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Critique du Monde, le 29 mars 1993

Le travail n'est plus l'emploi
Il est des textes qui dégagent une ambiance familière : on a dû échanger ces idées passionnées, avec des Perret et Roustang, en des moments d'incertitude. " Convivialité, frugalité, autre croissance... " Arrêtons là. Ce livre, où il est beaucoup question de valeur, on s'en voudrait de le dévaloriser par trop d'utopie. Perret, l'administrateur de l'INSEE, et Roustang, l'économiste du travail, connaissent la réalité économique. Leur texte est fluide, très concret, d'une clarté exaspérante. Mais comment ne pas voir ?
Comment ne pas voir, d'abord, que la faillite du communisme est celle, programmée, de l'Ouest ? " L'épuisement des mécanismes d'intégration sociale par le travail affecte la matrice commune idéologique du libéralisme et du marxisme, à savoir la conception selon laquelle la société procède en dernière instance de l'activité productive de l'individu. " Des deux productivismes, le communiste et le libéral, le premier a échoué par excès. Le second se heurtera à l'impossibilité de socialiser les hommes par le travail et à la vanité de la " régulation " marchande.
Prenant nettement acte du marché, la critique des auteurs se développe ainsi : la tertiarisation de l'économie entraînera, si l'on conserve le couple actuel économie-emploi, la croissance inéluctable du chômage. Le tertiaire annonce donc la fin de la convergence de l'économique et du social.
Ce passage à la société de services, déjà décrit par Fourastié en 1949, est aussi profond que celui de l'agriculture à l'industrie. 70 % de la valeur ajoutée en France, 80 % aux Etats-Unis, est issue des services. Première conséquence : la primauté de l'échange sur la production, l'interpénétration de la culture et de l'économie, le brouillage de la production (le médecin et son patient coproduisent le " service santé ") et celui du partage du temps entre économie et " non-économie ", travail et loisir.
Deuxième conséquence : la perte de l'identité du travail. En un sens, c'est un bien. Car les services entraînent un " dépassement de la coupure entre travail et culture ". C'est pourquoi le travail n'est plus l'emploi ; il est, bien au-delà, façonné par l'entreprise, certes, mais indépendant de l'offre qualifiée des hommes ou des femmes. Le message est clair : dire " plus de social pour mieux d'économie ", ou l'inverse, n'a désormais plus de sens.
Par l'affaissement inéluctable de la productivité la tertiarisation interdit la résorption du chômage par la croissance, quand bien même la France se lancerait dans un modèle de la " domesticité ", pour ne pas dire de la " servilité ", à l'américaine. Très critiques sur les analyses " keynésiennes " et " classiques " du chômage, qui " ne disent rien de son enracinement dans les sociétés post-industrielles ", Perret et Roustang rejettent d'un revers de main les opinions _ rares, il est vrai _ concernant la suppression du SMIC, c'est-à-dire toute sortie de la crise par le marché.
Nos deux économistes ne sont pas tendres avec leurs pairs. " Ce livre est traversé par une polémique contre la science économique... Il s'agit de dénoncer la tendance naturelle de l'économie à constituer un système normatif de représentation de la société. " D'autres sphères ont rang égal avec l'économique : l'éthique, la culture, la politique. Il faut " endiguer l'économique ". Rabaisser l'économie ? Non : " réintégrer l'économie dans la culture ". Dans la deuxième partie du livre, essai d'anthropologie sociale, Perret et Roustang montrent comme la science économique, " science des interdépendances ", doit retrouver son questionnement d'origine : la valeur.
Tout ce qui possède un prix a, en général, peu de valeur. Mais le travail, lui, possède l'immanente qualité d'être au confluent des valeurs économiques et éthiques.
On ne s'étonnera pas dès lors de voyager souvent dans cette lecture en compagnie d'Hannah Arendt. " Le travail, c'est la vie humaine ", disait en substance la philosophe dans la Condition de l'homme moderne. Au-delà du couple économie-emploi, il y a le développement personnel, le contrat avec la société, l'activité et l'appartenance sociale. Pour réconcilier l'économie et la société, il faut " réguler socialement la consommation, (...) éduquer à la convivialité pour former des personnes aptes à résister à l'emprise de la logique marchande ", songer à une " écologie du temps " ...
Ceux qui cherchent une théorie seront déçus. Ceux qui croient à la volonté politique et à l'extraordinaire défi de la qualité de la vie creuseront dans ce livre comme dans une mine d'espoir.

MARIS BERNARD








Critique du Monde, le 29 mars 1993

Le travail n'est plus l'emploi
Il est des textes qui dégagent une ambiance familière : on a dû échanger ces idées passionnées, avec des Perret et Roustang, en des moments d'incertitude. " Convivialité, frugalité, autre croissance... " Arrêtons là. Ce livre, où il est beaucoup question de valeur, on s'en voudrait de le dévaloriser par trop d'utopie. Perret, l'administrateur de l'INSEE, et Roustang, ...

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