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H 0 Agriculture : écologie pour tous ?

Projet

01/02/2013

Les campagnes françaises bruissent d’une rumeur croissante : l’agriculture se convertirait à l’écologie ! À tendre l’oreille, la rumeur couvre des mélodies variées : agriculture durable, raisonnée, biologique, écologiquement intensive… Les pouvoirs publics, eux aussi, y vont de leur couplet : « verdissement » à Bruxelles, « agro-écologie » à Paris (cf. S. Le Foll) ! Que couvrent ces dissonances ? Sont-elles vouées à durer, ou sont-elles le fait d’instrumentistes s’accordant avant le début de la symphonie (cf. M. Griffon) ?

Ce serait alors celle d’un nouveau monde. Car l’agriculture actuelle malmène gravement la planète. Au plan mondial, nulle autre activité humaine n’émet autant de gaz à effet de serre. Sapant la biodiversité par la déforestation et l’usage d’intrants chimiques, elle contribue au « sixième événement d’extinction majeure dans l’histoire de la vie sur terre »[1] – et le premier d’origine humaine. Elle ponctionne 75 % de la consommation mondiale d’eau douce, provoquant des pénuries sans précédent. L’agriculture conventionnelle, OGM ou non, n’est pas non plus sans incidence sur la santé de sa main-d’œuvre et des consommateurs.

L’agriculture est elle-même victime des dégradations environnementales. Le changement climatique limite d’ores et déjà les rendements du riz, du blé et du maïs, tout comme la production laitière. Il influence les maladies des végétaux. L’érosion des sols réduit leur capacité à stocker l’eau.

Mais, si les pionniers du bio font école, aujourd’hui en France la majorité des agriculteurs restent les héritiers de la grande modernisation d’après-guerre. Animés par l’utopie du progrès, ils ont vu dans la science, le renouveau des techniques et les subventions publiques une promesse, longtemps tenue : celle de rendements accrus, d’un confort meilleur, de revenus garantis. Admettre maintenant qu’en épousant cet espoir ils maltraitaient à ce point leur premier outil de travail – la nature – n’est pas chose facile. Reconsidérer profondément leur système de production moins encore.

Se sentant jugés, ces agriculteurs n’apprécient guère la chanson écolo (cf. le débat animé entre représentants de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) et de France nature environnement. On ne change pas si aisément de pratiques professionnelles, ni de modèle économique, pas davantage d’équipements sur lesquels on a investi pour des décennies. Encore moins d’environnement économique, quand l’agriculteur est devenu le sous-traitant de l’industrie et de la grande distribution (cf. M. Calame). Et quel rôle pour la science ?

L’Inra semble avoir finalement pris la mesure de l’enjeu (cf. J.-F. Soussana). Mais pourquoi ne pas d’abord miser sur la fantastique inventivité des agriculteurs eux-mêmes (cf. J. M. von der Weid) ? Il faut entendre leur enthousiasme à réinventer le métier (cf. V. Tardieu) ! Et si l’agroécologie, qui oppose l’ancrage territorial, le chant de la terre, la diversité et l’intensité du vivant à la standardisation des chaînes industrielles, portait en germe une transformation économique globale (cf. X. Ricard) ?

Bien sûr, les agriculteurs n’ont pas toutes les clés de la partition. Comment mettre des priorités entre les objectifs assignés à l’agriculture : produire plus, rémunérer le travail agricole, respecter l’environnement ? La réponse est éminemment politique. La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) prédit que la demande de produits agricoles augmentera de 70 % d’ici 2050. Mais rien n’est écrit d’avance : ni la généralisation du mode de vie occidental, ni la priorité donnée à l’alimentation du bétail et des moteurs sur celle des humains (cf. O. De Schutter). Ni la misère promise au 1,5 milliard de paysans pauvres si la loi de la compétitivité régit seule le marché agricole mondialisé (cf. H. Rouillé d’Orfeuil). Quelle loi faire prévaloir : celle du marché et des prix bas, ou celle du territoire et de sa population ?

Pathétique serait l’incapacité des pouvoirs publics à fixer un cap. En 2013, l’Europe doit décider de sa nouvelle politique commune, tandis qu’une loi d’avenir pour l’agriculture est promise en France à l’automne. Gageons que l’année ne laissera pas un goût d’inachevé.

SOMMAIRE :


De secteur primaire il n’y a plus, ou presque, dans les pays développés. L’agriculture y est un simple maillon d’une chaîne industrielle. Ce système mène dans l’impasse : sanitaire, sociale, environnementale. Pourra-t-on se contenter de l’aménager ?



Chercheur
L’agroécologie : noyau dur d’une alternative au capitalisme
1er février 2013
Xavier Ricard Lanata
Standardisation, rentabilité, fluidité… Aux mots clefs de l’agroindustrie, l’agroécologie propose de substituer la diversité du vivant, la beauté de la nature, la densité de la relation humaine,...

Acteur de terrain
Petit lexique écolo-agricole
23 janvier 2013
Stéphanie Cabantous
Agriculture conventionnelle, durable, raisonnée, intégrée, paysanne, biologique… Vous en voulez encore ? Agro-écologie, permaculture, agriculture à haute valeur environnementale, écologiquement...


Chercheur
Vers une septième révolution agricole
22 janvier 2013
Michel Griffon
L’histoire longue des révolutions techniques agricoles montre que l’impact sur l’environnement ne date pas d’hier. Mais la grande modernisation des dernières décennies aboutit à une impasse...

Acteur de terrain
La FNSEA convaincra-t-elle les écolos ?
21 janvier 2013
Jean-Claude Bévillard et Christiane Lambert
Entretiens croisés – Les agriculteurs ne sont plus allergiques à l’écologie. Mais la vice-présidente du principal syndicat agricole français en appelle au réalisme économique : elle demande du temps,...


Responsable politique
Stéphane Le Foll, « Une vraie ambition pour l’agroécologie »
16 janvier 2013
Stéphane Le Foll
Entretien - Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, veut réconcilier tous les agriculteurs autour d’une troisième voie, entre défense et contestation de l’agriculture conventionnelle. Une...

Responsable politique
« L’agriculture industrielle a des coûts cachés pour la collectivité »
4 janvier 2013
Olivier De Schutter
Entretien - Le développement de l’agriculture conventionnelle au XXe siècle s’est fait sur le dos de l’environnement et de la justice sociale. Face à cette crise silencieuse, le rapporteur spécial des...


Chercheur
Pour des agricultures intensives en travail
3 janvier 2013
Henri Rouillé d’Orfeuil
Les agricultures des pays de l’OCDE emploient 3 % de la population active. Déployer ce modèle à l’échelle mondiale, quand 60 % des actifs en Asie et en Afrique sont paysans, mettrait 1,5 milliard de...

Acteur de terrain
Figures de paysans écolos
3 janvier 2013
Vincent Tardieu
Installés en bio ou récemment convertis à l’une des formes de l’agriculture écologique, néo-ruraux ou enfants de paysans, les portraits dressés par Vincent Tardieu laissent transparaître...


Vu d'ailleurs
Agriculture durable : le Brésil ouvre le bal
19 décembre 2012
Jean Marc von der Weid
Pour améliorer le sort des petits producteurs brésiliens, une ONG a mutualisé les savoirs des paysans, des techniciens et des chercheurs. Un programme ambitieux cité en exemple par les Nations...

Acteur de terrain
L’agroécologie envoie paître l’industrie
19 décembre 2012
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Par son organisation et ses standards, l’agriculture conventionnelle imite l’industrie. Pour envisager une filière plus durable, plus respectueuse de l’environnement en amont comme en aval, c’est tout...










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