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H 0 Quel monde en 2016 ?

Alternatives Economiques

01/01/2016

Cinq ans après le déclenchement du "printemps" qui aurait dû, pour d'aucuns, convertir les pays arabes à la démocratie, le bilan est, hélas, tout sauf positif. Seule la Tunisie a réussi sa transition vers la démocratie, mais elle demeure fragilisée par des attentats que mènent des groupes jihadistes. Pour le reste, le tableau est affligeant. Dans les pays du Golfe comme en Algérie, un pesant immobilisme est de mise, tandis qu'en Egypte, la restauration autoritaire est en marche sous la houlette du maréchal al-Sissi, avec son lot d'arrestations et de condamnations expéditives. Quatre Etats (Irak, Syrie, Libye, Yémen) sont ravagés par la guerre, leurs populations martyrisées, leurs territoires contrôlés par diverses factions armées. Parmi ces groupes, le plus redoutable est aujourd'hui le mouvement de l'"Etat islamique", particulièrement actif aux confins de l'Irak et de la Syrie, mais qui dispose désormais de relais dans nombre de "marges" étatiques (Sinaï égyptien, Kabylie en Algérie, nord du Nigeria…). Redoutable, Daech l'est non seulement parce qu'il recourt à la terreur systématique, y compris en France comme l'attestent les terribles attentats de Paris, mais aussi parce que son projet d'édifier un Etat califal transnational revient à effacer complètement les frontières existantes.

Cette violence au sud et à l'est de la Méditerranée conduit a de vastes mouvements de population qui touchent désormais directement de plus en plus l'Europe elle-même avec le flux de réfugiés, majoritairement syriens, qui, d'abord cantonnés en Grèce, tentent de gagner l'Allemagne et d'autres pays d'Europe du Nord. Face à cette crise migratoire, l'Union européenne montre, une fois de plus, sa profonde division. Si l'Allemagne d'Angela Merkel a su faire preuve de générosité, la plupart des pays se contentent du service minimum, quand ils n'érigent pas des barrières à leurs frontières (Hongrie, Autriche…). Cette gestion à la petite semaine risque fort de renforcer les forces conservatrices qui, de la Pologne à la Hongrie en passant par le Royaume-Uni et la France, ont incontestablement le vent en poupe. Certes, cette dynamique est partiellement contrebalancée par l'émergence d'une nouvelle gauche, avec Syriza en Grèce et Podemos en Espagne, mais elle semble bien incapable pour l'heure de véritablement offrir une alternative crédible sur le long terme.

Le système international est aujourd'hui marqué par un désordre profond. Le moment unipolaire des années 1990-2000, lorsque les Etats-Unis dominaient la scène internationale, a conduit à de coupables errements, comme la volonté démiurgique de remodeler le Moyen-Orient qui a énormément déstabilisé la région. Mais le moment apolaire contemporain est tout autant lourd de dangers, car il entretient une anarchie déstabilisatrice conduisant à des interventions tous azimuts, sans stratégie d'ensemble, comme on le voit en Syrie et au Yémen. Il serait grand temps d'organiser une multipolarité dynamique - incluant de grands Etats émergents -, tout en redonnant du souffle au multilatéralisme. Vaste programme, à l'évidence, qui ne verra pas le jour très vite. A cet égard, la nomination du prochain secrétaire général de l'ONU en 2017 sera une indication intéressante de la direction dans laquelle les puissances, grandes et moyennes, entendent conduire le monde : vers une coopération renforcée ou vers une concertation purement symbolique.
Alain Dieckhoff, directeur du Céri-Sciences Po Paris
Alternatives Economiques Hors-série n° 107 - janvier 2016

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