicco presse plutôt les constructeurs de réaliser des changements modestes sur des véhicules populaires (en allégeant les 4 x 4 par exemple, ce qui permettrait d’améliorer leur rendement énergétique).“Une petite amélioration de l’efficacité sur un produit largement diffusé, souligne-t-il, peut avoir un impact sur les émissions de carbone plus important qu’un changement important sur un produit vendu en petite quantité.”
En tout cas, concevoir aujourd’hui des voitures plus économes ne résoudra pas le problème à long terme. Toyota prévoit d’être toujours en activité dans cent ans, soit bien après que le pétrole aura été épuisé ou rendu inutilisable à cause de son contenu en carbone. C’est pourquoi le groupe a tout misé sur les technologies hybrides. Que l’avenir appartienne au biodiesel, à l’éthanol ou à l’hydrogène n’a pour Toyota aucune importance : son système hybride pourra être adapté à n’importe lequel de ces carburants.

Texte de Jon Gertner, illustrations de Nathan Fox
The New York Times


Histoire
Toyota a été fondé dans les années 1930 par Kiichiro Toyoda, dont la famille avait fait fortune au début du XIXe siècle en fabriquant des métiers à tisser. Il fut alors décidé de placer la jeune entreprise de construction automobile sous de meilleurs auspices en remplaçant le “d” du patronyme familial par un “t”, le nom devenant ainsi plus facile à écrire et à prononcer.
Tenace et patient, le groupe japonais ne renonce jamais à ses objectifs. Tel un rouleau compresseur, il écrase lentement ses concurrents. Il sera bientôt le numéro un mondial du secteur.
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- n° 829 - p.64 à p.67

Depuis quelques années, la presse quotidienne payante s'enfonce dans la crise. Une situation à laquelle le succès d'Internet et celuis des journaux gratuits ne sont pas étrangers. Présents dans 41 pays, ces derniers constituent une menace importante pour les journaux traditionnels, qui doivent imaginer des solutions pour conserver et conquérir un lectorat, tout en séduisant les annonceurs. Eléments essentiels dans la chaîne de production de l'information, les journaux ont leur carte à jouer pour s'imposer dans ce paysage médiatique en recomposition. Depuis quelques années, la presse quotidienne payante s'enfonce dans la crise. Une situation à laquelle le succès d'Internet et celuis des journaux gratuits ne sont pas étrangers. Présents dans 41 pays, ces derniers constituent une menace importante pour les journaux traditionnels, qui doivent imaginer des solutions pour conserver et conquérir un lectorat, tout en séduisant les annonceurs. Eléments essentiels dans la chaîne de production de ...

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- n° 828 - p.42 à p.51

Qu'est-ce que la gauche aujourd'hui ? Les travaillistes britanniques sont déçus par Tony Blair, les démocrates américains ne savent pas comment battre George Bush, et la percée de Ségolène Royal pousse le PS à s'interroger sur les valeurs qu'il défendra lors de l'élection présidentielle. Même le modèle nordique ne fournit plus de solutions toutes prêtes, pas plus que la gauche latino-américaine. Pour autant, les militants, les intellectuels et les blogueurs ouvrent de nouvelles pistes : ni résignation devant le marché ni retour aux vieilles recettes socialistes. Qu'est-ce que la gauche aujourd'hui ? Les travaillistes britanniques sont déçus par Tony Blair, les démocrates américains ne savent pas comment battre George Bush, et la percée de Ségolène Royal pousse le PS à s'interroger sur les valeurs qu'il défendra lors de l'élection présidentielle. Même le modèle nordique ne fournit plus de solutions toutes prêtes, pas plus que la gauche latino-américaine. Pour autant, les militants, les intellectuels et ...

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- n° 826 - p.26 à p.32

Ils se nomment MySpace, Flickr, YouTube ou Wikipedia. Symboles de l'Internet participatif, ces sites s'imposent comme les modèles de l'Internet de demain. Leur mode de développement et les outils informatiques qu'ils utilisent, attirent aussi les géants du Net comme Google ou Yahoo ! qui multiplient les rachats. Un succès qui s'explique notamment par le besoin des internautes de partager les connaissances et de créer de nouveaux réseaux de communication. Ils se nomment MySpace, Flickr, YouTube ou Wikipedia. Symboles de l'Internet participatif, ces sites s'imposent comme les modèles de l'Internet de demain. Leur mode de développement et les outils informatiques qu'ils utilisent, attirent aussi les géants du Net comme Google ou Yahoo ! qui multiplient les rachats. Un succès qui s'explique notamment par le besoin des internautes de partager les connaissances et de créer de nouveaux réseaux de ...

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- n° 813 - p.8 à p.13

Appréciée pour sa qualité de vie, sa gastronomie et son tramway, Nantes est aussi un centre culturel et universitaire de première importance. Les journalistes étrangers ne s'y trompent pas : ils arpentent les festivals et aiment la simplicité de la population. Dommage que Jean-Marc Ayrault ne soit pas néerlandais, estime Fokke Obbema, correspondant du Volkskrant : là-bas, ses qualités en feraient un homme politique de premier plan. Et La Baule ? Son front de mer bétonné ne doit pas masquer sa brillante histoire ni la vigueur de l'Atlantique. Appréciée pour sa qualité de vie, sa gastronomie et son tramway, Nantes est aussi un centre culturel et universitaire de première importance. Les journalistes étrangers ne s'y trompent pas : ils arpentent les festivals et aiment la simplicité de la population. Dommage que Jean-Marc Ayrault ne soit pas néerlandais, estime Fokke Obbema, correspondant du Volkskrant : là-bas, ses qualités en feraient un homme politique de premier plan. Et La Baule ? ...

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